jeudi 11 juin 2015

Le cholestérol, c’est grave ou pas ?

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Illustration : Luc Melanson
Pour Patrick Dion, le 21 juin ressemblera à ceci : 1,9 km de nage dans les eaux glaciales du lac Tremblant, 90 km de vélo sur un terrain accidenté et 21,1 km de course à pied pour couronner le tout. Depuis janvier, l’auteur et chroniqueur de 46 ans s’entraîne pour l’Ironman 70,3 Mont-Tremblant. C’est un gars en forme, c’est le moins qu’on puisse dire. Son alimentation ? Exemplaire ! Très peu de viande, beaucoup de poisson, de légumes et de légumineuses. « Il m’arrive de tricher avec le sucre et j’aime bien mon verre de vin », concède le quarantenaire, qui ne succombe jamais à la facilité des plats préparés.
Même s’il se conforme à pres­que toutes les recommandations des experts en santé ou même les surpasse, Patrick Dion a un souci : son taux de cholestérol est trop élevé. Pour le contenir, il prend quotidiennement, depuis 10 ans, des statines — une classe de médicaments conçue pour abaisser le taux de cholestérol dans le sang, question d’éviter la formation de dépôts adipeux dans les artères, et donc d’aider à prévenir les infarctus et les accidents vasculaires cérébraux (AVC).
Il n’y a pas de doute, les statines ont amélioré le bilan sanguin de Patrick Dion. Mais elles n’ont pas fait que ça. Quelques années après avoir reçu sa première ordonnance, le sportif s’est mis à souffrir de terribles douleurs aux épaules. Au point que, pendant des mois, il a dû abandonner la nage, son sport de prédilection. « C’est cyclique, raconte le Montréalais. Ça part et ça revient. » Rien de bien étonnant : les douleurs musculaires sont l’un des effets secondaires les plus souvent signalés par ceux qui prennent des statines. Le tri­athlonien ne compte pas arrêter de prendre ses comprimés roses pour autant. « Je ne veux pas mourir d’une crise cardiaque », dit-il pour justifier son choix.
Moins maniaque que Patrick Dion, mais physiquement actif et soucieux de ce qu’il met dans son assiette, André Bouchard a pris la décision inverse. Ce haut fonctionnaire de 51 ans (qui a demandé qu’on change son nom pour préserver son anonymat) s’est vu prescrire des statines dès l’âge de 40 ans, mais il s’est mis à avoir tellement mal aux épaules qu’il n’arrivait plus à servir au tennis, lui qui aime tant fouler les courts de Saint-Sauveur, dans les Laurentides. Il y a six ans, il a renoncé au médicament et, depuis, il respire la forme. Il préfère prévenir les maladies cardiovasculaires « au naturel ».
De Patrick ou d’André, qui a raison ? La réponse n’est pas simple. Pour la majorité des cardiologues, les statines sont des médicaments révolutionnaires, les plus spectaculaires depuis l’avènement de la pénicilline, dont les bienfaits dépassent largement les inconvénients. D’autres rétorquent que, en réalité, ces bienfaits sont modestes, voire infimes dans certains cas. Ils affirment que les effets secondaires des statines sont sous-estimés et que la pire chose qu’on puisse faire lorsqu’on cherche à prévenir les maladies cardiovasculaires, c’est d’abandonner un sport comme la nage ou le tennis.
Pendant que les médecins discutent, les laboratoires pharmaceutiques engrangent. Même si les brevets de médicaments-vedettes comme le Lipitor ou le Crestor ont commencé à expirer, les recettes ne cessent de progresser et pourraient atteindre, cumulativement, la marque du billion (1 000 milliards) de dollars d’ici 2020, selon les calculs du professeur John Ioannidis, de l’Université Stanford, publiés dans le Journal of the American Medical Association.
C’est qu’en 2014, les autorités de santé de la Grande-Bretagne et des États-Unis ont modifié leurs recommandations aux médecins pour élargir à des millions de nouveaux adultes la prescription de statines. Selon un calcul publié dans la revue scientifique The Lancet, si tous les médecins appliquent les nouveaux critères britanniques à la lettre, 83 % des hommes de plus de 50 ans et 56 % des femmes ayant passé le cap des 60 ans se trouveront avec une ordonnance. Les lignes directrices des États-Unis sont encore plus larges : en vertu des nouvelles recommandations, ce sont 100 % des hommes âgés de 66 à 75 ans qui seraient touchés, d’après une étude parue dans JAMA Internal Medicine.
Le Canada n’a pas changé ses directives aux médecins, mais ici aussi, le nombre d’ordonnances grimpe en flèche. En 2014, 870 000 Québécois couverts par le régime public d’assurance médicaments prenaient des statines (ce nombre exclut les Québécois — 56 % — qui souscrivent une assurance privée). C’est 60 % de plus qu’en 2005.
Les nombreux détracteurs de l’industrie pharmaceutique, dont Mikkel Borch-Jacobsen, auteur du livre La vérité sur les médicaments, ont du mal à avaler la pilule. Pour eux, l’explosion des ventes de comprimés contre le cholestérol relève d’une grande manipulation.
« Soyons clairs, les statines sauvent des vies, tous les médecins s’entendent là-dessus », réplique d’emblée le Dr George Thanassoulis, chercheur et cardiologue au site Glen du Centre universitaire de santé McGill (CUSM). Les spécia­listes de la santé sont en effet unanimes lorsqu’ils ont affaire à des patients dont les artères sont obstruées ou à ceux qui ont déjà été victimes d’un infarctus ou d’un AVC. Les statines ne font pas de miracles, mais elles réduisent le risque qu’un nou­vel épisode survienne. C’est ce qu’on appelle la « prévention secondaire ».
« Mais ça ne représente qu’une goutte dans l’océan, fait valoir le cardiologue Martin Juneau, de l’Institut de cardiologie de Mont­réal. Le vrai marché des fabricants de statines, c’est celui de la prévention primaire. » La logique est la suivante : si les molécules peuvent protéger des patients dont les artères sont bouchées, pourquoi attendre ? Pourquoi ne pas prévenir la formation de plaques adipeuses en donnant des statines à des gens qui n’ont jamais eu d’accident cardiaque, comme Patrick et André ? Après tout, la majorité des infarctus et des AVC surviennent chez des personnes qui n’ont jamais éprouvé de symptômes auparavant.
C’est en suivant ce raisonnement que les experts en santé utilisent des « calculateurs de risques ». Ils entrent l’âge d’une personne, son sexe, son taux de cholestérol LDL (le « mauvais » cholestérol), sa pression artérielle, et précisent si elle est fumeuse ou non. Au Canada, si l’algorithme génère un chiffre indiquant que votre risque de subir un infarctus ou un AVC au cours des 10 prochaines années est supérieur à 20 %, le médecin sortira son carnet d’ordonnance. Si le risque se situe entre 10 % et 20 %, il vous prescrira des statines seulement si votre taux de cholestérol LDL est supérieur à un certain seuil (3,5 mmol/litre).
Pour le Dr Martin Juneau, ce fameux algorithme, appelé formule de Framingham, simplifie à outrance la complexité de la physiologie humaine. « La formule surestime l’importance du cholestérol LDL et ne tient pas suffisamment compte des habitudes de vie », déplore-t-il. Un végétarien qui fait du vélo trois fois par semaine et dont le cholestérol LDL s’élève à 3,8 mmol/litre inquiète moins le Dr Juneau qu’un sédentaire bedonnant dont le bilan sanguin indique une valeur de 3,2 mmol/litre.
Le cardiologue cite une étude menée en Suède auprès de plus de 20 000 hommes, dont les résultats ont été publiés en 2014 dans le Journal of the American College of Cardiology, qui indique que de bonnes habitudes de vie peuvent réduire de 79 % les ris­ques d’infarctus. « Moi-même, si je me fie au score de Framing­ham, je devrais prendre des statines », ajoute le médecin de 62 ans, qui préfère le jogging, la planche à neige et l’alimenta­tion méditerranéenne aux comprimés. « Je suis certain que je ne mourrai pas du cœur. »
Le cardiologue Paul Poirier, de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec, décoche aussi quelques flèches à l’endroit de la formule de Framingham. « Elle ne tient pas compte de la génétique, dit-il. Un homme de 35 ans dont le taux de cholestérol LDL est parfait, mais dont le père et le grand-père sont morts d’une crise cardiaque à 40 ans devrait probablement prendre des statines. Mais je ne ferais pas la même recommandation à un trentenaire dont les parents et les grands-parents ont fumé et mangé du bacon toute leur vie et qui ont malgré tout vécu centenaires. »
Pour les médecins généralistes — qui subissent des pressions pour voir de plus en plus de patients à l’heure —, dresser le portrait des risques cardiovasculaires d’une personne avec toutes ses nuances n’est pas toujours réaliste. Appliquer une formule est nettement plus simple. Les sociétés pharmaceutiques se font un plaisir de leur fournir des outils de calcul, accompagnés de publicités qui vantent les mérites de leurs médicaments-vedettes.
« Dans ses publicités à l’intention des médecins, Pfizer faisait valoir que le Lipitor réduisait de 36 % les risques d’infarctus », signale le Dr Juneau. Ce n’est pas exactement un mensonge. Ce n’est pas exactement la vérité non plus. L’étude clinique d’où est tiré ce chiffre (menée auprès de 20 000 volontaires et publiée dans la revue The Lancet) a montré que 1,9 % des patients prenant du Lipitor ont subi une crise car­diaque sur une période d’un peu plus de trois ans. Au sein du groupe placébo, 3 % ont subi le même sort, pour un écart de 1,1 % entre les deux groupes. « En divisant ce 1,1 % par le taux d’infarctus au sein du groupe placébo [3 %], on obtient bel et bien une réduction du risque de 36 %, con­cède le Dr Juneau. C’est le risque relatif. Mais quand on regarde le risque en chiffres absolus, le portrait est fort différent. On a réduit le risque de seulement 1,1 %. Autre­ment dit, il faudrait donner des statines à 100 personnes pendant plus de trois ans pour prévenir un seul infarctus. » Astra­Zeneca a utilisé le même stratagème pour promouvoir le Crestor auprès des médecins.
La bataille des chiffres ne s’arrête pas là. En 2012, une vaste équipe internationale dirigée par l’épidémiologiste de renommée mondiale Rory Collins, de l’Uni­ver­sité d’Oxford, a publié dans la revue The Lancet les résultats d’une méta-analyse (une méthode statistique qui consiste à combiner les résultats d’études préala­bles). Ce groupe, appelé Cholesterol Treatment Trialists’ (CTT) Collaboration, a recensé les données de recherches réalisées auprès de 170 000 personnes au total, sur une période de 24 ans. Sa conclusion : pour chaque mmol/litre de cholestérol LDL qu’on arrive à réduire dans le sang, le risque de subir un accident cardiovasculaire chute de 20 %.
La Collaboration Cochrane, qui réunit des chercheurs internationaux indépendants, a aussi apporté de l’eau au moulin du camp pro-statines. Jusqu’en 2011, ses méta-analyses au sujet des médicaments contre le cholestérol n’avaient démontré aucun avantage pour la prévention primaire. En janvier 2013, cependant, les chercheurs ont changé leur fusil d’épaule. Leur dernière méta-analyse, qui a recensé 18 essais cliniques menés auprès de 57 000 patients, conclut que les statines diminuent les accidents cardiovasculaires, même chez les personnes sans maladie cardiovasculaire documentée.
« Ces deux grandes études en ont bouché un coin aux groupes anti-statines », dit le Dr George Thanassoulis, du CUSM. Ce sont ces résultats qui ont poussé les autorités de santé américaines à revoir leurs normes. Désormais, tout Américain dont le risque de subir un infarctus ou un AVC excède 7,5 % sur 10 ans devrait recevoir des statines. En Grande-Bretagne, le seuil a été abaissé à 10 %. Même le Dr Thanassoulis trouve qu’on est allé trop loin. « Des hommes qui ont un taux de cholestérol parfaitement normal vont se faire proposer des statines simplement parce qu’ils ont passé la soixantaine », s’inquiète-t-il.
Le Dr Martin Juneau déplore qu’aucune étude n’ait encore comparé un groupe de patients prenant des statines à un autre qui soignerait son hygiène de vie. « Cet essai ne sera jamais réalisé pour une raison simple : il n’y a à peu près que les sociétés pharmaceutiques qui ont les moyens de financer ce genre d’étude », dit-il. Pour mesurer l’effet des statines, il faut suivre des milliers de personnes pendant au moins cinq ans, ce qui coûte des dizaines de millions de dollars. « S’il faut suivre autant de personnes pendant aussi long­temps, c’est peut-être parce que l’effet de ces médicaments n’est pas si spectaculaire », ironise le cardiologue.
Il reproche aussi aux statines d’être une sorte de prescription pour la malbouffe. « Comme les médicaments abaissent le taux de LDL quelle que soit l’alimentation, les patients se sentent autorisés à manger n’importe quoi », constate le Dr Juneau. Un article publié dans la revue JAMA Internal Medicine en 2014 le confirme. Chez les Américains qui prennent des statines, la consommation de calories et de gras a augmenté de 1999 à 2010, alors qu’elle a atteint un plateau dans le reste de la population.
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Quand on suit un régime méditerranéen et qu’on fait de l’exercice régulièrement, on enrichit le sang en antioxydants, comme les flavonoïdes, qui ont un effet protecteur sur la santé cardiovasculaires. – Photos : iStockphoto
À Québec, le cardiologue Paul Poirier parle carrément des statines comme d’une « béquille pour manger des cochonneries ». « Le sport, c’est mieux qu’une pilule pour prévenir les maladies cardiovasculaires et, en plus, ça aide à prévenir le cancer. Mais c’est trop simple », se désole-t-il.
Le Dr Jean-Claude Tardif, de l’Institut de cardiologie de Mont­réal, ne trouve pas que la préven­tion soit « trop simple ». Il voit dans son cabinet des travailleurs, des mères et des pères de famille qui arrivent brûlés à la maison et qui n’ont ni le temps ni les moyens de mitonner un petit plat santé. « Allez dire à un patient obèse qui a mal aux genoux de se mettre au jogging ! lance-t-il. C’est illusoire de penser que tout le monde va faire du vélo trois ou quatre fois par semaine et remplir son assiette de légumes bios. »
Le Dr Tardif, qui mène lui-même des recherches sur les statines, dit utiliser très peu la formule de Framingham pour déterminer les risques cardiovasculaires de ses patients, se fiant davantage à son expertise pour évaluer chacun, au cas par cas. Pour les omnipraticiens qui n’ont pas le temps de suivre toute la littérature sur le sujet, il estime que la formule, simple à utiliser, est appropriée. Le cardiologue n’était pas chaud à l’idée d’accorder une entrevue sur les statines à L’actualité. « Quand vous écrivez des articles qui présentent les statines sous un mauvais jour sans raison valable, des patients à haut risque d’accidents cardiaques arrêtent de prendre leurs médicaments, subissent une progression de leur maladie et meurent. C’est criminel. »
En Australie, un reportage incendiaire à l’égard des statines, diffusé en octobre 2013, a suscité une vive réaction chez les télé­spectateurs. Un sondage mené auprès de 1 094 Australiens, un mois après la diffusion, a révélé qu’une personne sur cinq traitée aux statines qui avait regardé le documentaire avait cessé de prendre son médicament ou changé son traitement. Le quart d’entre elles avaient subi une crise cardiaque dans le passé.
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Pour les médecins généralistes, dresser le portrait des risques cardiovasculaires d’une personne avec toutes ses nuances n’est pas toujours réaliste. – Photo : iStockphoto
Pour Martin Juneau, le vrai problème, ce ne sont pas tant les journalistes que les médecins qui donnent des statines à leurs patients et qui les félicitent lors­qu’ils observent que leur taux de cholestérol baisse, alors que leur tour de taille et leurs mauvaises habitudes de vie demeu­rent inchangés. « C’est ça qui est criminel », affirme-t-il. Surtout quand les patients cessent de faire de l’exercice à cause des effets secondaires des médicaments.
Mais quels effets secondaires ? Aucune étude à ce jour, pas même les grandes méta-analyses, n’a démontré que les médicaments contre le cholestérol avaient des effets nocifs. La méta-analyse du CTT Collaboration a révélé que seulement une personne sur 10 000 éprouvait des symptômes de la rhabdomyolyse, une rare forme de dégradation des muscles. Le risque de diabète augmentait également, mais très légèrement.
« Attention, il ne faut pas se fier aux essais cliniques pour déterminer les effets nocifs, met en garde le Dr Paul Poirier. Avant le début des études, il y a une première phase d’environ huit semaines qui sert à exclure toutes les personnes qui ne prennent pas leur médicament avec assiduité, donc essentiellement celles qui éprouvent des effets secondaires. »
Parmi les patients du Dr Juneau, de 20 % à 25 % signa­lent des effets secondaires, le plus souvent des douleurs musculaires. « C’est certainement plus élevé que la moyenne, parce que mes patients sont en général sportifs et sont plus susceptibles de ressentir ce genre de douleurs », juge le médecin. D’autres disent souffrir de problèmes de mémoire.
Le Dr Juneau raconte que, il y a deux ou trois ans, il se faisait encore durement critiquer lorsqu’il parlait ouvertement des effets secondaires des statines. « Aujourd’hui, c’est le contraire, on me cite ! » dit-il. À son avis, ce revirement de situation n’est pas étranger à ce qui se trame dans les grands laboratoires pharmaceutiques. Les brevets des statines ayant expiré, des géants comme Amgen et Pfizer préparent la prochaine génération de médicaments contre le cholestérol, nommés « inhibiteurs de PCSK9 ». Et que promettent-ils aux médecins, qu’ils ont déjà commencé à appâter dans les congrès ? Que les PCSK9 n’auront pas d’effets secondaires !
« Les inhibiteurs de PCSK9 vont nous permettre d’abaisser le taux de cholestérol à des niveaux jamais vus », s’enthousiasme le Dr George Thanassoulis, qui n’est pas associé à la recherche sur ces médicaments. « Ils seront très utiles pour les patients à haut risque. » Et pour la prévention primaire ? « Ça, je n’en suis pas convaincu. »
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Dominique Scali : l’étoffe d’une légende

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À la recherche de New Babylon, par Dominique Scali, La Peuplade, 460 p.
Dominique Scali n’avait jamais envisagé d’écrire un roman western avant de mettre les pieds au Mali, où elle faisait un stage en coopération internationale. Au milieu de ces vastes étendues désertiques, où la survie dépend de la solidarité collective, elle a vivement ressenti la solitude qu’engendre notre individualisme à l’américaine — héritage direct de la conquête de l’Ouest. « J’ai vu dans le western une métaphore du vide qui vient avec la liberté », explique l’auteure de 30 ans.
À la recherche de New Babylon détourne les archétypes du prédicateur, du hors-la-loi, du chasseur de primes et de la belle aventurière. Il en fait des exilés coupés de leurs origines, qui tentent non seulement de se rebâtir une vie, mais de se faire un surnom en créant leur propre légende. Ces multiples impostures évoquent le mythe du self-made man, mais se rapprochent aussi de l’esbroufe du star-system et des réseaux sociaux.
Sans jamais s’essouffler, Dominique Scali entraîne ses personnages à la recherche de « la ville la plus dangereuse d’Amérique », dans une quête qui les ramène invariablement à eux-mêmes. Sa version du western est donc, avant tout, existentielle. « New Babylon, c’est le mythe du mythe, dit-elle. On a beau changer de ville, on reste embourbé dans la même impasse. La transformation de soi est une illusion. »
***
D’autres suggestions livres : 
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Bravo, par Régis Jauffret, Seuil, 288 p.
Aux funérailles des gens de la scène, la tradition veut que l’on crie bravo au cercueil. Régis Jauffret mérite, lui aussi, une salve d’applaudissements pour son nouveau livre, dûment intitulé Bravo — un hommage à tous les vieillards indignes qui n’ont pas l’intention de tirer leur révérence sans un dernier pied de nez à ceux qui voudraient déjà les enterrer. En 16 récits, il expose les ravages de l’âge, les conflits de générations entre les retraités et leurs enfants, les vacheries des couples sur le déclin. Jauffret, dont le roman précédent avait pour cible le peu recommandable DSK, continue surtout à ridiculiser l’obsession satyrique du mâle français pour les jeunes filles nubiles. C’est féroce, impitoyable… et drôle à mourir.
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Tous les démons sont ici, par Craig Johnson, Gallmeister, 320 p.
Les lecteurs de Craig Johnson sauront à quoi s’attendre en ouvrant le septième tome de sa série policière : aux paysages majestueux du Wyoming, à des échanges culturels avec la nation Crow, à la bouille amicale du shérif Walt Longmire. Cette fois, le shérif est à la poursuite du « plus dangereux sociopathe des États-Unis », qui s’est enfui dans les monts Bighorn, en plein blizzard, avec les ossements d’un enfant qu’il a assassiné. De grands lodges en cabanes isolées, de pistes de motoneige en sentiers escarpés, l’intrigue se resserre à mesure que l’action prend de l’altitude. Le suspense, lui, atteint des sommets.

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Dissidences : un passionnant roman d’espionnage

Ils sont plus de 25 000 à avoir bravé la surveillance armée aux frontières pour échapper au régime de Pyongyang et goûter à la liberté. Leur histoire, cependant, ne s’arrête pas là et leur rêve, souvent, se brise sur les récifs de la réalité qui les attend en Corée du Sud. Hannah Michell, qui a grandi à Séoul et enseigne la culture coréenne à l’Université de Californie à Berkeley, s’est intéressée au cas de ces transfuges et elle dévoile la discrimination dont ils sont victimes dans son premier roman, Dissidences.
Dissidences, par Hannah Michell, Les Escales, 368 p.
Dissidences, par Hannah Michell, Les Escales, 368 p.
Pour Hyun-min, étudiant récemment arrivé dans la capitale sud-coréenne, ce n’est pas tant l’adaptation au « chaos de néons et de voitures » ni à la compétition féroce d’un capitalisme débridé qui rend l’intégration difficile. « Pour moi, Séoul, c’était un paradis, dit-il. Je croyais que parce que nous parlions la même langue, je me sentirais chez moi. » Or, la langue, justement, a changé en 60 ans de partition. Elle s’est tellement métissée de mots anglais, de termes technologiques et de références américaines que Hyun-min peine à la comprendre. L’étudiant doit aussi subir les regards méprisants ou méfiants qui accueillent son accent du Nord, ainsi que les préjugés voulant que les transfuges soient paresseux et incapables de gérer leur argent.
Dissidences devient un passionnant roman d’espionnage quand le destin de Hyun-min croise celui de Mia, une Sud-Coréenne elle-même rejetée par sa communauté parce qu’issue d’une mère anglaise et d’un père emprisonné pour ses sympathies communistes. « C’était la première chose que tout enfant coréen apprenait : il ne fallait pas être différent », commente l’auteure.
Mia travaille comme interprète à l’ambassade britannique, où elle entretient une liaison avec un diplomate alcoolique plutôt minable. Son amitié pour Hyun-min attirera sur elle l’attention des services secrets et de passeurs véreux, qui aimeraient bien connaître l’emplacement du tunnel secret que le transfuge a emprunté pour traverser la zone démilitarisée. Ses déboires sont une édifiante leçon de tolérance pour « ceux qui croient encore aux frontières, à ces lignes étranges dessinées sur des cartes par des hommes ».
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Duceppe : le caricaturiste de L’actualité devin ?

Visionnaire, le caricaturiste André-Philippe Côté ? En rappel, voici une caricature publiée dans les pages de L’actualité en août 2011, quelques semaines après que Gilles Duceppe eut annoncé qu’il quittait la direction du Bloc québécois et la vie politique.
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Le vin de la semaine : un grec déconcertant, mais hautement séduisant.

La vie est trop courte pour fréquenter l’ennui. Surtout dans son verre. Chaque semaine, Nadia Fournier vous fait découvrir les vins qui l’emballent, qui la font vibrer.
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Domaine Thymiopoulos Jeunes Vignes de Xinomavro Naoussa 201312212220   17,95 $
Je vous écris cette semaine depuis Naoussa, en Macédoine. Pas la Macédoine slave, la grecque. Située à environ 500 km au nord d’Athènes, la région s’apparente davantage aux Balkans qu’à la Grèce des îles. Sa gastronomie et son vin aussi.
Art_de_vivre
Au XIXe siècle, alors que la Grèce était occupée par les Ottomans, on servait les vins de Naoussa dans les palais d’Istanbul aussi bien qu’en Autriche, en Russie et en Égypte. Puis, le vignoble a connu une longue période d’abandon. Plusieurs vieilles vignes ont été remplacées par des arbres fruitiers, jugés plus rentables.
Aujourd’hui, les vignobles qui ont survécu à ce moment de léthargie profitent d’une seconde vie, grâce à une nouvelle génération de vignerons comme Apostolos Thymiopoulos.
Son vin est composé exclusivement de xinomavro, un cépage rouge dont le nom signifie littéralement «acide et noir». Pas très invitant, a priori. Sauf que cette acidité, comme celle des vins rouges du Piémont, en Italie, s’avère un immense atout à table.
Pas étonnant qu’au cours des dernières années, ce Jeunes vignes de Thymiopoulos soit devenu mon vin passe-partout. Celui que j’achète à la caisse et que je sers en toute occasion, à tout type de palais. Chaque fois, le verdict est quasi unanime : déconcertant aux premiers abords, mais hautement séduisant, tant par son attaque en bouche fruitée-acidulée que par sa texture à la fois souple, juteuse et juste assez tannique pour plaire à l’amateur de vin corsé.
Un vin d’autant plus recommandable que le 2013 est particulièrement complet et rassasiant, mais toujours aussi digeste et agréable à boire. Un 17,95 $ de pur plaisir !
Santé ! Yamas !
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L' actualité :Gilles Duceppe et Mario Beaulieu s’expliquent

Photo : Julia Marois pour L’actualité
Photo : Julia Marois pour L’actualité
Gilles Duceppe et Mario Beaulieu étaient détendus, assis autour d’une table dans le grand local de la permanence du Bloc québécois, à Montréal, mercredi après-midi. Le nouveau et l’ancien chef du Bloc québécois semblaient avoir déjà complété la passation des pouvoirs, Gilles Duceppe répondant avec un plaisir évident à la vaste majorité des questions.
Entrevue avec les deux hommes sur un changement de chef aussi soudain qu’imprévisible, à quatre mois des prochaines élections fédérales.
L’actualité : Messieurs, si quelqu’un m’avait dit il y a quelques jours que je serais assis devant vous pour cette entrevue, je ne l’aurais pas cru ! Que s’est-il passé ?
Gilles Duceppe : Si quelqu’un m’avait dit il y a quelques jours que je serais ici pour cette entrevue avec vous, je ne l’aurais pas cru non plus ! On est sur la même longueur d’onde.
On ne s’entendait pas au départ, Mario et moi, tout le monde le sait. On a du caractère et on dit ce qu’on pense. On s’est expliqué et on s’est rencontré plusieurs fois dans les derniers mois. Mardi dernier, on devait se rencontrer pour discuter politique et Mario m’est arrivé avec cette proposition de devenir chef. C’est comme ça que ça s’est passé. J’en ai parlé à ma famille, mes enfants, mes amis. J’ai réfléchi. J’en ai parlé à Pierre Karl Péladeau samedi, puis j’ai appelé Mario pour lui donner ma réponse. Ça s’est passé vite.
Mario Beaulieu : C’était assez imprévu pour moi aussi. On en avait parlé quelques fois. Je trouvais qu’il ne restait pas beaucoup de temps avant les élections et que ça n’allait pas comme il fallait. Je n’ai jamais eu aucune pression pour quitter. Les gens étaient motivés sur le terrain. Je suis là avant tout pour la cause, pour l’indépendance. La prochaine élection est cruciale pour le Bloc.
M. Beaulieu, vous dites quoi aux militants qui ont voté pour vous il y a à peine un an ?
Beaulieu : Mon mandat est de faire avancer la cause de l’indépendance et c’est pour ça que je fais ça. Tout le monde à qui j’en ai parlé est d’accord et se rallie à mon choix. Ce sera bien accepté, j’en suis certain.
Le fait que vous puissiez décider, à deux, dans un restaurant, de changer la chefferie du Bloc, n’est-ce pas un signe que le parti va mal, que les militants ne jouent plus un grand rôle dans ce parti ?
Duceppe : Il y a quand même un bureau de direction qui a été consulté, hier soir [mardi le 9 juin] et je n’étais pas là. Ils ont pris une décision. C’est déjà arrivé dans le passé. Par exemple, Michel Gauthier a été élu [en 1996] par les membres dans un conseil général, pas dans un congrès à la chefferie. La décision du bureau de direction sera ratifiée par le conseil général qui aura lieu au début du mois de juillet. Ça se fait correctement.
Beaulieu : On respecte les statuts. Les militants sont là avant tout pour l’indépendance. Je n’ai pas ressenti de problème.
Duceppe : Les membres du bureau de direction et du conseil général sont élus par les militants aussi. On a des associations dans chacune des circonscriptions. Il y a une vie sur le terrain. Si on avait senti un mécontentement, le téléphone aurait sonné depuis hier, ça n’aurait pas pris de temps. Mais ce n’est pas ça qui se passe actuellement.
Photo : Julia Marois pour L’actualité
Photo : Julia Marois pour L’actualité
M. Duceppe, pourquoi revenir en politique, alors que vous sembliez avoir fermé la porte?
Duceppe : J’ai toujours dit que je n’avais pas de plan de carrière. Quand je me suis lancé en politique, en 1990, j’ai pris la décision en 48 heures. Je ne le savais pas avant. Là, il y a une semaine, je ne le savais pas non plus. Il y a un vieux concept qui s’appelle le sens des responsabilités. J’ai été éduqué avec ça. Quand je pense que j’ai une responsabilité, que je dois y faire face, je la prends. Je prends mes responsabilités. Ceux qui disent que je m’ennuyais, c’est faux. J’écrivais quatre textes par semaine pour le Journal de Montréal et de Québec, j’allais à RDI aux deux semaines, je faisais du vélo, je préside la compagnie Jean Duceppe, où je vais remettre ma démission ce soir… Je n’étais pas mal.
Pourquoi ne pas être resté en poste en 2011, après la défaite, pour rebâtir le parti ? Là, vous revenez avec quatre mois à faire avant les élections, c’est minuit moins une en politique…
Duceppe : Je pensais que quelqu’un d’autre pourrait le prendre. Mais là, on m’a fait la demande. C’est simple.
C’est rare une deuxième chance en politique. Pensez-vous l’obtenir ? Le verdict a été sans appel en 2011…
Duceppe : Il y a quelques exemples quand même. En 1993, Jean Charest est reparti avec deux députés au Parti progressiste-conservateur, à travers le Canada. Joe Clark est revenu aussi.
Beaulieu : Il y a eu Robert Bourassa.
Duceppe : Je ne veux pas d’autres chances. Je ne le vois pas comme ça. J’ai des choses à offrir avec le Bloc et je pense que c’est la bonne solution pour le Québec. On n’a jamais si peu parlé du Québec depuis qu’on n’est plus là.
Depuis hier, j’entends des gens très sceptiques sur votre retour, autant des commentaires en personne que par courriels ou sur les réseaux sociaux. Certains sont durs. J’ai entendu des phrases comme : «Il n’a pas compris le message en 2011.» Vous leur dites quoi ?
Duceppe : Je reçois ça régulièrement à propos de mes chroniques. Je suis convaincu que je pourrais reconnaître les noms ! Ça fait partie de la game. Je reçois de belles choses aussi.
Vous n’avez pas l’impression de vous accrocher ?
Duceppe : Je ne m’accroche pas. Je ne suis pas désespéré.
Beaulieu : C’est nous qui sommes allés le chercher. Le contexte est spécial au Québec actuellement.
Photo : Julia Marois pour L’actualité
Photo : Julia Marois pour L’actualité
Vous dites revenir pour la cause souverainiste, mais si vous échouez, alors que vous êtes le meilleur espoir du Bloc, ça voudra dire quoi pour la santé du mouvement souverainiste ?
Duceppe : Ce n’est pas comme ça que je l’envisage ! Ça partirait bien mal ! J’ai joué longtemps au football, et si tu embarques sur le terrain en te disant que tu vas manger une volée, tu risques fort d’en manger une. Il faut vouloir gagner. Il faut accepter de recevoir des coups aussi. Sinon, ce serait trop facile. Et si tu penses aussi que c’est certain que tu vas gagner, ça part aussi mal.
Vous parlez de «souffle nouveau» et de «nouveau cycle», mais les gens revoient à la télé un chef qui a été là pendant 14 ans, entre 1997 et 2011. Où est la nouveauté selon vous ?
Duceppe : Ce n’est pas une question d’individus autant que d’idées. J’incarne des idées que Mario incarne aussi, que Pierre Karl [Péladeau] incarne aussi. On ne s’entend pas sur tout. Mais on s’entend sur le pays qu’on veut. C’est significatif. À Ottawa, même si le NPD, le PLC et le PC ne s’entendent pas, ils sont d’accord sur leur appartenance au Canada.
Il y a du monde qui ne sont pas là longtemps comme premier ministre, mais on se demande si c’est la bonne personne. Regardez François Hollande en France. Il y en a d’autres qui sont là plus longtemps. C’est toujours différent. Winston Churchill a été battu toute sa vie, sauf entre 1940 et 1944. C’est curieux. Mais il a été utile, même s’il n’était plus jeune. Hillary Clinton a mon âge, et le poste qu’elle convoite, présidente des États-Unis, est pas mal plus difficile que le mien.
Beaulieu : La moitié des 23 candidats qu’on a choisi jusqu’à maintenant a moins de 35 ans. Il y a de la relève au Bloc.
Vous êtes un amateur de football, mais je vais vous donner un exemple de hockey. Est-ce que la victoire du Bloc en octobre serait la première période d’un match pour le mouvement souverainiste ? La deuxième période étant la victoire du PQ aux prochaines élections, en 2018, et la troisième, un référendum ?
Duceppe : Ce serait la séquence idéale. J’espère que le référendum arrivera aussi vite que possible. On veut gagner et le PQ veut gagner. Si on gagne les deux fois, est-ce que les conditions seront bonnes à ce moment-là ? Il faudra évaluer la réalité.
Votre discours a toujours été axé sur la défense des intérêts du Québec, au point de séduire quelques fédéralistes nationalistes. Vous avez déjà dit que la souveraineté ne se fera pas à Ottawa. Mais avec un Pierre Karl Péladeau plus déterminé sur le front de la souveraineté, cette clientèle ne se jettera pas dans les bras du Bloc. Visez-vous seulement les souverainistes cette fois ?
Duceppe : Il y a toujours eu plus de souverainistes qui ont voté pour le Bloc que de fédéralistes, on va s’entendre là-dessus. Selon le dernier sondage, la souveraineté est à 42 %. Ce serait une bonne base! Personne ne se plaindrait d’un tel score. Mais on a été respectueux des fédéralistes, on n’a jamais été repoussant. Ce n’est pas parce que tu te tiens debout que tu détestes les autres.
Jacques Parizeau disait que le fer de lance du mouvement souverainiste était le Bloc québécois. Pourquoi ? Parce qu’on a beaucoup réfléchi sur le sujet, sur les frontières, l’armée, la monnaie, les affaires étrangères et ainsi de suite. On a fait un congrès au titre : «Imaginez un Québec souverain». La souveraineté, ce n’est pas incolore, inodore et sans saveur. C’est n’est pas juste un flag sur le hood du char. Ça s’incarne dans la réalité d’une nation. C’est ce qu’il faut expliquer.
Comment avez-vous trouvé le travail de Thomas Mulcair comme chef de l’opposition aux Communes ?
Duceppe : C’est un excellent débatteur. Un politicien habile. Mais sur les intérêts du Québec, il a été plus qu’ordinaire. Quand Ottawa a décidé d’aider financièrement la construction d’une ligne à haute tension entre Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse, ce qui désavantagera Hydro-Québec pour ses exportations, Mulcair a dit «pas de problème». Il veut rouvrir la Constitution pour abolir le Sénat, mais ne faire aucun autre changement. Couillard vient de lui dire «non, ça ne marche pas comme ça».
Vous décochez des flèches au NPD sur la défense des intérêts du Québec, mais en toute justice, ils ont porté plusieurs dossiers qui sont importants pour les Québécois, comme se battre contre la réforme de l’assurance-emploi, le péage sur le pont Champlain, la fin du courrier à domicile dans les villes, le projet de loi antiterroriste C-51 ou encore la guerre en Irak… Ont-ils été si absents, comme vous le dites ?
Duceppe : Ils sont à l’aise de mener des combats lorsque ces combats sont les mêmes au Canada et au Québec. Je n’ai pas de problème avec leur position sur l’assurance-emploi. Mais dès qu’il y a un conflit entre les deux, le NPD s’occupe des intérêts du Canada d’abord.
Photo : Julia Marois pour L’actualité
Photo : Julia Marois pour L’actualité
Qu’est-ce que le Bloc aurait pu faire de plus face à un gouvernement Harper majoritaire, qui passe le rouleau compresseur?
Duceppe : Le NPD disait «votez pour nous, on va battre Harper». Ce n’est pas ce qui est arrivé. Moi, je n’aurais pas appuyé la ligne de transport entre Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse. J’aurais mené le combat. Comme nous avons mené le combat lors du scandale des commandites. Le NPD ne s’en est pas mêlé à l’époque. Quand les libéraux étaient majoritaires aux Communes, on ne s’est pas écrasé. On s’est tenu debout.
Selon un sondage paru le 2 juin dernier, de la firme Abacus, la volonté d’avoir un changement de pouvoir à Ottawa atteint 86 % au Québec, soit le 2e résultat le plus élevé au pays, après les provinces atlantiques. Le NPD et le PLC vont dire qu’avec l’appui des Québécois, ils peuvent remplacer Harper. Vous n’avez pas cette carte. Vous allez miser sur quoi pour les convaincre ?
Duceppe : On va battre Harper au Québec, que les autres partis s’occupent de le battre ailleurs.
Souhaitez-vous un gouvernement minoritaire ?
Duceppe : Les électeurs vont choisir. Je vais respecter leur décision. Le Québec est plus fort quand il n’a pas de compromis à faire.
Pensez-vous qu’un Bloc plus fort risque de diviser le vote à Québec et au centre du Québec, ce qui va aider Stephen Harper à faire élire plus de députés ? Allez-vous lui faciliter la vie indirectement ?
Duceppe : Ça pourrait aussi être le contraire, notamment dans la région de Québec. Selon certains analystes, des électeurs allaient voter pour les conservateurs afin de battre le NPD. Là, ils pourraient revenir au Bloc. Je vais m’occuper de mes affaires, c’est le plus important. Les votes stratégiques, ça fini toujours pas nous nuire. Les Écossais ont voté pendant des décennies pour les travaillistes, qui se sont finalement battus contre l’indépendance lors du référendum.
La présence du Bloc au débat télévisé en anglais n’est pas acquise. Souhaitez-vous y participer ?
Duceppe : J’ai toujours aimé les débats. On va le demander.
En terminant, vous aviez exigé, en 2004, à Paul Martin de vendre les actions de sa compagnie, la Canada Steamship Lines, disant que la fiducie sans droit de regard était insuffisante. Or, Québecor prend beaucoup plus de place dans le paysage économique du Québec que les bateaux de Paul Martin au Canada. Pensez-vous que Pierre Karl Péladeau doit vendre ses actions ?
Duceppe : Pierre Karl devra respecter la décision du commissaire à l’éthique. Il n’a pas le choix et il devra prendre sa décision ensuite. Il ne faut pas non plus que le siège social quitte le Québec. Dans le cas de Paul Martin, ce qui a été choquant, c’est lorsqu’il a changé le traité fiscal avec la Barbade, ce qui aidait les pavillons de complaisance. On riait de nous autres ! Il a fait ce changement un 31 décembre. C’est dans ce contexte que j’ai fait cette sortie.
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mercredi 10 juin 2015

L’égalité des sexes : invention moderne ?

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Photo : Mauricio Anton/Science Photo Library
Égalitaire ou dominateur, Homo sapiens ? Cette question fait débat depuis longtemps. Pour certains, la notion d’égalité des sexes est une invention moderne, le fruit d’idéaux progressistes qui vont à l’encontre de notre nature profonde. Pour d’autres, l’être humain est au contraire une espèce fondamentalement égalitaire, dont les bons instincts ont été pervertis par la civilisation et l’accumulation de richesses. Hommes et femmes sont-ils faits pour s’opprimer les uns les autres, ou pour partager le pouvoir ?
Des anthropologues britanniques jettent un éclairage fort intéressant sur cette question dans une récente livraison de la revue Science. Mark Dyble, étudiant en doctorat au University College de Londres, la professeure Andrea Migliano et leurs collègues ont observé des peuples d’Asie et d’Afrique en plus de faire des tests à l’aide d’un modèle informatique. Et selon eux, il y a de bonnes raisons de croire que les premiers humains, qui arpentaient jadis la savane en petites tribus de chasseurs-cueilleurs, étaient des apôtres de l’égalité sexuelle.
Ce qui a piqué d’abord la curiosité des chercheurs, c’est un trait inusité des populations de chasseurs-cueilleurs. Ces peuples ont la particularité de vivre en groupes composés non pas de personnes apparentées, comme on pourrait s’y attendre, mais majoritairement de personnes sans lien génétique entre elles. Pourquoi ?
Les anthropologues se sont demandé si ce phénomène avait quelque chose à voir avec la répartition du pouvoir dans le couple. En règle générale, si on leur donne le choix, la majorité des gens préfèrent vivre près de leur famille. Ainsi, si c’est le mari qui choisit où et avec qui le couple s’installera, il choisira de s’établir auprès de ses proches à lui, et la collectivité sera formée d’un noyau d’hommes de la même famille et de leurs épouses. Si c’est la femme qui tranche, elle choisira sa propre parenté, et le groupe sera organisé autour de son clan familial à elle. En revanche, si les souhaits des deux époux comptent tout autant, le couple ne s’entourera pas systématiquement des proches de l’un ou de l’autre, mais d’un mélange des deux, et chacun côtoiera des gens avec qui il n’a aucun lien de parenté.
Un modèle informatique simulant le processus a été conçu pour vérifier cette hypothèse. Dans une version du modèle, le mari et la femme ont une égale influence sur le choix des personnes avec qui ils cohabiteront ; dans une autre version, seul l’un ou l’autre a voix au chapitre. La simulation a confirmé l’intuition des chercheurs : lorsque la prise de décision est égalitaire, on obtient des groupes où les liens familiaux sont beaucoup plus ténus que si l’un ou l’autre sexe domine.
C’est donc l’égalité entre les époux qui serait le fondement de l’organisation sociale singulière des chasseurs-cueilleurs. Ce résultat va dans le sens des observations recueillies sur le terrain, en 2013 et 2014, auprès des Pygmées Mbendjele, au Congo, et des Agta, aux Philippines. Ces peuples résident dans des camps comptant une vingtaine d’adultes et leur progéniture et subsistent en chassant, en pêchant et en cueillant des ressources dans leur environnement. Les couples passent librement d’un camp à un autre selon leurs besoins, pour se rapprocher tantôt de la famille de l’épouse (à la naissance d’un enfant, notamment), tantôt de celle de l’époux. (Par contraste, chez les Paranan des Philippines, un peuple d’agriculteurs, les femmes rejoignent systématiquement la famille de leur mari.)
L’être humain a été chasseur-cueilleur pendant 95 % de son histoire (jusqu’à l’émergence de l’agriculture, il y a environ 12 000 ans). On peut donc penser que l’égalité sexuelle a été la norme pour l’espèce humaine durant la presque totalité de ses 200 000 ans d’existence, comme elle l’est toujours pour les chasseurs-cueilleurs d’aujourd’hui.
Les chercheurs vont jusqu’à laisser entendre que c’est l’égalité entre maris et femmes qui a permis à Homo sapiens de devenir ce qu’il est : une créature remarquablement coopérative et inventive, sans pareille dans le règne animal. C’est grâce à l’égalité des sexes — et à l’organisation sociale qui en découle — que les êtres humains ont dû s’habituer à collaborer avec des gens qui ne sont pas de leur famille. C’est grâce à elle qu’ils ont développé des réseaux s’étendant bien au-delà des liens du sang ou du mariage. Et ces contacts avec des gens d’horizons divers leur ont permis d’échanger de nouvelles idées, d’apprendre les uns des autres et, en fin de compte, d’innover.
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Montréal totalement MURAL

Art_de_vivreDepuis le 4 juin, une partie du boulevard Saint-Laurent, à Montréal, s’est transformée en immense canevas où l’art mural exulte sous de multiples formes, grâce au festival MURAL.
Événement majeur d’art public qui en est à sa troisième édition, MURAL permet à des artistes locaux et étrangers de dévoiler leur talent en temps réel sur les murs de la Main, mais aussi de léguer à la ville des œuvres qui l’embellissent, en plus de redonner vie à cette artère malmenée ces dernières années.
Au terme de ce festival — gagnant d’un Grand prix du tourisme en 2014 —, 50 nouvelles murales s’ajouteront donc à celles qui parent déjà les rues de Montréal. Car bien avant que soit lancé MURAL, la métropole québécoise brillait par la joliesse et la créativité de ses fresques urbaines, notamment grâce à des organismes comme MU, au Programme de réalisation de murales (instauré par la Ville en 2007) et au nouveau Programme de soutien à l’art mural, né l’an dernier.
Plus tôt cette année, Montréal est même devenue la première ville canadienne à voir ses œuvres d’art urbain figurer dans la collection de l’Institut culturel de Google, sorte de musée virtuel en ligne, qui dispose d’une collection d’art de rue.
Il faut dire que de plus en plus de murales parent les immeubles ou les infrastructures urbaines (réservoirs, viaducs, etc.) du globe, tantôt pour requinquer des façades mornes ou déliquescentes, tantôt pour enjoliver des murs aveugles, tantôt pour le simple plaisir des yeux. À l’instar de Montréal, d’autres administrations municipales se sont également dotées de programmes d’art urbain, à commencer par Philadelphie — une référence en la matière.
Le festival MURAL se poursuit jusqu’au dimanche 14 juin, et il donne également lieu à des concerts, des expositions à ciel ouvert, une foire d’art mural, des conférences et ateliers, ainsi que des films et des visites guidées, entre autres choses.

Pour plus d’informations, consultez le site Web ou la page Facebook de MURAL, de même que les suggestions de Tourisme Montréal.

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Faut-il avoir peur du coronavirus MERS ?

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Photo extraite d’une vidéo de l’AFP (source : YouTube).
Avec six morts et 87 personnes infectées, la Corée du Sud est aux prises depuis deux semaines avec la plus importante éclosion de syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS), ce nouveau virus mortel découvert en 2012.
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Le MERS va-t-il se propager dans toute l’Asie, voire le reste du monde ?
Masques et quarantaine
Dans les rues de Séoul, où se tient actuellement une conférence mondiale des journalistes scientifiques à laquelle je participe, la tension est palpable. D’innombrables personnes portent des masques, et on ne voit quasiment aucun enfant dans les rues — alors que 2 000 écoles sont actuellement fermées.
Plus de 2 500 personnes ont été placées en quarantaine, chez elles ou à l’hôpital. Les autorités ont annoncé qu’elles allaient surveiller leurs signaux de téléphone cellulaire pour repérer d’éventuels déplacements.
On a repéré le virus pour la première fois le 20 mai, chez un homme d’affaires qui était de retour d’un séjour au Moyen-Orient. Le voyageur a visité plusieurs hôpitaux avant d’être finalement diagnostiqué dans la salle d’urgence bondée d’un grand hôpital de Séoul.
Ce coronavirus est un proche parent de celui qui provoque le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), lequel a touché environ 8 000 personnes et fait 800 morts dans plusieurs pays — dont le Canada, en 2002-2003.
Jusqu’à présent, toutes les personnes contaminées l’ont été dans des hôpitaux. Lundi, le gouvernement a publié la liste des 29 établissements à travers le pays où l’on a rapporté des cas.
Les enquêtes en cours montrent que seules des personnes souffrant de symptômes sévères semblent avoir transmis le virus.
D’abord les malades
Le MERS est connu pour être beaucoup moins contagieux que le SRAS. Les personnes touchées sont avant tout des patients qui étaient déjà hospitalisés pour d’autres problèmes de santé — et non le personnel médical.
Mais les autorités ont désormais la preuve que le virus s’est transmis à distance entre deux malades, lesquels étaient hospitalisés dans deux chambres de part et d’autre d’un corridor.
On a retrouvé des traces du virus dans le filtre du système de climatisation de l’hôpital.
Néanmoins, les spécialistes coréens ne disposent encore d’aucune preuve qu’il pourrait se transmettre par la voie des airs. Des porteurs sains pourraient avoir transmis le virus d’un malade à un autre.
Malgré les mesures en place, il semble que les difficultés à faire respecter les protocoles de sécurité dans les hôpitaux (notamment les instructions sur le lavage des mains) aient pu jouer un rôle dans la transmission du virus, rapportent les autorités.
La suite
Il est encore trop tôt pour savoir si le nombre de cas va diminuer dans les prochains jours grâce aux mesures de sécurité qu’a adoptées la Corée du Sud. Mais les pays environnants s’inquiètent, et Hongkong a déjà demandé à ses ressortissants d’éviter les voyages en Corée.
Les journalistes scientifiques réunis à Séoul sont cependant nombreux à estimer, en se basant sur les avis des spécialistes coréens et étrangers, que le risque de contracter le virus en voyageant en Corée est infime.
À la conférence, d’ailleurs, personne ne porte de masque. Le risque de souffrir d’une insolation (il fait 34 degrés, aujourd’hui, à Séoul) ou d’être renversé par une voiture sont sans aucun doute très supérieurs à celui d’attraper ce virus !
Cependant, même s’il semble peu probable pour l’instant que cette éclosion dépasse les frontières de la Corée du Sud, elle montre qu’il reste énormément à apprendre sur les modes de transmission de ce virus émergeant, ainsi que sur la manière de minimiser le nombre de victimes.
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Sondages : avantage Stephen Harper (mais attention au NPD !)

PolitiqueOn a à peine eu le temps d’apprendre le nom du nouveau chef bloquiste, Marc Beaulieu (Marcel ? Maurice ? Maxence), que déjà, il quitte son poste.
Au revoir, Martin (Marien ? Mario ? MARIO !), et merci pour ton bon travail. On se souviendra de toi comme d’un chef… euh… qui a porté des lunettes. Voilà.
C’est Gilles Duceppe qui (re)prendra sa place, ce qui ne sera pas sans faire enrager un peu la secrétaire du Bloc, laquelle venait tout juste de commander la nouvelle papeterie avec le nom de M. Beaulieu dessus. Que voulez-vous, le progrès est en marche et rien ne peut l’arrêter. Heureusement pour ceux qui sont faciles à mélanger, le progrès ressemble pas mal à ce qu’on avait avant.
L’électorat est parfois pris d’une grande frénésie qui le fait voter pour Mélanie Joly, Jack Layton ou Yoan. Ça arrive. Mais les électeurs ont beau réclamer du changement, ce qu’ils préfèrent, au fond, c’est un changement qu’ils connaissent déjà.
Gilles Duceppe est le comfort food du Bloc québécois. C’est un pâté chinois, un bol de gruau, un bouillon de poulet pour l’âme du séparatiste. Il est le restant de macaroni qu’on réchauffe et qui goûte tellement meilleur après une longue journée de Mario Beaulieu et de Daniel Paillé.
En ramenant Duceppe, le Bloc québécois applique la technique Sylvain Cossette : quand tes nouvelles chansons ne fonctionnent plus, joue de vieux hits.
Tous les partis ont leur Sylvain Cossette.
Le PLQ se donne la peine d’écrire un nouveau programme à chaque élection, mais ça se termine toujours de la même façon : le chef brandit le Bonhomme Référendum et promet l’apocalypse indépendantiste si le PQ est élu.
François Legault, lui, aime dénoncer les «vieux partis». Par exemple, lorsqu’il nous dit que Philippe Couillard «joue une game en essayant de faire peur au monde avec la souveraineté du Québec»… une semaine après avoir déclaré que le hockey avait peur du souverainisme.
Le pari, à chaque fois, c’est que le réchauffé va plaire plus que la nouveauté. Et généralement, ça fonctionne.
Si l’idée du Bloc québécois fait tache d’huile, qui sait, peut-être que les prochaines élections opposeront un hologramme de René Lévesque, un François Legault chef de l’Union nationale et une cassette répétant en boucle que le PQ va faire un référendum.
Avancez en arrière, comme on dit dans les autobus.
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Docteur, Inc. Les détails de l’entente entre le ministre Barrette et les médecins de famille

Un médecin montréalais retourne dans sa ville natale pour offrir un service de visite à domicile et de consultation privée par Skype ou Facetime à charge de l’usager. La nouvelle rapportée par Le Journal de Montréal et La Presse a capté mon attention par son caractère innovateur et singulier, car il s’agira du seul médecin québécois offrant un tel service.
Je ne suis pas un spécialiste de l’organisation des soins de santé, je ne suis pas partisan de la privatisation de ces soins et je ne veux pas m’inscrire dans l’analyse des discussions et de l’accord finalement conclu entre le ministre de la Santé et la Fédération des médecins omnipraticiens. Non, ce qui m’étonne dans le projet du docteur Vincent Demers, c’est la simplicité de la démarche. Une simplicité qu’on ne retrouve pas souvent dans le système québécois. Comme tout entrepreneur, il croit voir un besoin dans la population et il veut le combler. En affaires, on appelle cela une opportunité de marché.
Il fait l’hypothèse que des gens aimeraient compter sur la présence d’un médecin à domicile ou par appel vidéo quand ils ont un problème de santé. Ce peut être parce qu’ils ont une maladie chronique et qu’ils aimeraient avoir l’opinion d’un médecin avant de se présenter à l’urgence pour se faire hospitaliser. Ou parce que leur enfant est souffrant et qu’ils ne veulent pas camper plusieurs heures à l’urgence avec leurs autres marmots sous les bras. Peut-être parce qu’ils sont en phase terminale et qu’ils aimeraient finir leur vie à domicile, mais tout en recevant les soins appropriés.
Pour avoir droit à une consultation à domicile, il en coûtera 135 dollars. Un montant de 62 dollars sera prélevé pour la visite en tant que telle et 73 dollars pour le déplacement. La Régie de l’assurance-maladie du Québec (RAMQ), ne rembourse aucun temps pour le déplacement des médecins qui veulent visiter un patient à domicile, juste le kilométrage, dans un sens seulement, et après les huit premiers kilomètres.
Il est évident qu’un médecin rémunéré à l’acte est beaucoup plus intéressé à faire de la clinique sans rendez-vous, où la clientèle ne manque jamais et où la facturation potentielle est beaucoup plus intéressante. Quelle idée de perdre son temps dans la circulation quand votre bureau déborde…
En revanche, on peut faire l’hypothèse qu’une partie de la clientèle apprécierait une visite à domicile, comme celles que faisait le bon vieux docteur Welby de la série télévisée des années 1970. Le docteur Demers, qui a le sens du marketing, dit que son service coûtera moins cher qu’une visite du plombier. Il me semble que nous méritons autant de soins que nos vieux tuyaux.
Le docteur Demers a un bagage particulier. En plus d’être médecin, il a terminé un MBA à McGill et à HEC Montréal. Il a aussi une formation de graphiste, rapporte-t-on. Doit-on pourtant y voir un apôtre de la médecine à deux vitesses au service des plus fortunés ? Jusqu’à sa démission fracassante de la Régie de l’assurance-maladie du Québec en janvier dernier, il travaillait pourtant dans une clinique spécialisée en itinérance et il compte faire du bénévolat en plus de sa nouvelle pratique privée.
Il est complètement désengagé de la RAMQ et il ne peut plus facturer la Régie pour des soins assurés par le régime public. Il est devenu un pur entrepreneur, ne comptant que sur le développement de sa clientèle propre pour gagner son pain. Il me semble que son idée est porteuse et répond à un réel besoin auquel le régime public peut difficilement répondre, vu son organisation et la méthode de rémunération des médecins.
Personnellement, je lui souhaite bonne chance et je serai le premier à le référer si l’un de mes proches avait rapidement besoin de l’oeil expert d’un médecin sans devoir subir l’attente en clinique ou aux urgences.
* * *
Comment sont payés les médecins au Québec ?
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mardi 9 juin 2015

Duceppe va-t-il enterrer ou ressusciter le Bloc?

Gilles Duceppe, ancien et futur chef du Bloc québécois (crédit photo: La Presse canadienne)
Gilles Duceppe, ancien et futur chef du Bloc québécois (crédit photo: La Presse canadienne)
Après 14 ans à sa tête (1997-2011), Gilles Duceppe avait fait du Bloc québécois son parti. Une telle longévité, couplée d’une poigne de fer et de plusieurs victoires électorales, avaient soudé les deux noms. Le retour annoncé de l’ancien chef exigerait maintenant de les fusionner: le Parti Duceppe.
Quatre ans après la sévère débâcle de 2011, personne n’a réussi à s’installer dans ses souliers. Daniel Paillé et Mario Beaulieu ont échoué. Et devant un parti qui vacille, aucun candidat de gros calibre n’a tenté sa chance dans les deux courses au leadership.
À 67 ans, après une retraite de quatre ans, ce sera donc à Gilles Duceppe de ressusciter ou d’enterrer son parti.Politique
Qu’il soit possible d’annoncer le changement du chef du Bloc québécois par l’entremise du commentateur Jean Lapierre un beau matin à la radio est révélateur de l’état de santé du parti. Aucun débat interne à prévoir. Pas de courants contradictoires. Aucune envie de consulter les membres. La direction s’attend à ce que le retour de Gilles Duceppe soit chaleureusement applaudi, sans questionnement. C’est un parti dirigé depuis des années du haut vers le bas. La base n’est plus vraiment militante, occupée qu’elle est avec son principal parti, le PQ. Les quelques milliers de membres acceptent les choix de la direction sans rechigner.
En pareille circonstance — à quatre mois des élections — dans notre système politique, c’est le caucus des députés qui a le dernier mot sur le choix du chef  (une consultation des membres suivra, mais cela peut avoir lieu plus tard…)
Or, le seul député du Bloc québécois qui se représente aux élections le 19 octobre prochain est Louis Plamondon. Il siège à la Chambre des communes depuis 1984 — il aura 71 ans en juillet. Il est l’un des membres fondateurs du Bloc québécois, en 1990, et un proche de Gilles Duceppe. Bref, le nouveau chef devrait faire l’unanimité au caucus.
Le trait d’humour du jour revient à Alexandre Blanchet, doctorant à l’Université de Montréal en psychologie politique:
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Les forces
Gilles Duceppe a commandé un sondage avant de prendre la décision de revenir en politique, afin de savoir s’il ferait bouger l’aiguille des intentions de vote. Il a été satisfait de constater qu’il était plus populaire que Mario Beaulieu, et que sa présence redonnerait du tonus au Bloc. Certaines sources parlent du simple au double, le Bloc passant de 14 % à 28 %, d’autres parlent même de trois fois.
C’est l’un des avantages de Duceppe: la notoriété. Il n’a pas à se faire connaitre. Les Québécois savent ce qu’il offre. Dans une campagne qui s’annonce comme étant une question de vie ou de mort politique, c’est une épine au pied de moins.
Le nouveau chef du Bloc est aussi plus expérimenté que Beaulieu, avec six élections derrière sa cravate bleue. Il redevient de facto le leader fédéral avec la plus grande expérience de campagne (Harper en sera à sa cinquième campagne, May à sa troisième, alors que Mulcair et Trudeau en seront à leurs premières armes comme chef).
Pour les débats des chefs, c’est un atout certain.
Il connait le Québec par coeur et les subtilités régionales sur le bout de ses doigts. Il possède son contenu et a toujours fait preuve d’intégrité intellectuelle.
De plus, le Bloc a suffisamment d’argent pour faire une dernière vraie campagne électorale. Le parti économise depuis 2011, malgré la fin graduelle des subventions aux partis politiques décrétée par Harper en 2011. Sur ce plan comme en d’autres, ce sera quitte ou double.
Duceppe incarne une politique plus rassembleuse, ayant fait du Bloc québécois un parti à la défense des intérêts du Québec d’abord, souverainiste ensuite, ce qui a séduit certains nationalistes plus fédéralistes au fil des années. Reviendra-t-il à ce créneau? L’arrivée de Pierre Karl Péladeau, très déterminé sur le front de la souveraineté, pourrait compliquer ce type de positionnement mitoyen.
Le nouveau chef du PQ doute ouvertement de la pertinence d’un Bloc québécois mené à la manière Duceppe. Le 18 novembre 2014, PKP déclarait: «Le Bloc ne sert strictement à rien, sauf à justifier le fédéralisme». Il ajoutait: «Le Bloc québécois, j’ai toujours eu un problème avec ça.»
Péladeau n’avait d’ailleurs pas pris la parole lors de l’investiture de Mario Beaulieu, le 24 mai dernier, se contentant d’un rapide tour de piste de 15 minutes dans la salle. Il n’avait pas envie de s’associer au chef vacillant.
Il est toutefois prévisible que PKP fera attention à ses déclarations publiques. Plusieurs péquistes ont fait des appels du pied auprès de Gilles Duceppe depuis trois semaines afin qu’il reprenne du service (notamment son ancien conseiller Stéphane Gobeil, qui dirigeait la course au leadership de Bernard Drainville jusqu’à récemment).
Au PQ, plusieurs stratèges sont arrivés à la conclusion que la fortune du Bloc québécois aura un impact sur la capacité de Péladeau de ramener la souveraineté à l’avant-scène de son discours. Les conseillers péquistes estiment qu’une déconfiture du Bloc pour une deuxième fois consécutive plomberait l’idée que la souveraineté a encore de la traction auprès de l’électorat. À ce compte-là, mieux vaut tenter de sauver les meubles et ramener celui qui a le plus de chance de sauver le Bloc.
Et pourquoi pas le faire avant l’été, en espérant que les derniers sondages avant les vacances montrent un Bloc québécois en remontée à quelques semaines du déclenchement électoral?
Les faiblesses
Les Canadiens veulent du changement. Après bientôt 10 ans de règne conservateur, plusieurs électeurs sont fatigués et se cherchent un champion pour déloger Stephen Harper.
Voici les résultats d’un sondage Abacus fait auprès de 1500 Canadiens, publié le 2 juin dernier:
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J’ai demandé à Abacus de me fournir les résultats par province. Il s’avère que le Québec est la deuxième région qui souhaite le plus un changement de gouvernement à Ottawa. Près de 61 % des électeurs vont en ce sens. Il n’y a qu’en Atlantique (71 %) où les électeurs souhaitent le plus rebrasser les billes.
C’est la carte maitresse du NPD et du PLC. Celle que le Bloc québécois, même dirigé par Gilles Duceppe, ne peut pas jouer.
Lors de la dernière campagne électorale, en 2011, Duceppe plaidait qu’il était le seul à pouvoir empêcher Stephen Harper de former un gouvernement majoritaire. Les électeurs n’ont pas acheté cet argument, préférant donner 59 députés au NPD (plus que le Bloc n’a jamais obtenu). Le NPD est devenu l’opposition officielle, et Harper est devenu majoritaire sans le Québec.
Que ce soit le Bloc ou le NPD qui débarque en force, le résultat n’y a rien changé.
Sauf que Thomas Mulcair peut soutenir qu’en continuant sa progression, en ajoutant des députés ailleurs au pays, il peut offrir ce changement. Un luxe que le Bloc n’a pas.
Sans compter que le retour de Duceppe n’incarne pas du tout le changement.
Les derniers coups de sonde pancanadiens montrent également que la victoire du NPD en Alberta a donné des ailes à la formation dans plusieurs régions du pays, incarnant le changement au détriment du Parti libéral du Canada, qui souffre depuis quelques semaines dans les intentions de vote.
Au Québec, les coups de sonde ont de nouveau propulsé le NPD fortement en tête. Mulcair est revenu à plus de 40 % dans les intentions de vote, ce qui pourrait provoquer une réédition de la vague orange de 2011.
Évidemment, les intentions de vote fluctuent. À quatre mois des élections, rien n’est coulé dans le béton. Sauf que sondage après sondage depuis quatre ans, la majorité des Québécois ne semblent pas regretter leur choix. Mis à part la lune de miel qui a suivi la victoire de Justin Trudeau à la tête de son parti, le NPD est premier dans les intentions de vote ou très près au deuxième rang.
Pour mon texte sur la bataille du Québec, paru en début mai dernier dans L’actualité, j’ai posé deux questions de sondage pour en savoir davantage sur l’ancrage du NPD au Québec après quatre ans. Voici les réponses:
SONDAGE_NPD
Le coup de sonde, effectué en mars, bien avant la victoire du NPD en Alberta, montre un bon taux de satisfaction des électeurs québécois envers le NPD. Dans plusieurs circonscriptions, les députés ont travaillé le terrain afin de s’incruster.
Il y a même 37 % des électeurs qui pensent que Mulcair fera mieux ou aussi bien que la vague orange de Layton. C’est beaucoup, sachant la portée rare et historique du coup de gueule de 2011.
Gilles Duceppe devra trouver des arguments afin de convaincre les électeurs qui ont voté NPD en 2011, et qui demeurent satisfaits du travail de Mulcair ou de ses députés, de revenir au Bloc. Les chiffres montrent que c’est un pari qui ne sera pas facile à relever. Seul le temps nous dira si les citoyens souhaitent donner une autre chance à Gilles Duceppe.
Trudeau et Harper, pas mécontents
Si le décision de Duceppe risque de causer des ennuis au NPD, qui partage plus d’électeurs potentiels avec le Bloc que tout autre parti fédéral au Québec, le retour de l’ancien chef bloquiste risque de faire sourire Stephen Harper et Justin Trudeau.
Harper va tenter de profiter de la division du vote plus nationaliste NPD-Bloc (et de la division sur l’axe centre-gauche) pour remporter quelques circonscriptions au fond bleu, notamment dans la région de Québec et au Centre du Québec. Cela pourrait l’aider à compenser les pertes prévisibles de son parti en Ontario.
Du côté de Justin Trudeau, la polarisation du débat souveraineté-fédéralisme est de nature à aider son parti. Il va se présenter comme le rempart contre un retour en force du mouvement souverainiste dirigé par Péladeau-Duceppe.
Un atout que Trudeau utilisera auprès des fédéralistes québécois — même si bien honnêtement, la plupart considèrent Mulcair comme un authentique fédéraliste duquel ils ne peuvent douter de la sincérité — mais surtout, une ligne d’attaque qui pourrait s’avérer efficace pour déstabiliser Mulcair dans le reste du pays, où la compréhension de la dynamique québécoise est souvent superficielle et où une partie du Canada anglais le soupçonne d’être trop près des nationalistes québécois. Trudeau avait commencé à aiguiser ce message fin 2013 et début 2014 en Ontario, avant de le laisser tomber après la déroute du PQ aux élections de 2014. Il pourra maintenant le ressortir.

La course électorale à trois s’annonçait épicée cet automne. Le retour de Gilles Duceppe ajoute du piment à la sauce et promet une course à quatre dans bien des régions du Québec. On ne va pas s’ennuyer.
* * *

À propos d’Alec Castonguay

Alec Castonguay est chef du bureau politique au magazine L’actualité, en plus de suivre le secteur de la défense. Il est chroniqueur politique tous les midis à l’émission Dutrizac l’après-midi (sur les ondes du 98,5 FM) et analyste politique à l’émission Les coulisses du pouvoir (à ICI Radio-Canada Télé). On peut le suivre sur Twitter : @Alec_Castonguay.
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La CAQ, un parti en danger

Le lent déclin de la Coalition avenir Québec (CAQ) s’est poursuivi lundi, lors des élections partielles dans Chaveau et Jean-Talon.
Politique
La CAQ a non seulement perdu son château fort de Chauveau, dans la banlieue nord de Québec, elle a reculé dans les suffrages. Les appuis à la formation de François Legault ont chuté de 18 % dans Chauveau et de 7 % dans Jean-Talon (qui englobe Sainte-Foy, Sillery et Cap-Rouge).
C’est une sanction importante, même si le taux de participation invite à la prudence dans l’analyse des résultats. Le taux de participation était de 43 % dans Chauveau et de 44 % dans Jean-Talon. C’est une baisse d’environ 45 % par rapport aux élections générales de 2012.
La défaite est particulièrement difficile à avaler dans Chauveau, où Gérard Deltell régnait en maître depuis 2008. Il avait habitué son parti à des victoires par plus de 10 000 voix.
Jocelyne Cazin, une personnalité publique qui bénéficiait d’une enviable réputation en raison de sa longue expérience à la barre de J.E., à TVA, a cédé énormément de terrain, permettant à la libérale Véronique Tremblay (une autre ex-journaliste de Québecor) de l’emporter par 1 929 voix de majorité. Véronique Tremblay a récolté 41 % des voix, contre 34 % pour Jocelyne Cazin.
C’est un gain considérable pour les libéraux, qui peuvent maintenant espérer conquérir le cœur de la banlieue de Québec, en grande partie réceptive aux coupes dans les services publics. Véronique Tremblay aura du pain sur la planche. Malgré sa victoire, l’appui aux libéraux a chuté de 11 % depuis les dernières élections dans cette circonscription.
Dans Jean-Talon, une circonscription représentée il n’y a pas si longtemps par un certain Yves Bolduc, une défaite libérale aurait été impensable. Sébastien Proulx, une ancienne éminence grise de l’ADQ, l’a emporté par 2 320 voix de majorité sur le candidat du Parti québécois (PQ), Clément Laberge. Proulx a obtenu 42 % des voix, contre 30 % pour son plus proche rival. L’appui au PLQ n’a glissé que de 3 % depuis 2012 dans Jean-Talon.
Le PQ n’a rien gagné ni rien perdu dans ces partielles. Dans Chauveau, l’appui au PQ a augmenté légèrement de 3 %, et dans Jean-Talon, Clément Laberge a fait progresser la formation souverainiste de 8 %, toujours par rapport aux résultats 2012. L’équivalent d’un prix de consolation.
De son côté, le PLQ ne s’éternisera pas longtemps sur l’analyse du vote. Les troupes de Philippe Couillard ont remporté les deux sièges en jeu ; c’est tout ce qui compte. Avec 71 députés à l’Assemblée nationale, le PLQ peut prétendre qu’il a toute la légitimité nécessaire pour poursuivre ses réformes, aussi impopulaires soient-elles. Les libéraux ne rencontreront pas leur opposition la plus sérieuse au salon bleu, mais dans la rue, alors que les syndiqués de la fonction publique feront entendre leur ras-le-bol cet automne.
La CAQ et ses 21 députés restants doivent maintenant réfléchir à leur avenir. Sur le marché des idées, elle est en déclin. Les libéraux sont caquistes dans leur volonté d’assainir les finances publiques, les péquistes sont caquistes dans leur défense de l’identité québécoise. La CAQ n’a plus le monopole des idées de centre droit, ce corridor étroit où s’entassent maintenant beaucoup trop de politiciens.
Que reste-t-il pour la CAQ, une formation promise à une marginalisation accrue dans les prochaines années, en raison de la diminution de son poids politique ? Qui voudra s’associer à ce parti, qui perd ses meilleures têtes les unes après les autres ?
La CAQ est un parti en danger. Si son chef, François Legault, décide un jour qu’il en a marre de jouer les troisièmes rôles et qu’il claque la porte, le parti ne s’en remettra jamais.
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L’habit de Dany .

CultureIl aurait sans doute préféré y entrer en pyjama, mais ça aurait été très mal vu. Impensable, en effet, d’être adoubé par l’Académie française, fondée par Richelieu en 1634, sans la tenue appropriée — laquelle répond à des exigences de confection extrêmement précises.
Le cinéaste Jorge Camarotti signe un court documentaire qui retrace, commentaires du nouvel Immortel à l’appui, les étapes de la préparation de l’habit qu’allait revêtir Dany Laferrière lors de son intronisation à l’Académie, le 28 mai dernier.
Cet habit, le premier à être confectionné hors de l’Hexagone, a été dessiné par Jean-Claude Poitras et réalisé par l’atelier montréalais Sartorialto. Il aurait nécessité 650 heures de travail, dont les 500 consacrées par Jeanne Bellavance aux broderies.
S’il intègre les incontournables rameaux d’oliviers, symboles de l’immortalité, l’habit de Laferrière comporte des éléments originaux — une redingote plus longue que la moyenne, entre autres, ainsi que des motifs épurés.
À cet égard, l’histoire de l’habit académique est marquée par de menues révolutions. En 1848, par exemple, Victor Hugo remplace la culotte à la française avec bas de soie, jusqu’alors de mise, par le pantalon. Les femmes — on en voit sous la coupole depuis l’élection de Marguerite Yourcenar, en 1980 — ont pour leur part une liberté beaucoup plus grande dans le choix de leur costume, le règlement de l’institution n’ayant pas prévu de tenue féminine !
Voyez le documentaire de Jorge Camarotti ci-dessous.
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from L'actualité .

Quand les épreuves forgent la résilience.

Sante_et_scienceÀ 41 ans, le 19 décembre 2004, la vie de Michel Pitre, médecin et directeur de l’enseignement à la Cité de la santé, bascule d’un coup. À la suite d’une bousculade, sa carotide gauche déchire et un caillot bloque l’artère sylvienne, une des principales du cerveau. C’est l’AVC massif.
En toute urgence, on essaie de détruire le caillot, mais sans succès : le mal est fait. Les neurologues ne donnent alors pas cher de sa peau, même si lui n’en sait encore rien. On lui donne 95 % de risque de décès.
À son réveil, après deux semaines de coma, il ne peut toutefois ni parler, ni écrire, ni bouger le côté droit de son corps. Il n’est même pas tout à fait certain d’être revenu dans la réalité. Et s’il rêvait ?
Ensuite gavé par tube durant six semaines, il croit souvent être rendu au bout de sa vie. Mais il s’accroche, malgré plusieurs complications. Et il survit, déjouant les premiers pronostics. Ce ne sera pas la dernière fois.
Alors qu’il reprend ses esprits, l’espoir lui revient aussi. Parce qu’il est ainsi fait : malgré l’épreuve, il reste pétri d’optimisme. Un optimisme qui, pour l’instant, ne peut être communiqué que par des signes, par des expressions faciales et par des «oui» et des «non». C’est déjà ça.
Devant les étudiants, les médecins discutent de son «cas», pensant que Michel ne comprend pas — mais il saisit tout, comme il se souvient avec amertume aujourd’hui : «C’était pas facile pour moi : j’avais toute ma tête, mais les gens ne savaient pas.»
Il s’agit d’abord de survivre, puis de récupérer les fonctions neurologiques perdues. Tout ce qui est simple devient un grand défi ; il doit même réapprendre à avaler pour ne pas s’étouffer.
michel et normand
Michel Pitre avec son conjoint, Normand.
L’étendue même des dommages causés par l’AVC menace sa récupération : quand le territoire atteint est limité, la plasticité du cerveau permet parfois de retrouver toutes les fonctions perdues. Mais plus le territoire est vaste, pire est le pronostic. Pour Michel, c’est une bonne partie du cerveau gauche qui a souffert.
Après quelque temps, presque personne ne croira qu’il pourra s’en sortir, sauf Michel. Heureusement, il n’est pas seul de son camp. Son conjoint, Normand, qui l’a vu s’effondrer quelques mois plus tôt, répète à qui veut l’entendre : «Michel est fort, très fort. Il va s’en sortir.» Puis il rappelle à Michel : «Je vais t’aider.» En écho, Michel me le confie : «J’ai pensé : je vais revenir pour Normand, il a besoin de moi.»
Après quatre mois de réhabilitation intensive, Michel parle encore très peu et n’a pas retrouvé sa motricité. Le vocabulaire de Michel se résume alors à ces mots : «Oui», «non», «mange» et «toilette».
Cet hyperactif de toujours reçoit le verdict comme une tonne de briques : d’après ses médecins, il passera sa vie en fauteuil roulant et ne pourra plus jamais parler. Il devra aussi être placé, ne pouvant subvenir à ses besoins. «Le médecin dit cela, donc c’est la vérité».
Et pourtant, il fait à sa tête et ne pense qu’à une chose depuis son réveil, malgré les évidences contraires qui s’accumulent : «Je marcherai. Je parlerai.» Michel va donc se battre. Bien longtemps.
Guérir chez lui
À Iberville, où il choisit de déménager, Normand l’aide constamment, malgré la lourdeur de la tâche. Michel revient par ailleurs à Montréal régulièrement pour y suivre ses traitements spécialisés en orthophonie, ergothérapie et physiothérapie. Mais rien n’y fait : après un an, il n’y a que peu de récupération. Il décide alors de mettre fin aux soins à l’hôpital – ce qui ne veut pas dire qu’il abandonne !
michel et sa professeure
Michel Pitre avec Lucie, sa professeure retraitée.
Il faut savoir que Normand est coiffeur et qu’il rencontre une foule de personnes, pratiquant tous les métiers, parmi ses clientes. Un jour, il raconte l’histoire de Michel à deux enseignantes du primaire à la retraite. Touchées par la situation, elles décident de donner un peu de leur temps pour continuer à domicile la réhabilitation, avec les moyens du bord.
La cuisine de l’appartement à Iberville se transforme en salle de traitement, où les murs, les portes d’armoire et celle du frigidaire sont tapissés de mots et de pictogrammes variés, afin de redonner à Michel ses repaires et un jour sa langue.
Il se retrouve en quelque sorte en maternelle, parce qu’il lui faut pratiquement repartir à zéro : réapprendre chaque lettre, voyelle et consonne, les nommer une à une, les reconnaitre, former des syllabes, les prononcer. Tout un travail ! L’intégration de chaque lettre prend des jours, voire des semaines. Chaque mot d’une syllabe est un défi.
Mais Michel buche tous les jours, sans prendre de vacances, et se répète constamment sa petite phrase: «Je parlerai. Je marcherai.» Il finit par aboutir péniblement à un certain progrès.
difficultés
Les difficultés de Michel Pitre pour réapprendre le français.
C’est presque un miracle que finalement, après tant d’efforts, des bribes de langage commencent à renaitre – à se reconstruire. Michel reconnait des lettres et il arrive à dire quelques mots. Sa main gauche – elle remplace maintenant la droite en écriture – trace laborieusement ces formes qu’il doit réapprivoiser.
Tout cela est à la mesure des obstacles minant l’apprentissage d’une langue à 42 ans par un cerveau meurtri. Michel va relever les défis un par un, même si cela doit lui prendre des années. Il se souvient encore des difficultés rencontrées.
Après une année de ce régime pédagogique intensif, ses professeurs – qu’il appelle aujourd’hui ses anges – lui proposent enfin un petit livre, écrit pour un enfant de six ans : «Mon grand album de mots». Il doit redoubler d’efforts, mais il arrive enfin à en compléter la lecture. Son premier livre ! Et comme à l’école, il l’a lu avec fierté.
mon grand album de mots
Le «premier livre» de Michel Pitre.
Plus de deux ans après son AVC et plus d’un an après qu’on ait plus ou moins condamné à l’aphasie complète, il a déjoué tous les pronostics. Sa parole prend aussi du mieux. Il peut donc maintenant communiquer, quoique de manière limitée.
Le langage n’est pas tout, le corps doit aussi revenir à la vie ; il faut aussi réapprendre à bouger, même si son côté de droit ne lui obéit toujours pas. Qu’à cela ne tienne, il s’est promis qu’il marcherait, alors il marchera.
Vous l’avez compris : qui pourrait arrêter Michel Pitre ? Pour récupérer sa motricité – et retrouver son autonomie –, le chemin sera encore plus dur que pour ses mots. Il se trouve un coach, qu’il rencontre une fois par semaine, s’entraine régulièrement, travaillant d’arrache-pied, tous les jours.
Et peu à peu, comme pour le langage, sa mobilité revient ; il se déplace avec plus d’aisance. Éventuellement, avec sa canne, il marche de nouveau !
Michel a donc pu, en deux ans de travail intensif à la maison, récupérer certaines des fonctions perdues de son cerveau. Mais pour l’instant, Michel n’est pas au bout de ses épreuves : son conjoint n’en peut plus. Dans ce contexte intense et difficile, il laisse Michel, mais continue toutefois de l’aider. Aujourd’hui, il est devenu ce que Michel décrit comme un «frère spirituel», lié à lui par une indéfectible amitié.
Troublantes origines de sa résilience
Avant d’aller plus loin, puisque nous ne sommes rendus qu’en 2007, je veux revenir un peu sur ce qui m’a tant frappé, chez Michel. Vous l’aurez deviné : sa volonté et sa capacité de résilience.
Face à des neurologues, des physiothérapeutes, des ergothérapeutes, des orthophonistes, des infirmières – et même les membres de sa famille – qui affirment qu’il ne pourra plus marcher ni parler, où a-t-il trouvé le courage de se battre ainsi ? Il me l’a dit tout récemment, m’ayant ouvert quelques portes sur son passé, où se trouvent certaines clés permettant de comprendre sa force de caractère.
Nous avons pratiquement le même âge, moi et Michel, tous deux nés en septembre 1963, à dix jours d’écart. Mille kilomètres séparent toutefois les villes où nous avons grandi ; moi, c’est à Montréal, et lui à Chandler.
Si la résilience se forge sur les épreuves, il a eu plus que sa part. Je ne parle pas de son AVC, mais de ce qui s’est passé il y a bien longtemps, dans les années 1960 et 1970. Enfant doué, pianiste accompli – et même professeur de piano plus tard –, Michel est d’abord un artiste dans l’âme et un original de nature ; un mélange qui ne garantit pas le succès auprès des camarades de classe, où il excelle par ailleurs. Mais du point de vue humain, c’est autre chose.
Se relever à chaque fois
Michel à l'école
Michel Pitre à l’école.
«J’étais bon à l’école…» Ça, je n’ai aucune peine à le croire. Mais la suite de sa phrase est vraiment troublante : «…mais une fois par jour, je me fais battre, je me fais agresser.»
Michel est toute sa jeunesse un souffre-douleur, victime d’intimidation et d’attaques à l’école. Après son AVC, il lui arrive souvent de penser à cette journée fatidique du 19 décembre 2004, quand il est été projeté contre le mur et que sa carotide se fend. Il est troublé de voir que cette bousculade ressemble à ce qu’il vivait chaque jour à l’école primaire, quand ses camarades de classe le poussaient dans les cases.
Ces mauvais traitements auront leurs propres conséquences : adolescent, il est hospitalisé pour une sérieuse dépression. Mais un jour, à l’hôpital, un de ses amis vient le voir et lui lance, avec une conviction qui étonne le jeune patient : «T’es capable de réussir.» Il vit alors une sorte de déclic et il se convainc que les choses vont effectivement s’améliorer pour lui.
«Je me suis battu tout seul. Je voulais de nouveau vivre.» Et il s’en sort, comme il l’avait pensé, puis termine avec succès ses études secondaires. Il entre ensuite au CÉGEP et se retrouve un bon jour… avec moi, à l’initiation de médecine, à l’Université de Montréal ! Nous avons tous deux 19 ans dans cette fin d’août 1982.
À l’université, les choses vont mieux pour lui et il y trouve sa place. Michel est alors un gars fort populaire, qui attire la sympathie. «J’étais un bouffon.» C’est vrai que son rire sonore emplit souvent nos locaux. Il termine ensuite sa médecine avec succès, puis s’engage sur la voie des soins aux patients, de la médecine familiale et de l’enseignement.
Malgré les hauts et les bas de la vie, tout va plutôt bien pour lui jusqu’en 1999. Michel aime alors beaucoup son métier, ses patients, ses pairs et ses étudiants. Et il adore ses enfants.
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Michel Pitre avec son fils et sa fille.
Parce qu’il a deux jeunes enfants. Je sais, je vous ai dit que Michel était homosexuel. Parlant d’épreuves, en voici donc une autre ; elle est de taille. Jusque-là marié et père de famille, Michel fait un «coming-out» en 1999 et se sépare de sa femme. On imagine le choc dans sa famille. Cinq ans avant son AVC, le stress lié à cette rupture est déjà grand, d’autant plus qu’il souffre beaucoup de ne voir ses enfants qu’une fin de semaine sur deux. Puis, ce sera la séparation avec son conjoint.
Encore loin de l'autonomie
Michel Pitre, encore loin de l’autonomie.
En 2007, Michel se retrouve donc seul dans son appartement d’Iberville, sans métier ni revenu ni ressources financières, puisque son divorce lui a couté cher.
S’il progresse dans la parole, la lecture et l’écriture, tout est encore laborieux. Il se déplace avec difficulté. Il doit porter une prothèse afin de soutenir la moitié droite de son corps. Il marche avec une canne. Il a tellement de difficulté à monter les escaliers qu’il déménage de nouveau. Quand il se décourage, il se répète son simple mantra: «Je parlerai. Je marcherai.»
Je ne sais pas si les nombreuses épreuves ont forgé ce caractère ou s’il était fait pour se battre, mais vous savez quoi, il va finir par prouver qu’il avait raison. Envers et contre tous.
(Suite et fin dans quelques jours)
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