mardi 16 juin 2015

Trois mots technos de l’OQLF dans le Petit Larousse illustré

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Photo : Getty Images
Si vous mettez la main sur le Petit Larousse illustré 2016, jetez un coup d’œil aux lettres «E», «I» et «M» pour y découvrir les définitions d’«égoportrait», «infonuagique» et «mot-clic».
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Propres au Québec, ces mots technos ont été ajoutés dans l’ouvrage de référence à la suggestion de l’Office québécois de la langue française (OQLF). Ce sont les équivalents respectifs de selfie, cloud computing et hashtag.
Trois autres termes proposés par l’OQLF font également leur entrée dans le dictionnaire. Il y a «antépisode», qui désigne un prequel, ainsi que «breffer» et «breffage», les mots appropriés en français pour brief et briefing.
Reste à voir si «perche à égoportrait», «au-delà numérique», «webrepérage», «visionnage en rafale» et «déballage vidéo» — les mots suggérés par l’OQLF et les lecteurs de L’actualité pour désigner selfie stick, digital afterlife, webrooming, binge watching et unboxing — trouveront eux aussi leur place dans une édition future du Petit Larousse illustré.

Un amoureux fou de Montréal s’éteint avec Jean Doré.

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Jean Doré en 1986. – Photo : Bill Grimshaw/La Presse Canadienne
Jean Doré a pu constater de son vivant l’empreinte qu’il a laissée sur Montréal. Quelque 300 personnes — pour l’essentiel des militants de la première heure du Rassemblement des citoyens et des citoyennes de Montréal (RCM) — lui avaient rendu hommage, le 14 décembre dernier, pour marquer à la fois le 40e anniversaire de la formation et les 70 ans de l’ancien maire.
Politique«Nous étions et nous sommes encore une belle gang de fous amoureux de notre ville, Montréal», avait lancé M. Doré, déjà condamné par un impitoyable cancer du pancréas.
L’annonce de sa mort, lundi, a amputé la «gang de fous» de son plus bel ambassadeur. Maire de Montréal de 1986 à 1994, Jean Doré a présidé à la reconstruction de Montréal, passée d’une ville portuaire et industrielle en déclin à une ville à l’échelle de ses résidants sous sa gouverne.
Jean Doré et le RCM ont marqué l’histoire de Montréal plus que toutes les administrations municipales qui leur ont succédé. André Lavallée, qui avait pris la tête du RCM à la suite de la défaite de Jean Doré, en 1994, relate dans ce texte tout le chemin parcouru par la métropole grâce au maire à l’éternelle moustache.
Le RCM, un parti progressiste porté par la force de ses idées et de ses militants de tous les horizons politiques, a vu le jour en 1974, alors que Jean Drapeau régnait encore en autocrate sur une ville en perte de vitesse. Le RCM était aux années 1970 et 1980 ce que Projet Montréal est aujourd’hui : un véritable parti politique (et non une coalition spontanée fondée autour d’un chef) animé par des militants qui avaient à cœur de redonner la ville à ses citoyens.
Le RCM émerge alors que Montréal accuse une certaine fatigue. La ville perd son titre de capitale économique au profit de Toronto. En raison du déclin irrémédiable des activités portuaires et industrielles, le centre-ville est «truffé de terrains vacants, comme au lendemain d’un bombardement», écrit André Lavallée.
D’abord confiné au rang de parti d’opposition pendant trois cycles électoraux (1974, 1978 et 1982), le RCM fait une entrée fracassante à l’hôtel de ville en 1986. L’administration Doré innove en présentant une équipe de candidats hétéroclite (hommes, femmes, syndicalistes, hommes d’affaires, gens de gauche et de droite, anglophones, francophones, etc.). Le RCM jette les bases d’une nouvelle façon d’envisager la politique municipale. Elle deviendra l’affaire de tous les Montréalais.
L’élection de Jean Doré marque le début d’un long travail de modernisation et de démocratisation de la Ville de Montréal. Il nomme la première femme à la présidence du comité exécutif (Léa Cousineau), un geste symbolique qui annonce a fin de l’hégémonie masculine sur les affaires de la cité.
Les Montréalais doivent notamment à Jean Doré la naissance du quartier international, la revitalisation du Vieux-Montréal et de l’Île Sainte-Hélène, la création des bureaux Accès Montréal (une initiative de décentralisation), l’adoption d’un premier plan d’urbanisme, l’élaboration de politiques de mixité sociale dans les quartiers résidentiels, l’aménagement des premières pistes cyclables et des premières voies réservées aux autobus, la création d’un bureau de consultation publique (pour favoriser la participation citoyenne), la fermeture de l’ancienne carrière Miron, la création d’un service de la culture, etc.
En dépit des turbulences de la dernière décennie, alors que Montréal a traversé l’épreuve des fusions et des défusions, l’esprit des réformes mises de l’avant par l’administration Doré demeure vivant. Il a doté Montréal d’institutions démocratiques qui ont permis aux résidants d’avoir leur mot à dire dans le développement de la ville. Un héritage précieux, fragile, qu’il faudra préserver contre les tentations autocratiques qui sont indissociables de l’exercice du pouvoir.
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lundi 15 juin 2015

Comment Jean Doré imaginait Montréal en 1990


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DE NOS ARCHIVESSur cette photo datant du 15 février 1990, Jean Doré (à droite) recevait des mains du fondateur de L’actualité, Jean Paré (à gauche), le premier numéro bimensuel du magazine, à l’occasion d’un lancement organisé à la Place des Arts de Montréal. (Photo : ©Shaney Komulainen/La Presse Canadienne)

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L’ancien maire de Montréal Jean Doré est décédé à l’âge de 70 ans

MONTRÉAL – Jean Doré, qui a été maire de Montréal pendant deux mandats, de 1986 à 1994, est décédé lundi d’un cancer du pancréas à l’âge de 70 ans.
M. Doré avait appris l’an dernier qu’il était atteint de ce cancer très souvent incurable.
Né en 1944 à Montréal, Jean Doré avait amorcé son engagement politique à l’Université de Montréal, à la présidence de l’association étudiante en 1967. Il sera ensuite attaché de presse du chef du Parti québécois René Lévesque lors de la campagne électorale de 1970, puis dirigera la Fédération des associations coopératives d’économie familiale de 1972 à 1975.
En 1978, il anime à Radio-Québec et à la Télé-Université une série d’émissions qui démontent la mécanique de l’industrie publicitaire.
Membre fondateur en 1974 du Rassemblement des citoyens de Montréal, Jean Doré sera finalement élu maire en 1986, alors que Jean Drapeau quitte la vie politique après 26 ans à l’hôtel de ville.
L’administration Doré contribue alors, notamment, à l’inclusion des femmes dans les hautes sphères de l’hôtel de ville, à l’allégement des procédures à la période de questions orales des citoyens aux séances du conseil, et à la création des «arrondissements». C’est aussi cette administration qui créera les guichets uniques Accès Montréal et le Bureau de consultation de Montréal.
En 1990, Jean Doré et le RCM, reportés au pouvoir, marquent un autre jalon dans l’histoire municipale en nommant une première femme, Léa Cousineau, au poste stratégique de présidente du comité exécutif. C’est aussi pendant ce deuxième mandat que l’administration Doré crée sur l’île Notre-Dame un lac et sa plage de sable fin, que bien des Montréalais appellent encore aujourd’hui «la plage Doré».
Défait par Pierre Bourque aux élections de 1994 puis à nouveau en 1998, sous la bannière d’Équipe Montréal, Jean Doré quitte alors définitivement la vie politique active.
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Feu vert à l’iPad durant les examens

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Photo : Pixabay.com
Cette année, pour la première fois, les élèves de 5e secondaire du collège Jean-Eudes, à Montréal, ont pu apporter leur iPad en salle d’examen et consulter l’application Antidote Ardoise pendant l’épreuve d’écriture de fin d’année du ministère de l’Éducation. Le collège a obtenu une autorisation du Ministère pour que ses élèves puissent utiliser cet outil technologique, auquel la majorité des autres jeunes du Québec n’ont pas (encore) accès.
La toute première autorisation de ce type a été accordée il y a trois ans, m’a précisé une porte-parole du ministère de l’Éducation. Quatorze établissements scolaires l’ont obtenue cette année.
Contrairement au correcteur orthographique Antidote, installé sur bien des ordinateurs, l’application Antidote Ardoise ne donne pas les réponses toutes cuites dans le bec. Il s’agit plutôt d’un ensemble de dictionnaires et de grammaires numériques, dans lesquels il faut chercher les mots et les explications, comme dans n’importe quel autre ouvrage de référence. En réalité, ce n’est pas si différent de ce que font les autres élèves, qui ont eux aussi droit au dictionnaire et à la grammaire pendant l’examen du Ministère, qui consiste à rédiger un texte.
Taper un mot sur sa tablette pour en vérifier l’orthographe, c’est tout de même plus rapide que de fouiller dans les 2 000 pages du Petit Larousse. Michelle Sarrazin, directrice des Services pédagogiques de Jean-Eudes, ne le nie pas, mais elle est convaincue que c’est l’attitude, le savoir-faire et les connaissances du jeune qui comptent, bien plus que l’outil utilisé.
Cette ancienne enseignante de français l’a constaté dans ses classes. « Il y a des élèves qui sont motivés à chercher dans le dictionnaire, d’autres qui ne le sont pas. Il y a des élèves rapides et d’autres qui le sont moins. Il y a des élèves qui doutent de l’orthographe des mots et d’autres qui ne doutent pas. Ces derniers ne cherchent pas, peu importe l’outil à leur disposition ! »
Le ministère de l’Éducation s’est rendu aux arguments présentés par le collège. Il a estimé que l’utilisation de l’iPad n’engendrait pas un avantage indu et a accordé l’autorisation, à condition, bien sûr, que les élèves n’aient pas accès au Wi-Fi et qu’ils utilisent uniquement l’application Antidote Ardoise, et non l’ensemble du contenu de leur tablette (à Jean-Eudes, les appareils sont en mode verrouillé, pour que les élèves ne puissent sortir de l’appli). L’an dernier, un représentant du Ministère a observé le déroulement de l’épreuve dans quelques établissements pour s’assurer du respect des conditions.
Si ces écoles tenaient tant à obtenir ces autorisations, c’est pour accélérer la révolution numérique dans le milieu de l’éducation. Il y a trois ans, une quinzaine d’écoles privées et deux commissions scolaires introduisaient la tablette en classe auprès d’environ 5 000 élèves ; aujourd’hui, on estime qu’ils sont 70 000 à avoir une tablette dans les mains tout au long de l’année scolaire. Logiquement, l’étape suivante consistait à pouvoir utiliser cet outil lors des examens.
Le Ministère avait d’ailleurs prévu le coup. Dans son document officiel au sujet de l’épreuve finale de français de juin 2015, le dictionnaire électronique figure encore dans la colonne du matériel non autorisé. Mais une note en bas de page précise que « le Ministère examine actuellement la possibilité d’autoriser une utilisation balisée de certains dictionnaires électroniques ». La note indique toutefois que « seuls des cas particuliers pourraient faire l’objet d’une entente ». Les autorisations sont donc encore données au compte-gouttes.
Le ministère de l’Éducation comprend que l’école québécoise est à la croisée des chemins. « De plus en plus, le coffre à outils de l’élève est composé d’outils technologiques. C’est pourquoi, pour rendre justice à l’élève, lors de l’évaluation de ses apprentissages, on doit lui permettre l’utilisation de ses outils d’apprentissage », m’a répondu Esther Chouinard, porte-parole du ministère de l’Éducation, quand je lui ai demandé pourquoi le Ministère avait décidé d’autoriser Antidote.
Les examens de fin d’année sont sans doute mûrs pour une réforme. Cela fait des années que des enseignants ayant adopté la technologie en classe pestent contre ces examens menés à l’ancienne, avec crayon et papier. Ils les accusent même d’être un frein majeur au virage numérique de l’école. Beaucoup de leurs collègues estiment en effet qu’il est plus important de préparer les élèves aux examens que de les préparer à utiliser les outils numériques dont ils se serviront dans la vraie vie.
Le Ministère vient de lui-même d’ouvrir une brèche dans ce grand principe.

vendredi 12 juin 2015

Pourquoi les billets d’avion pourraient coûter moins cher à partir de 2016

Blogue EconomieD’un océan à l’autre : plus facile à dire qu’à faire en avion. Ainsi va la complainte du voyageur canadien, qui a tout lieu de se sentir lésé s’il se compare à son voisin américain.
Rejoindre Vancouver depuis Montréal, par exemple, a un coût sensiblement plus élevé que faire le trajet New York – Los Angeles, même si les deux voyages sont comparables au niveau de la distance – 3 680 km entre les deux villes canadiennes, 3 935 km entre les deux métropoles américaines.
Une recherche non exhaustive l’atteste : un vol sans escale à bord d’Air Canada entre l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau et l’aéroport international de Vancouver, avec un aller le 1er août et un retour le 8 août, vaut 805 $ ; aux mêmes dates, le prix du billet sans escale New York – Los Angeles est de 545 $.
La tendance va même en augmentant si l’on cherche à voyager durant la première semaine des mois de septembre, octobre, novembre et décembre. Le trajet Montréal-Vancouver est systématiquement plus élevé – de 1,68 à 1,84 fois plus cher que son équivalent américain.
«Les tarifs aériens au Canada ont généralement baissé au cours des dernières années», relativise Greg Keenan, expert de l’industrie aérienne au Globe and Mail. Mais deux données font la différence au sud de la frontière : la concurrence et la demande.
«Le marché américain fait environ 10 fois la taille de celui du Canada, avec une demande très élevée sur chaque trajet. Les consommateurs profitent de la concurrence féroce entre les quatre grandes compagnies aériennes nationales et plusieurs transporteurs bon marché («low cost»)», explique Keenan.
La donne pourrait changer dès l’année 2016, avec l’arrivée sur le marché canadien de Jetlines, une compagnie aérienne très bon marché («ultra low-cost»). Sur le même modèle que l’européenne Ryanair et l’américaine Spirit Airlines, elle devrait attirer les clients avec ses tarifs défiant toute concurrence, ces derniers étant compensés par des options payantes – 20$ pour enregistrer une valise et 25$ pour embarquer avec un bagage à main.
Qui plus est, dans une industrie où de nombreux transporteurs se sont cassé les dents, deux autres compagnies envisagent de se positionner sur le même créneau dans un futur proche, Jet Naked et NewLeaf.
Il convient de noter que la différence entre les prix des billets au Canada et aux États-Unis est moins notable sur des vols courte distance. Un aller simple entre Toronto et Ottawa le 1er juillet prochain revient à 122 $, à peine 2 $ de plus qu’un billet pour un voyage équivalent entre New York et Washington.
Un point positif pour les voyageurs canadiens, sachant que sur ce genre de trajet, Air Canada ne fait pas face à la même demande ni à la même concurrence que ses homologues américains. En effet, les transporteurs étatsuniens se partagent 19 vols quotidiens entre Washington et les aéroports new-yorkais, alors qu’à elle seule, Air Canada effectue 16 vols par jour entre Toronto et Ottawa. Une mainmise qui ne se répercute donc pas sur les prix.


Explorer le fond des mers avec… Google Street View

Art_de_vivreAprès les centres des ski, le Transsibérien, les sentiers de randonnée, l’Antarctique et, bien sûr, les rues d’une infinité d’agglomérations du globe, Google Street View propose désormais de découvrir une quarantaine de sites sous-marins de la planète, tout en demeurant bien au sec.
Lancé pour souligner la Journée mondiale de l’Océan (le 8 juin), cet ajout vise à sensibiliser davantage les populations à la précarité des mers — en dévoilant non seulement les atours de sites subaquatiques aussi attrayants que ceux des Maldives, de Bali ou des Bahamas, mais aussi les ravages que crée l’élévation du niveau des mers ou l’augmentation de leur température, comme dans les Samoa américaines.

Captées en partenariat avec des organismes et instituts scientifiques (dont le Catlin Seaview Survey et le US National Oceanic and Atmospheric Administration), les prises de vue montrent également des sites de naufrage (comme l’Indonur, en Indonésie), des animaux (les lions de mer des Galápagos ou les raies des Komodo), des œuvres d’art (le Christ des Abysses, dans les Keys floridiennes) et une «pouponnière à corail» (également dans les Keys).
Ce n’est pas d’hier que Google s’intéresse aux océans : voilà au moins quatre ans que ses plongeurs-caméramen documentent les fonds sous-marins, et en 2013 déjà, Google Maps permettait d’explorer les eaux des Philippines, d’Hawaï et d’Australie, entre autres endroits. Les images qui viennent d’être dévoilées sont d’ailleurs les premières d’une longue série à venir, puisque Google a signé des ententes de partenariat avec d’autres organismes voués à la protection des mers.
Enfin, d’après Quartz, comme Google vient tout juste de lancer une nouvelle version de Cardboard (une sorte de visiocasque en carton créant un effet de réalité augmentée), il y a fort à parier que d’ici peu, on pourra vivre de réelles expériences d’immersion sous-marines — dans tous les sens du terme — simplement en utilisant son téléphone cellulaire…
Pour explorer le fond des mers, plongez ici.


Quand la philanthropie «améliore» la qualité d’un produit

Photo : iStockphoto
Photo : iStockphoto
Un produit est-il de meilleure qualité lorsque l’entreprise qui le commercialise verse des dons à une œuvre de charité ? Aux yeux de bien des gens, la réponse est oui, ont observé des chercheurs de l’Université Northwestern, en Illinois. C’est ce qu’ils appellent le « halo de bienveillance ».
Les deux spécialistes en marketing ont mis des consommateurs à l’épreuve. Résultat : un même vin avait meilleur goût quand on leur disait que le vignoble donnait à une œuvre de charité. Un produit blanchissant pour les dents, des chaussures de course et un traitement contre la calvitie présentaient de meilleurs résultats.
Mais attention, l’effet du « halo de bienveillance » diminue lorsque l’entreprise publicise de façon trop appuyée sa générosité.


Des budgets antijeunes ?

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Photo : Sean Kilpatrick/La Presse Canadienne
Le gouvernement fédéral a présenté son dernier budget comme celui des « réductions d’impôt pour les familles ». Le gouvernement québécois s’est quant à lui décrit comme « l’allié de la jeunesse » en défendant son plus récent budget.
Or, les chiffres montrent une tout autre réalité, dit Paul Kershaw, professeur de sciences politiques à l’Université de la Colombie-Britannique.
Ottawa et Québec ont plutôt sabré les dépenses destinées aux plus jeunes pour financer des programmes qui profitent aux aînés, dit-il. Kershaw a décelé la même tendance dans les budgets de l’Ontario, de l’Alberta et de ceux de toutes les autres provinces, qu’il a scrutés à la loupe (à l’exception de celui de l’Île-du-Prince-Édouard). « C’est un dur coup pour l’équité entre les générations », dit ce chercheur de 40 ans, fondateur de Generation Squeeze, un groupe de réflexion sur cette question.
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Paul Kershaw
Vous estimez que les derniers budgets de Québec et d’Ottawa sont «injustes» envers les jeunes. N’est-il pas normal que les gouvernements dépensent davantage pour les aînés?
Oui, bien sûr. On sait qu’en vieillissant tout le monde est plus à risque de tomber malade et donc de recourir davantage au système de santé. Selon nos études, les gouvernements fédéral et provinciaux dépensent en moyenne 33 000 dollars par an par personne âgée de 65 ans et plus, contre moins de 12 000 par personne de 45 ans et moins. On ne s’attend pas à ce que l’État réduise ses dépenses pour les aînés au niveau de celles des jeunes. On ne veut pas non plus que les gens travaillent jusqu’à leur dernier souffle ! Il y aura toujours un écart, et c’est normal. Ce qu’on remet en question, c’est l’ampleur de cet écart, qui va en grandissant.
Pourquoi le gouvernement peut-il dénicher des sommes substantielles pour les aînés tout en soutenant que les coffres sont vides quand il s’agit de financer des programmes touchant les jeunes?
Le dernier budget du Québec est très évocateur. Le gouvernement a trouvé de grosses sommes pour financer le système de santé pour la population vieillissante. Et il l’a fait en partie en augmentant de façon importante les frais de garderie, ce qui représente une ponction de près de 200 millions de dollars dans les poches des jeunes parents. Québec a dit qu’il n’avait pas les moyens de maintenir le tarif à 7,30 $ par jour. Mais il avait pourtant les moyens d’offrir de nouveaux crédits d’impôt aux aînés, dont un pour aider les propriétaires à payer leurs taxes foncières. Il ne s’agit pas d’une mesure très coûteuse, mais elle est très symbolique.
Pourquoi?
Cette mesure fiscale laisse entendre que la hausse du marché immobilier nuit aux propriétaires, parce que les taxes foncières augmentent. Mais en vérité, si votre maison prend de la valeur, ça reste une excellente nouvelle pour les gens qui ont acheté leur maison il y a des décennies. La hausse fulgurante du marché, ça pose d’abord et avant tout problème aux gens qui veulent accéder à la propriété ! Et ça touche de façon disproportionnée les jeunes.
Le prix des maisons au Québec a doublé, en dollars constants [en tenant compte de l’inflation], depuis 1976. Selon nos chiffres, les jeunes ont vu leur revenu moyen chuter pendant cette période. Résultat : beaucoup d’entre eux devront se saigner s’ils veulent acheter une maison. Ces mêmes jeunes, qui doivent étudier de plus en plus longtemps pour espérer trouver un emploi, devront aussi subir les conséquences des changements climatiques et de la détérioration de l’environnement. Mais nos gouvernements tardent à s’occuper de ces dossiers.
Le taux de participation des jeunes aux élections est anémique. Pourquoi les partis politiques se montreraient-ils sensibles à leur cause s’ils ne se déplacent pas pour voter?
C’est le problème typique de « l’œuf ou la poule ». Comme professeur, j’entends souvent les jeunes se plaindre que les partis politiques ne s’intéressent pas à eux. Ça m’a poussé à analyser les programmes des partis. Ma conclusion, c’est que les jeunes ont en bonne partie raison. Mais comment faire changer les choses ? À mon avis, on ne peut plus attendre les élections pour agir. Voilà pourquoi on veut transformer notre groupe, Generation Squeeze, en lobby des jeunes. On aimerait faire contrepoids au CARP [Canadian Association of Retired Persons], un puissant lobby installé à Toronto qui regroupe près de 400 000 aînés au pays. Ses dirigeants n’attendent pas les élections avant d’influencer les programmes des partis politiques. Si on parvient à rassembler une masse critique de jeunes, nos idées pourraient aussi se refléter dans les programmes des partis. Et si c’était le cas, ça pousserait les jeunes à voter davantage.
Ne craignez-vous pas de nourrir une guerre des générations avec votre groupe?
Pas du tout. Nos grands programmes de santé et de retraite universels ont été mis sur pied à une époque où le tiers des aînés vivaient sous le seuil de la pauvreté. Beaucoup risquaient de déclarer faillite s’ils tombaient malades et devaient être hospitalisés.
Depuis, le taux de pauvreté chez les aînés a chuté, pour atteindre 5 %, le taux le plus bas parmi tous les groupes d’âge. C’est un accomplissement remarquable, dont on devrait être fier.
C’est mon souhait le plus cher que ma mère de 71 ans et ma grand-mère de 99 ans puissent vivre en bonne santé et dans le confort le plus longtemps possible. Mais elles-mêmes tiennent à payer leur juste part. Elles ne voudraient pas que leurs enfants et leurs petits-enfants écopent de la facture plus tard.

Mode : dans un camion près de chez vous

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Le camion-boutique Nømad
Après les camions de cuisine de rue, c’est au tour des camions-boutiques de faire leur apparition à Montréal. Plus besoin de courir les magasins pour dénicher la parfaite petite robe ou le bijou branché. Des véhicules avec présentoirs, salle d’essayage et caisse enregistreuse vont chercher les clientes là où elles se trouvent, notamment dans les rues, les parcs et sur les lieux des festivals.
Le concept a vu le jour il y a quelques années à Los Angeles. Il n’existerait aujourd’hui pas moins de 500 camions-boutiques aux États-Unis, selon l’American Mobile Retail Association.
Voici les trois camions-boutiques à découvrir à Montréal cet été. Suivez-les sur les réseaux sociaux pour connaître leur itinéraire.
La Montréalaise atelier
Dans son camion bleu marine, la créatrice montréalaise Sabrina Barilà promène sa collection de t-shirts et de chandails, bien connue des modeuses, dans les marchés d’artisans et les festivals de la métropole.
Nømad boutique mobile
Fondée par la styliste de mode Mademoiselle Nana, Nømad abrite les créations de plusieurs designers locaux de vêtements et d’accessoires. Le camion turquoise se déplace gratuitement dans un rayon de 40 km de Montréal pour un minimum de huit clientes.
Coven boutique mobile
C’est le projet de fin d’études de cinq finissantes de l’École de mode de l’UQAM. Leur camion trimballe les vêtements, accessoires et produits pour le corps d’une douzaine de marques québécoises dans les manifestations culturelles montréalaises.

Twitter et Spotify : les grandes manœuvres du Web

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Photo : Wikimedia Commons
Deux entreprises phares de la nouvelle économie font face au plus grand défi de leur jeune existence. Twitter — le réseau social des courts textes de 140 caractères et moins — se cherche un président et une stratégie, et Spotify, le leader mondial de l’écoute continue de musique en ligne (streaming), a appris cette semaine que Apple veut lui ravir sa place.
Blogue Economie
Le départ du président de Twitter, Dick Costolo, a été salué sur les marchés, mais il montre la fragilité de ce volatile du Web.
Personnellement, j’aime beaucoup Twitter, qui est devenu mon fil de presse personnel pour connaître ce qui se passe dans tous les domaines d’activité qui m’intéressent. Je m’en sers aussi pour faire la promotion de mes textes, car s’il avère très performant pour amener du trafic sur le site de L’actualité.
L’engouement des professionnels et des médias pour Twitter est peut-être aussi sa plus grande faiblesse. On n’annonce pas son mariage sur Twitter comme on pourrait être porté à la faire sur Facebook. Contrairement à Facebook, Twitter n’est pas l’endroit de choix pour partager les vidéos animaliers (pu capable de voir des lions jouer avec des humains ou des chats maternant des souris !), ou les couchers de soleil de votre destination vacances.
Contrairement à Linkedin, qui est davantage un réseau professionnel et d’affaires, Twitter n’est pas un outil où l’on se mettra en contact avec un client potentiel ou un fournisseur de services. Les gazouillis de Twitter sont efficaces et utiles, mais le potentiel de la plateforme n’est peut-être pas au niveau où on l’avait anticipé. L’appli est moins grand public que Facebook et moins ciblée que Linkedin.
Twitter compte aujourd’hui 302 millions d’utilisateurs. C’est beaucoup, mais ce n’est rien comparé à Facebook, qui en a 1,4 milliard. Plus inquiétant : la progression est plus lente, et les revenus publicitaires ne sont pas au niveau espéré. Alors que Facebook a engagé des revenus de 12,4 milliards de dollars américains en 2014, Twitter n’a réalisé que des ventes de 1,4 milliard. Facebook fait beaucoup d’argent (profits de 2,9 milliards), mais Twitter en perd encore.
Jack Dorsey, l’un des fondateurs, reprend les commandes de façon intérimaire. Il devra trouver le bon président ou la bonne présidente, qui saura comment faire reprendre son envol à Twitter et soutirer davantage de revenus publicitaires de la plateforme. Twitter doit trouver son nid. Vaste mandat.
Le défi est tout aussi gigantesque chez Spotify, qui, lui, doit garder sa place.
Tout allait merveilleusement bien pour l’entreprise suédoise jusqu’à lundi dernier. Le modèle d’affaires mis au point par l’entreprise fonctionne bien. Au lieu d’acheter en ligne une pièce musicale, on préfère maintenant la louer. Il y a eu moins de téléchargements de musique sur iTunes en 2014, et le streaming (écoute continue) est en forte hausse depuis 2010. Le site spécialisé MusicWatch croit même que le chiffre d’affaires du streaming va supplanter celui du téléchargement dès 2016.
Le roi du téléchargement, vous le connaissez, c’est Apple et son iTunes. Elle n’a manifestement pas l’intention de se faire dévorer tout rond et elle a annoncé, lundi dernier, le lancement prochain de Apple Music, une application payante de musique en ligne qui entrera directement en collision avec Spotify.
Spotify est en pleine progression. On dénombre 55 millions d’usagers sur sa plateforme gratuite avec publicité et 20 millions d’abonnés payants sur son offre supérieure. C’est la logique du Freemium. On appâte les gens avec une application gratuite limitée pour les convertir ultérieurement à un service de meilleure qualité, mais payant.
Face aux 75 millions d’usagers de Spotify, Apple compte sur un réservoir de 800 millions de clients, toutes plateformes et produits confondus — clients dont elle détient déjà le numéro de carte de crédit.
L’entreprise suédoise était peu fière d’annoncer cette semaine qu’elle a trouvé un financement supplémentaire de 526 millions de dollars pour protéger son marché.
Apple dispose d’un trésor de guerre de 200 milliards de dollars, et elle ne comptera pas la dépense pour implanter son service Apple Music.
Comment Spotify va-t-elle se défendre contre une telle puissance de feu ? La prochaine année sera pour elle tumultueuse et peut-être décisive.
Comme on le voit, l’économie du Web n’est pas de tout repos, et les évaluations boursières spectaculaires d’un jour peuvent disparaître comme un gazouillis au milieu de la tempête.

Ne ratez pas Duddy Kravitz !

Photo : Maxime Côté
Photo : Maxime Côté
CultureVoilà une comédie musicale comme on en voit à New York ou à Londres. Pourtant, on peut la voir pour 50 ou 60 dollars à quelques rues du métro Snowdon, à Montréal!
Courez avant qu’il ne reste plus de billets pour The Apprenticeship of Duddy Kravitz: The Musical, au Centre Segal jusqu’au 5 juillet.
Ce Duddy Kravitz-là vous fera rire et pleurer. Qu’importent les images que vous vous êtes déjà faites sur Duddy, le p’tit bum juif magouilleur et paquet de nerfs de la rue Saint-Urbain, antihéros du célèbre roman de Mordecai Richler. Après cette soirée-là, Duddy aura toujours pour vous l’énergie bondissante de Ken James Stewart, le jeune chanteur albertain qui offre une prestation époustouflante dans ce rôle. Des heures après la tombée du rideau, vous entendrez encore résonner en vous son «I’m Gonna Buy That Land !».
Bien des scénaristes ont tenté avec plus ou moins de succès dans le passé de faire de ce récit des années 1950 une comédie musicale. Le trio de choc formé par David Spencer, Alan Menken et Austin Pendleton, tous trois solidement expérimentés dans de grandes productions américaines (8 oscars et 11 Grammy pour Menken !), a peut-être enfin trouvé la recette.
La petite salle en estrade d’environ 300 places du Centre Segal offre une proximité avec les comédiens-chanteurs que personne ne verra plus jamais si cette production trouve son public dans les grandes salles du monde… Alors, profitez-en!
La Québécoise Marie-Pierre de Brienne (La mélodie du bonheur, mise en scène par Denise Filiatrault) tient avec aplomb le rôle de Juliette, la jolie Canadienne française catholique issue d’un petit village des Laurentides qui s’émancipe en séduisant Duddy, qui travaille cet été-là dans un hôtel pour riches vacanciers où elle est femme de chambre.
L’Ontarien David Coomber illumine la production, prêtant sa voix unique à la candeur de Virgil, qui vendra à Duddy des billards électroniques (pinballs) de contrebande. La scène de leur rencontre dans un train pour New York, alors que Duddy transporte sans le savoir de la drogue dans sa valise, vous enchantera.
Si vous voulez relire le roman avant de voir la comédie musicale, vous le trouverez facilement en français, en livre de poche, dans la collection «Bibliothèque québécoise», aux Éditions du Boréal. Mais on peut aussi très bien voir le spectacle et ne lire le roman qu’après, pour le plaisir de retrouver Duddy et de revivre ce Montréal d’une autre époque.

La tragique histoire du premier ordinateur

ENIAC, le premier ordinateur de l'histoire.
ENIAC, le premier ordinateur de l’histoire. Crédit : Armée américaine
Entre les canons, mortiers et autres obus exposés au Fort Still Field Artiellery Museum, en Oklahoma, se trouve depuis peu une pièce unique qui confère à l’endroit le statut de lieu saint technologique : le Electronic Numerical Integrator and Computer. Ou, dit plus simplement, ENIAC, le premier ordinateur de l’histoire.
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L’appareil de 30 tonnes, construit par l’armée américaine au cours des années 1940 afin de calculer la trajectoire des tirs d’artillerie, est un véritable monstre. Ses 42 panneaux de neuf pieds de haut comptent un total de 19 000 lampes, qui lui confèrent une puissance de calcul astronomique — pour l’époque — de 5 000 opérations par secondes.
L’histoire de cet artéfact inestimable, l’ancêtre du téléphone intelligent qui se trouve dans votre poche, est tragique. Il s’en est même fallu de peu pour que l’appareil soit perdu à jamais.
L’assemblage d’ENIAC a débuté au cours de la Deuxième Guerre mondiale, mais l’Allemagne et le Japon avaient déjà capitulé lorsque ses lumières ont clignoté pour la première fois, en novembre 1945. Heureusement pour lui, la guerre froide qui a suivi lui a fourni amplement de travail : ses circuits ont notamment contribué à la mise au point de la première bombe à hydrogène.
Malgré de nombreuses modifications et améliorations au fil des ans, ENIAC a rapidement été dépassé. Le 2 octobre 1955, après 80 223 heures de loyaux services, on a débranché puis démantelé l’ordinateur.
Les 42 panneaux de l’appareil, pesant 900 livres chacun, ont été séparés. Quelques-uns ont abouti entre les mains de gardiens consciencieux, dont l’Université du Michigan et l’Université de Pennsylvanie, mais la plupart ont été dispersés dans des entrepôts de l’armée américaine, puis oubliés.
En 2006, l’homme d’affaires et milliardaire américain Ross Perot a eu la lubie de décorer le siège social de son entreprise avec des vestiges de l’ère informatique. Son équipe, estimant que des composantes du premier ordinateur de l’histoire satisferaient la démesure de leur patron, s’est mise sur les traces d’ENIAC. Or, celles-ci étaient pratiquement effacées.
Libby Craft, la personne responsable de la traque, a été découragée par la désorganisation des entrepôts de l’armée américaine, où les soldats ont tenu les registres avec peu de rigueur. «Lorsqu’ils manquaient d’espace, ils regardaient cette masse de métal dont ils ne savaient rien, puis s’en débarrassaient», a-t-elle raconté à Wired.
Un indice a conduit la femme au Fort Still Field Artiellery Museum, où le conservateur de l’époque fut surpris de découvrir huit immenses panneaux métalliques rongés par la rouille dans des caisses de bois : les vestiges d’ENIAC.
Cette collection — la plus importante connue à ce jour — a été prêtée à Ross Perot, sous condition que celui-ci lui redonne son lustre d’antan.
Un employé remplace une lampe endommagée. Crédit: Armée américaine.
Un employé remplace une lampe endommagée. Crédit : Armée américaine
Hélas ! l’un des panneaux était trop endommagé par l’eau pour être restauré, et les sept restants ne suffisaient pas à faire renaître ENIAC. Pour que celui-ci fonctionne à nouveau, il aurait besoin de ses 42 panneaux.
N’empêche. On a retiré la rouille, ajouté une nouvelle couche de peinture et soudé quelque 600 nouvelles lampes. Un détecteur de mouvement a même été installé afin que les lumières d’ENIAC clignotent aléatoirement à l’approche d’une personne.
ENIAC a trôné pendant sept ans dans les bureaux du milliardaire, pour le plaisir exclusif de ses prestigieux visiteurs. Heureusement, à l’automne dernier, on a retourné l’ordinateur au Fort Still Artillery Museum, où il est depuis exposé au grand public. «Nous avons eu la visite de personnes qui ont parcouru une distance considérable pour le voir», raconte par courriel le conservateur actuel du musée, Gordon Blaker.
Vous aussi souhaitez observer ENIAC ? Dépêchez-vous, car il semble à nouveau menacé. Ses lumières ont cessé de clignoter quelques mois après son arrivée au musée, et le conservateur envisage désormais de le «déplacer» pour faire place à une nouvelle exposition.

La leçon servie au Sénat vaut pour la Chambre des communes

Photo : Matt Champlin/Moment/Getty Images
Photo : Matt Champlin/Moment/Getty Images
PolitiqueLe Sénat ne sort pas grandi du rapport tant attendu du vérificateur général sur les dépenses des sénateurs. Il n’y a pas que la Chambre haute qui peut toutefois tirer des leçons de l’analyse de l’équipe de Michael Ferguson. La Chambre des communes aussi aurait intérêt à y jeter un coup d’œil.
Parties de pêche, voyages personnels payés à même les fonds publics, réclamations de résidence litigieuses et même une visite chez le tailleur, la liste des dépenses – grandes et petites – qu’une trentaine de sénateurs n’ont pu ou n’ont pas voulu justifier a de quoi faire grincer des dents.
Les révélations du vérificateur général se sont évidemment transformées en munitions pour les détracteurs du Sénat. Le NPD, qui a toujours prôné son abolition, a sauté sur l’occasion pour reprendre ses critiques. Le chef Thomas Mulcair s’est aussitôt servi des maux du Sénat pour dénoncer la désuétude d’une institution où les vieux partis «s’empiffrent au râtelier sans fin des fonds publics».
Il veut plus que jamais obtenir le mandat, lors des prochaines élections, de convaincre les provinces des vertus de l’abolition. Que le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, ait dit, deux fois plutôt qu’une, que l’abolition irait à l’encontre des intérêts du Québec, n’a pas refroidi ses ardeurs. M. Mulcair a toutefois été incapable de dire comment il surmonterait cet obstacle québécois.
Du côté des conservateurs, on a jeté l’éponge. Après s’être fait rappeler qu’il ne pouvait réformer le Sénat de façon unilatérale, le premier ministre Stephen Harper a opté pour la technique de l’attrition. Il ne nomme plus de sénateurs et tant pis si 20 sièges sont vacants et si cela nuit au fonctionnement de la Chambre haute.
La réforme ou l’abolition du Sénat n’est pas pour demain, l’accord des provinces étant nécessaire. Entre temps, un grand ménage doit y être fait pour mettre fin à ses méthodes administratives d’un autre âge qui ouvrent la porte aux abus et à une culture du «tout-m’est-dû».
Le rapport du vérificateur général est éloquent à cet égard. Il écrit qu’il existe «un manque généralisé de transparence et d’imputabilité en matière de dépenses des sénateurs, tant dans la surveillance exercée à l’échelle de l’institution que dans les pratiques de certains sénateurs». Selon lui, le statu quo est inacceptable, il faut un changement de culture, plus de transparence, des mécanismes de surveillance, de reddition de comptes et ainsi de suite. Ses 22 recommandations sont toutes de cette eau.
Sa principale recommandation est d’ailleurs de créer un organe de surveillance composé, en grande majorité, de personnes ne siégeant pas au Sénat. Même le président de cette instance ne serait pas sénateur.
Cet organe indépendant participerait à l’élaboration et à l’interprétation des règles, pourrait examiner les dépenses de chaque sénateur et déterminer si elles sont conformes aux règles, et aurait le pouvoir exclusif d’embaucher l’auditeur interne. Actuellement, les sénateurs gèrent leurs propres affaires, écrivent leurs propres règles et décident comment et quand les appliquer. Un non sens.
Une Chambre opaque
Ce n’est guère mieux aux Communes. Les députés sont soumis à davantage de contrôles financiers dignes de ce nom, mais ce sont des députés qui, au sein du Bureau de régie interne (BRI), débattent à huis clos des règles et qui tranchent les disputent au sujet des dépenses des partis et des députés.
Cela n’a pas échappé au vérificateur général Michael Ferguson. Interrogé sur le sujet, il a noté qu’«il y a des choses [dans ce rapport] auxquelles la Chambre des communes devrait porter attention. [Les députés] devraient se demander s’ils font preuves de suffisamment de transparence, si les décisions au sujet des dépenses sont prises avec indépendance et objectivité».
Les députés, a-t-il poursuivi, n’ont pas besoin d’attendre une vérification de son bureau pour procéder à des changements et tirer de son rapport les leçons qui s’imposent. Surtout qu’ils pourraient attendre longtemps.
M. Ferguson a indiqué qu’il n’avait reçu aucune demande de la Chambre des communes pour effectuer une vérification similaire à celle qu’il vient de faire au Sénat. Le NPD et le PLC ont dit en souhaiter une, les conservateurs ont d’abord rejeté l’idée pour enfin se montrer ouvert à l’idée.
La précision est venue du bureau du premier ministre cette semaine. «Nous appuyons le fait que le vérificateur général discute avec le Bureau de régie interne pour qu’il détermine avec lui une façon de faire», a-t-on confié à la Presse Canadienne.
Loupe partisane
La surveillance des dépenses aux Communes est devenu un enjeu partisan depuis quelques années au sein même du BRI et c’est le NPD qui en fait actuellement les frais.
Fin 2013 début 2014, les conservateurs ont commencé à s’intéresser de près aux bureaux satellites de l’équipe parlementaire du NPD. Les libéraux ont rapidement fait front commun avec le gouvernement pour en contester l’existence et accuser les employés de ces bureaux de faire du travail partisan. Selon eux, le NPD contrevenait aux règles parlementaires en plus de ne pas avoir informé la Chambre du fait que ces employés travaillaient à Montréal.
Les faits sont les suivants. Après l’élection de 58 députés québécois inexpérimentés en 2011, Jack Layton, secondé par M. Mulcair (qui était alors son lieutenant québécois), a cherché une façon d’épauler les nouveaux élus avec une équipe de soutien chevronnée dédiée à la mise sur pied des bureaux de circonscription, aux relations avec leurs électeurs, aux communications, et ainsi de suite.
Pour payer cette équipe, les députés ont été invités à regrouper leurs ressources en pigeant dans le budget qui leur est accordé pour l’embauche de personnel, ce qui est permis.
Le NPD voulait toutefois que ce service de soutien soit près des députés, d’où le déploiement de personnel parlementaire à Montréal et à Québec. Mais il fallait payer un loyer, ce que les règles parlementaires ne prévoient pas. Le parti s’en est donc chargé et, à Montréal, leur a réservé un espace à l’intérieur même de ses locaux.
Thomas Mulcair a toujours soutenu que son parti n’avait enfreint aucune règle en vigueur à l’époque. Les employés de ces bureaux avaient pour tâche de seconder les députés dans leur travail parlementaire et n’ont rien fait d’autre, dit-il. Jamais ils n’ont effectué de travail partisan.
À preuve, répète-t-il encore, les employés du parti et les employés parlementaires appartiennent à des syndicats différents avec des définitions de tâches différentes inscrites dans leurs conventions collectives respectives.
Mais comme je le disais à l’époque, le NPD a joué avec le feu en se montrant trop gourmand. Cela faisait presque trois ans qu’il avait déployé sans problème ces petites équipes au Québec. Les libéraux rechignaient un peu, y voyant une concurrence déloyale, mais tout a dérapé quand le bureau de l’opposition officielle a affiché un poste pour un agent de liaison parlementaire en Saskatchewan, où le parti n’a pas un seul député, mais où le PC détient tous les sièges sauf un.
Depuis, c’est la bagarre. Il est toutefois difficile de se faire une idée claire puisque le détail des arguments, preuves et témoignages présentés au BRI demeure secret. Tout ce à quoi on a droit sont des résumés des délibérations et des décisions.
On sait toutefois que le règlement a été précisé depuis et que les employés en question travaillent maintenant de chez eux ou au bureau de circonscription de M. Mulcair.
Selon le porte-parole conservateur du BRI, John Duncan, plus d’une soixantaine de députés néo-démocrates devront malgré tout, à partir du 1er juillet, rembourser des sommes variées totalisant 2,75 millions $. S’ils ne s’exécutent pas, les fonds seront retenus au moment de leurs demandes de remboursement de frais ou sur leur indemnité de départ et leur pension, s’ils ne se représentent pas ou sont défaits en octobre.
Le NPD conteste cet ordre. En fait, il résiste depuis le début et s’est adressé aux tribunaux l’automne dernier, mais l’affaire est actuellement au point mort.
Le NPD a aussi vu ses envois postaux remis en question alors que ceux des autres partis ont échappé à l’examen.
Mécanique à revoir
Sans mécanisme indépendant, comme celui suggéré par le vérificateur général, ce n’est pas seulement le Sénat qui a des problèmes sérieux de transparence et d’impartialité, mais aussi la Chambre.
Le problème est d’ailleurs connu depuis longtemps. Le NPD a maintes fois demandé à ce que le BRI tienne ses réunions en public. Il a aussi présenté en 2013 une motion pour qu’un comité étudie la mise sur pied d’un organisme indépendant chargé, à la place du BRI, de surveiller les dépenses de la Chambre. L’étude en question a eu lieu mais la majorité conservatrice n’a recommandé que ce qui suit dans son rapport:
«Que le Bureau de régie interne continue d’examiner comment il pourrait améliorer le Rapport de dépenses des députés en y intégrant un plus grand nombre d’informations ;
Que le Bureau de régie interne invite plus souvent le vérificateur général à effectuer des vérifications ;
Que le Bureau de régie interne, en collaboration avec le vérificateur général, élabore des lignes directrices publiques portant sur la vérification des dépenses de la Chambre des communes ;
Que le Bureau de régie interne continue de rendre publics ses procès-verbaux en temps opportun.»
Le NPD était évidemment insatisfait. «Le NPD rejette fermement le statu quo de l’autorégulation des députés et continuera de se battre pour plus de transparence et une meilleure reddition de comptes», écrivait-il en conclusion de son opinion dissidente.
Les bloquistes, les verts et les indépendants étaient aussi dissidents, alors que les libéraux ont émis une opinion complémentaire.

Que camoufle le pantalon de camouflage du policier ?

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Photo extraite d’un reportage d’ICI Radio-Canada.
Les policiers en service aux funérailles nationales de Jacques Parizeau auraient pu entonner l’Ô Canada, ils auraient moins fait parler d’eux qu’en portant leurs pantalons de camouflage.
Politique
Il faut dire qu’en matière de camouflage, c’était assez raté : ils étaient visibles comme un homme d’affaires en veston-cravate dans un congrès de Québec solidaire. Disons-le, c’était disgracieux.
Le public est fâché, Denis Coderre est fâché, même Philippe Couillard est fâché, et on parle d’une loi pour obliger les policiers à revenir à l’uniforme traditionnel. Une loi. Rien de moins.
Il faudrait légiférer la guenille constabulaire et donner force de loi aux contraventions de goût de Jean Airoldi. Parce qu’un policier qui tapoche un pouilleux, ce n’est pas grave. Mais un policier qui tapoche habillé en pouilleux, là, ÇA VA BEAUCOUP TROP LOIN !
Parallèlement, mercredi, la Ligue des droits et libertés (LDL) publiait un rapport sur le travail des policiers québécois dans les manifestations des trois dernières années.
Leur conclusion ? «Bravo, les bleus : sans vos interventions précises et calculées, le Québec serait tombé dans le chaos depuis longtemps !»
Ben non.
Sans surprise, sauf pour ceux qui ont passé les dernières années sous une roche (pour se cacher des policiers qui chargeaient en tapant de la matraque sur leurs boucliers), la LDL parle, chiffres à l’appui, d’un «système de répression politique et policière».
La police distribue les amendes, les arrestations et les coups de matraque à certains manifestants plus qu’à d’autres, selon des critères bien durs à voir quand on a les yeux dans le poivre de cayenne. Mais une fois le gaz lacrymogène dissipé et le décompte fait, ça devient plus clair : il y a des causes que la police aime moins que d’autres.
La LDL a calculé que 83 % des constats d’infraction remis à Montréal en vertu du règlement P-6, entre 2012 et 2014, se sont soldés par un arrêt des procédures, un retrait des accusations ou encore un acquittement. Avec un taux de réussite de 17 %, tu coules ton cours, même après la réforme de l’éducation. À croire qu’on distribuait ces constats d’infraction pour faire peur au monde et casser les manifs.
Le tout se déroule dans l’indifférence générale, parce que le Québec se comporte de plus en plus comme ce personnage dans la pièce de théâtre Les Voisins, qui s’exclame : «Y as-tu moyen qu’y arrive rien, dans la vie ?»
Les manifestants dans la rue dérangent, mais les moyens de pression sont plus tranquilles, aussi. Quand même des pantalons colorés, ça dépasse les bornes, quel choix reste-t-il pour contester ? Épeler «so-so-so, solidarité» en code morse avec nos clignements d’yeux ?
Une loi sur l’habillement des policiers aurait au moins le mérite de mettre les choses au clair : notre lente dérive vers un État autoritaire, on veut qu’elle se fasse en uniforme. Ça fait plus propre.

jeudi 11 juin 2015

Grand prix du journalisme indépendant .

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Photo © Laprès et Lavergne. Université d’Ottawa, CRCCF, Fonds Paul-Wyczynski (P19), PH29-23/1
Le journaliste Mathieu-Robert Sauvé a remporté le Grand prix du journalisme indépendant dans la catégorie portrait/entrevue pour son entretien «L’imposture Nelligan», publié l’automne dernier dans L’actualité.
Dans cet entretien avec Yvette Francoli, professeure retraitée de l’Université de Sherbrooke, le journaliste déboulonne un mythe de la littérature québécoise, Emile Nelligan, qui ne serait pas le véritable auteur de ses poèmes. Eugène Seers, qui fut professeur de Nelligan, aurait profité de l’internement du jeune poète pour réécrire son œuvre.
Une dizaine de prix ont été remis lors de cette sixième soirée de gala, tenue le 10 juin à Montréal. Parmi les autres lauréats : Corinne Fréchette-Lessard, pour un reportage sur la pilule anticonceptionnelle (publié dans Châtelaine), et Marie-Pier Élie, pour son texte sur l’immunothérapie (publié dans Québec Science).
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Neutralité de l’État et radicalisation : le pour et le contre de l’approche libérale .

Mercredi, le gouvernement Couillard a lancé pêle-mêle deux projets de loi pour lutter contre la radicalisation et pour affirmer la neutralité de l’État, comme s’il voulait se débarrasser d’une patate chaude juste à temps pour la relâche estivale. Et le résultat est très inégal.
Politique
Les libéraux ont laissé pourrir le dossier de la neutralité de l’État, qui traîne depuis la publication, en 2008, du rapport Bouchard-Taylor sur la «crise» des accommodements raisonnables. La Loi favorisant le respect de la neutralité religieuse de l’État et visant notamment à encadrer les demandes d’accommodements religieux dans certains organismes (c’est son nom officiel) place la barre si bas que le Parti québécois (PQ) et la Coalition avenir Québec (CAQ) auront le beau jeu de reprendre leur combat de coq pour ravir le titre de champion de la défense des valeurs québécoises.
Au strict minimum, les libéraux auraient dû suivre les recommandations de Gérard Bouchard et de Charles Taylor, pour imposer aux fonctionnaires en position d’autorité (juges, policiers, agents de la paix, etc.) l’interdiction de porter des signes religieux ostentatoires. L’initiative n’aurait pas déplu au PQ.
Lors de la course à la chefferie du parti, Pierre Karl Péladeau s’était rallié à l’esprit du rapport Bouchard-Taylor à cet égard. Sa position amenait une bouffée d’air frais au sein d’un parti qui s’est entêté, sous Pauline Marois, à attiser les préjugés et l’insécurité identitaire des Québécois.
La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, a déclaré mercredi qu’elle ne présentait pas «un projet de loi qui légifère sur les vêtements». Mais en exigeant que les employés de l’État donnent les services publics à visage découvert, elle en fait une affaire de tenue vestimentaire. Qui d’autre que les femmes musulmanes pourraient se présenter au travail le visage couvert ? En somme, les libéraux bannissent la burqa et le niqab de l’espace public, mais ils tolèrent le tchador (puisqu’il ne couvre pas le visage). C’est un recul flagrant par rapport à la position défendue par le premier ministre, Philippe Couillard.
Le maire de Saguenay, Jean Tremblay, peut dormir en paix. Le crucifix restera bien en vue au-dessus du fauteuil du président de l’Assemblée nationale. D’inspiration catho-laïque, le projet de loi protège les emblèmes du patrimoine religieux du Québec.
Les partis d’opposition jugent que les libéraux ne vont pas assez loin. La loi ne s’applique pas aux municipalités, le port des signes religieux sera encore toléré. Et surtout, il y aura toujours la possibilité, pour les employés de l’État, de faire des demandes d’accommodements raisonnables.
Ces demandes restent la pierre d’assise des relations entre l’État et ses employés de confession multiples. Dans l’état actuel du droit, l’insécurité identitaire et les tentatives de cadrer l’expression des croyances religieuses dans la fonction publique se heurteront, fort heureusement, à cet obstacle qu’est la Charte canadienne des droits et libertés.
D’une certaine manière, les libéraux en font juste assez pour dire qu’ils ont donné suite au rapport Bouchard-Taylor, et pas trop pour s’attirer une contestation en droit constitutionnel.
Sur le front de la lutte contre la radicalisation, il y a lieu de se réjouir et de s’inquiéter. La mise en commun de l’expertise de neuf ministères est de bon augure pour donner une réponse plus large que le tout au répressif au phénomène de la radicalisation.
Comme l’exprimait récemment le psychologue Jocelyn Bélanger dans Le Devoir, les centres jeunesse détiennent les clés pour traiter les jeunes radicaux. L’attrait pour le djihad n’est pas différent de l’attrait pour les gangs de rue chez les jeunes en perte de repères. Le groupe État islamique ou les gangs de rue répondent tous deux à un besoin d’appartenance et de réalisation de soi, dans le monde tordu d’adolescents qui ont pris le mauvais chemin menant à leur quête de sens. Le plan de lutte contre la radicalisation permettra d’intervenir en amont, au lieu de laisser les jeunes se radicaliser à l’extrême et de les intercepter à l’aéroport afin de les empêcher de gagner l’Irak ou la Syrie.
Québec a aussi raison de s’attaquer aux crimes dits «d’honneur» et aux mariages forcés. La Loi concernant la prévention et la lutte contre les discours haineux et les discours incitant à la violence et apportant diverses modifications législatives pour renforcer la protection des personnes (encore une fois, c’est son nom officiel) donne à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) un pouvoir d’intervention en cas de «contrôle excessif» des parents sur leurs enfants, ce qui constituera dorénavant «une forme de mauvais traitement psychologique».
Les libéraux auraient dû réfléchir davantage avant de confier des pouvoirs accrus à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec (CDPDJQ) en matière de surveillance, de prévention et de lutte contre le discours haineux.
Le discours haineux est déjà proscrit en vertu du Code criminel. Pourquoi confier à la Commission un pouvoir d’enquête et de sanction, avec un fardeau de preuve moins lourd qu’au criminel ? La Commission fera enquête sur les discours qui incitent à la haine ou à la violence contre des groupes ciblés, tels que les femmes, les gais et lesbiennes, les minorités visibles, les groupes religieux, etc. L’organisme pourra intervenir de son propre chef, ou sur réception d’une plainte anonyme.
Si le passé est garant de l’avenir, il y a lieu d’être inquiet. Ailleurs au Canada, les commissions des droits ont sanctionné des opinions qui n’avaient rien de haineux, bien qu’elles eussent brossé un portrait défavorable de groupes identifiables (comme les musulmans). Parlez-en à Mark Steyn, chroniqueur du Maclean’s, poursuivi à tort pour discours haineux en raison de ses chroniques, en vertu de l’article 13 de la Loi canadienne sur les droits de la personne. La polémique avait d’ailleurs incité le gouvernement conservateur à abolir l’article 13 de loi, afin de protéger la liberté d’expression — ce droit mal aimé et mal compris.
Le discours haineux, celui qui incite à la violence contre un groupe de personnes identifiables, est déjà proscrit par le Code criminel. Pourquoi ne pas s’en remettre aux policiers pour réprimer ces discours qui n’ont pas leur place dans le débat démocratique ?
La Commission hérite de pouvoirs dangereux pour la liberté d’expression. Des pouvoirs qui pourraient être utilisés à mauvais escient si l’institution succombe à la tentation de la rectitude politique.
Il suffira maintenant qu’un imam, un curé ou un rabbin sente que sa religion a été offensée pour que la CDPDJQ fasse une enquête et que le Tribunal des droits de la personne sanctionne les fautifs (par une amende et la publication de leur nom sur une liste noire).
Les critiques cinglantes envers la religion sont permises et protégées en vertu du droit à la liberté d’expression. En aucun temps ne doivent-elles être limitées par des groupuscules ou des leaders religieux allergiques à la critique.
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Le cholestérol, c’est grave ou pas ?

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Illustration : Luc Melanson
Pour Patrick Dion, le 21 juin ressemblera à ceci : 1,9 km de nage dans les eaux glaciales du lac Tremblant, 90 km de vélo sur un terrain accidenté et 21,1 km de course à pied pour couronner le tout. Depuis janvier, l’auteur et chroniqueur de 46 ans s’entraîne pour l’Ironman 70,3 Mont-Tremblant. C’est un gars en forme, c’est le moins qu’on puisse dire. Son alimentation ? Exemplaire ! Très peu de viande, beaucoup de poisson, de légumes et de légumineuses. « Il m’arrive de tricher avec le sucre et j’aime bien mon verre de vin », concède le quarantenaire, qui ne succombe jamais à la facilité des plats préparés.
Même s’il se conforme à pres­que toutes les recommandations des experts en santé ou même les surpasse, Patrick Dion a un souci : son taux de cholestérol est trop élevé. Pour le contenir, il prend quotidiennement, depuis 10 ans, des statines — une classe de médicaments conçue pour abaisser le taux de cholestérol dans le sang, question d’éviter la formation de dépôts adipeux dans les artères, et donc d’aider à prévenir les infarctus et les accidents vasculaires cérébraux (AVC).
Il n’y a pas de doute, les statines ont amélioré le bilan sanguin de Patrick Dion. Mais elles n’ont pas fait que ça. Quelques années après avoir reçu sa première ordonnance, le sportif s’est mis à souffrir de terribles douleurs aux épaules. Au point que, pendant des mois, il a dû abandonner la nage, son sport de prédilection. « C’est cyclique, raconte le Montréalais. Ça part et ça revient. » Rien de bien étonnant : les douleurs musculaires sont l’un des effets secondaires les plus souvent signalés par ceux qui prennent des statines. Le tri­athlonien ne compte pas arrêter de prendre ses comprimés roses pour autant. « Je ne veux pas mourir d’une crise cardiaque », dit-il pour justifier son choix.
Moins maniaque que Patrick Dion, mais physiquement actif et soucieux de ce qu’il met dans son assiette, André Bouchard a pris la décision inverse. Ce haut fonctionnaire de 51 ans (qui a demandé qu’on change son nom pour préserver son anonymat) s’est vu prescrire des statines dès l’âge de 40 ans, mais il s’est mis à avoir tellement mal aux épaules qu’il n’arrivait plus à servir au tennis, lui qui aime tant fouler les courts de Saint-Sauveur, dans les Laurentides. Il y a six ans, il a renoncé au médicament et, depuis, il respire la forme. Il préfère prévenir les maladies cardiovasculaires « au naturel ».
De Patrick ou d’André, qui a raison ? La réponse n’est pas simple. Pour la majorité des cardiologues, les statines sont des médicaments révolutionnaires, les plus spectaculaires depuis l’avènement de la pénicilline, dont les bienfaits dépassent largement les inconvénients. D’autres rétorquent que, en réalité, ces bienfaits sont modestes, voire infimes dans certains cas. Ils affirment que les effets secondaires des statines sont sous-estimés et que la pire chose qu’on puisse faire lorsqu’on cherche à prévenir les maladies cardiovasculaires, c’est d’abandonner un sport comme la nage ou le tennis.
Pendant que les médecins discutent, les laboratoires pharmaceutiques engrangent. Même si les brevets de médicaments-vedettes comme le Lipitor ou le Crestor ont commencé à expirer, les recettes ne cessent de progresser et pourraient atteindre, cumulativement, la marque du billion (1 000 milliards) de dollars d’ici 2020, selon les calculs du professeur John Ioannidis, de l’Université Stanford, publiés dans le Journal of the American Medical Association.
C’est qu’en 2014, les autorités de santé de la Grande-Bretagne et des États-Unis ont modifié leurs recommandations aux médecins pour élargir à des millions de nouveaux adultes la prescription de statines. Selon un calcul publié dans la revue scientifique The Lancet, si tous les médecins appliquent les nouveaux critères britanniques à la lettre, 83 % des hommes de plus de 50 ans et 56 % des femmes ayant passé le cap des 60 ans se trouveront avec une ordonnance. Les lignes directrices des États-Unis sont encore plus larges : en vertu des nouvelles recommandations, ce sont 100 % des hommes âgés de 66 à 75 ans qui seraient touchés, d’après une étude parue dans JAMA Internal Medicine.
Le Canada n’a pas changé ses directives aux médecins, mais ici aussi, le nombre d’ordonnances grimpe en flèche. En 2014, 870 000 Québécois couverts par le régime public d’assurance médicaments prenaient des statines (ce nombre exclut les Québécois — 56 % — qui souscrivent une assurance privée). C’est 60 % de plus qu’en 2005.
Les nombreux détracteurs de l’industrie pharmaceutique, dont Mikkel Borch-Jacobsen, auteur du livre La vérité sur les médicaments, ont du mal à avaler la pilule. Pour eux, l’explosion des ventes de comprimés contre le cholestérol relève d’une grande manipulation.
« Soyons clairs, les statines sauvent des vies, tous les médecins s’entendent là-dessus », réplique d’emblée le Dr George Thanassoulis, chercheur et cardiologue au site Glen du Centre universitaire de santé McGill (CUSM). Les spécia­listes de la santé sont en effet unanimes lorsqu’ils ont affaire à des patients dont les artères sont obstruées ou à ceux qui ont déjà été victimes d’un infarctus ou d’un AVC. Les statines ne font pas de miracles, mais elles réduisent le risque qu’un nou­vel épisode survienne. C’est ce qu’on appelle la « prévention secondaire ».
« Mais ça ne représente qu’une goutte dans l’océan, fait valoir le cardiologue Martin Juneau, de l’Institut de cardiologie de Mont­réal. Le vrai marché des fabricants de statines, c’est celui de la prévention primaire. » La logique est la suivante : si les molécules peuvent protéger des patients dont les artères sont bouchées, pourquoi attendre ? Pourquoi ne pas prévenir la formation de plaques adipeuses en donnant des statines à des gens qui n’ont jamais eu d’accident cardiaque, comme Patrick et André ? Après tout, la majorité des infarctus et des AVC surviennent chez des personnes qui n’ont jamais éprouvé de symptômes auparavant.
C’est en suivant ce raisonnement que les experts en santé utilisent des « calculateurs de risques ». Ils entrent l’âge d’une personne, son sexe, son taux de cholestérol LDL (le « mauvais » cholestérol), sa pression artérielle, et précisent si elle est fumeuse ou non. Au Canada, si l’algorithme génère un chiffre indiquant que votre risque de subir un infarctus ou un AVC au cours des 10 prochaines années est supérieur à 20 %, le médecin sortira son carnet d’ordonnance. Si le risque se situe entre 10 % et 20 %, il vous prescrira des statines seulement si votre taux de cholestérol LDL est supérieur à un certain seuil (3,5 mmol/litre).
Pour le Dr Martin Juneau, ce fameux algorithme, appelé formule de Framingham, simplifie à outrance la complexité de la physiologie humaine. « La formule surestime l’importance du cholestérol LDL et ne tient pas suffisamment compte des habitudes de vie », déplore-t-il. Un végétarien qui fait du vélo trois fois par semaine et dont le cholestérol LDL s’élève à 3,8 mmol/litre inquiète moins le Dr Juneau qu’un sédentaire bedonnant dont le bilan sanguin indique une valeur de 3,2 mmol/litre.
Le cardiologue cite une étude menée en Suède auprès de plus de 20 000 hommes, dont les résultats ont été publiés en 2014 dans le Journal of the American College of Cardiology, qui indique que de bonnes habitudes de vie peuvent réduire de 79 % les ris­ques d’infarctus. « Moi-même, si je me fie au score de Framing­ham, je devrais prendre des statines », ajoute le médecin de 62 ans, qui préfère le jogging, la planche à neige et l’alimenta­tion méditerranéenne aux comprimés. « Je suis certain que je ne mourrai pas du cœur. »
Le cardiologue Paul Poirier, de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec, décoche aussi quelques flèches à l’endroit de la formule de Framingham. « Elle ne tient pas compte de la génétique, dit-il. Un homme de 35 ans dont le taux de cholestérol LDL est parfait, mais dont le père et le grand-père sont morts d’une crise cardiaque à 40 ans devrait probablement prendre des statines. Mais je ne ferais pas la même recommandation à un trentenaire dont les parents et les grands-parents ont fumé et mangé du bacon toute leur vie et qui ont malgré tout vécu centenaires. »
Pour les médecins généralistes — qui subissent des pressions pour voir de plus en plus de patients à l’heure —, dresser le portrait des risques cardiovasculaires d’une personne avec toutes ses nuances n’est pas toujours réaliste. Appliquer une formule est nettement plus simple. Les sociétés pharmaceutiques se font un plaisir de leur fournir des outils de calcul, accompagnés de publicités qui vantent les mérites de leurs médicaments-vedettes.
« Dans ses publicités à l’intention des médecins, Pfizer faisait valoir que le Lipitor réduisait de 36 % les risques d’infarctus », signale le Dr Juneau. Ce n’est pas exactement un mensonge. Ce n’est pas exactement la vérité non plus. L’étude clinique d’où est tiré ce chiffre (menée auprès de 20 000 volontaires et publiée dans la revue The Lancet) a montré que 1,9 % des patients prenant du Lipitor ont subi une crise car­diaque sur une période d’un peu plus de trois ans. Au sein du groupe placébo, 3 % ont subi le même sort, pour un écart de 1,1 % entre les deux groupes. « En divisant ce 1,1 % par le taux d’infarctus au sein du groupe placébo [3 %], on obtient bel et bien une réduction du risque de 36 %, con­cède le Dr Juneau. C’est le risque relatif. Mais quand on regarde le risque en chiffres absolus, le portrait est fort différent. On a réduit le risque de seulement 1,1 %. Autre­ment dit, il faudrait donner des statines à 100 personnes pendant plus de trois ans pour prévenir un seul infarctus. » Astra­Zeneca a utilisé le même stratagème pour promouvoir le Crestor auprès des médecins.
La bataille des chiffres ne s’arrête pas là. En 2012, une vaste équipe internationale dirigée par l’épidémiologiste de renommée mondiale Rory Collins, de l’Uni­ver­sité d’Oxford, a publié dans la revue The Lancet les résultats d’une méta-analyse (une méthode statistique qui consiste à combiner les résultats d’études préala­bles). Ce groupe, appelé Cholesterol Treatment Trialists’ (CTT) Collaboration, a recensé les données de recherches réalisées auprès de 170 000 personnes au total, sur une période de 24 ans. Sa conclusion : pour chaque mmol/litre de cholestérol LDL qu’on arrive à réduire dans le sang, le risque de subir un accident cardiovasculaire chute de 20 %.
La Collaboration Cochrane, qui réunit des chercheurs internationaux indépendants, a aussi apporté de l’eau au moulin du camp pro-statines. Jusqu’en 2011, ses méta-analyses au sujet des médicaments contre le cholestérol n’avaient démontré aucun avantage pour la prévention primaire. En janvier 2013, cependant, les chercheurs ont changé leur fusil d’épaule. Leur dernière méta-analyse, qui a recensé 18 essais cliniques menés auprès de 57 000 patients, conclut que les statines diminuent les accidents cardiovasculaires, même chez les personnes sans maladie cardiovasculaire documentée.
« Ces deux grandes études en ont bouché un coin aux groupes anti-statines », dit le Dr George Thanassoulis, du CUSM. Ce sont ces résultats qui ont poussé les autorités de santé américaines à revoir leurs normes. Désormais, tout Américain dont le risque de subir un infarctus ou un AVC excède 7,5 % sur 10 ans devrait recevoir des statines. En Grande-Bretagne, le seuil a été abaissé à 10 %. Même le Dr Thanassoulis trouve qu’on est allé trop loin. « Des hommes qui ont un taux de cholestérol parfaitement normal vont se faire proposer des statines simplement parce qu’ils ont passé la soixantaine », s’inquiète-t-il.
Le Dr Martin Juneau déplore qu’aucune étude n’ait encore comparé un groupe de patients prenant des statines à un autre qui soignerait son hygiène de vie. « Cet essai ne sera jamais réalisé pour une raison simple : il n’y a à peu près que les sociétés pharmaceutiques qui ont les moyens de financer ce genre d’étude », dit-il. Pour mesurer l’effet des statines, il faut suivre des milliers de personnes pendant au moins cinq ans, ce qui coûte des dizaines de millions de dollars. « S’il faut suivre autant de personnes pendant aussi long­temps, c’est peut-être parce que l’effet de ces médicaments n’est pas si spectaculaire », ironise le cardiologue.
Il reproche aussi aux statines d’être une sorte de prescription pour la malbouffe. « Comme les médicaments abaissent le taux de LDL quelle que soit l’alimentation, les patients se sentent autorisés à manger n’importe quoi », constate le Dr Juneau. Un article publié dans la revue JAMA Internal Medicine en 2014 le confirme. Chez les Américains qui prennent des statines, la consommation de calories et de gras a augmenté de 1999 à 2010, alors qu’elle a atteint un plateau dans le reste de la population.
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Quand on suit un régime méditerranéen et qu’on fait de l’exercice régulièrement, on enrichit le sang en antioxydants, comme les flavonoïdes, qui ont un effet protecteur sur la santé cardiovasculaires. – Photos : iStockphoto
À Québec, le cardiologue Paul Poirier parle carrément des statines comme d’une « béquille pour manger des cochonneries ». « Le sport, c’est mieux qu’une pilule pour prévenir les maladies cardiovasculaires et, en plus, ça aide à prévenir le cancer. Mais c’est trop simple », se désole-t-il.
Le Dr Jean-Claude Tardif, de l’Institut de cardiologie de Mont­réal, ne trouve pas que la préven­tion soit « trop simple ». Il voit dans son cabinet des travailleurs, des mères et des pères de famille qui arrivent brûlés à la maison et qui n’ont ni le temps ni les moyens de mitonner un petit plat santé. « Allez dire à un patient obèse qui a mal aux genoux de se mettre au jogging ! lance-t-il. C’est illusoire de penser que tout le monde va faire du vélo trois ou quatre fois par semaine et remplir son assiette de légumes bios. »
Le Dr Tardif, qui mène lui-même des recherches sur les statines, dit utiliser très peu la formule de Framingham pour déterminer les risques cardiovasculaires de ses patients, se fiant davantage à son expertise pour évaluer chacun, au cas par cas. Pour les omnipraticiens qui n’ont pas le temps de suivre toute la littérature sur le sujet, il estime que la formule, simple à utiliser, est appropriée. Le cardiologue n’était pas chaud à l’idée d’accorder une entrevue sur les statines à L’actualité. « Quand vous écrivez des articles qui présentent les statines sous un mauvais jour sans raison valable, des patients à haut risque d’accidents cardiaques arrêtent de prendre leurs médicaments, subissent une progression de leur maladie et meurent. C’est criminel. »
En Australie, un reportage incendiaire à l’égard des statines, diffusé en octobre 2013, a suscité une vive réaction chez les télé­spectateurs. Un sondage mené auprès de 1 094 Australiens, un mois après la diffusion, a révélé qu’une personne sur cinq traitée aux statines qui avait regardé le documentaire avait cessé de prendre son médicament ou changé son traitement. Le quart d’entre elles avaient subi une crise cardiaque dans le passé.
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Pour les médecins généralistes, dresser le portrait des risques cardiovasculaires d’une personne avec toutes ses nuances n’est pas toujours réaliste. – Photo : iStockphoto
Pour Martin Juneau, le vrai problème, ce ne sont pas tant les journalistes que les médecins qui donnent des statines à leurs patients et qui les félicitent lors­qu’ils observent que leur taux de cholestérol baisse, alors que leur tour de taille et leurs mauvaises habitudes de vie demeu­rent inchangés. « C’est ça qui est criminel », affirme-t-il. Surtout quand les patients cessent de faire de l’exercice à cause des effets secondaires des médicaments.
Mais quels effets secondaires ? Aucune étude à ce jour, pas même les grandes méta-analyses, n’a démontré que les médicaments contre le cholestérol avaient des effets nocifs. La méta-analyse du CTT Collaboration a révélé que seulement une personne sur 10 000 éprouvait des symptômes de la rhabdomyolyse, une rare forme de dégradation des muscles. Le risque de diabète augmentait également, mais très légèrement.
« Attention, il ne faut pas se fier aux essais cliniques pour déterminer les effets nocifs, met en garde le Dr Paul Poirier. Avant le début des études, il y a une première phase d’environ huit semaines qui sert à exclure toutes les personnes qui ne prennent pas leur médicament avec assiduité, donc essentiellement celles qui éprouvent des effets secondaires. »
Parmi les patients du Dr Juneau, de 20 % à 25 % signa­lent des effets secondaires, le plus souvent des douleurs musculaires. « C’est certainement plus élevé que la moyenne, parce que mes patients sont en général sportifs et sont plus susceptibles de ressentir ce genre de douleurs », juge le médecin. D’autres disent souffrir de problèmes de mémoire.
Le Dr Juneau raconte que, il y a deux ou trois ans, il se faisait encore durement critiquer lorsqu’il parlait ouvertement des effets secondaires des statines. « Aujourd’hui, c’est le contraire, on me cite ! » dit-il. À son avis, ce revirement de situation n’est pas étranger à ce qui se trame dans les grands laboratoires pharmaceutiques. Les brevets des statines ayant expiré, des géants comme Amgen et Pfizer préparent la prochaine génération de médicaments contre le cholestérol, nommés « inhibiteurs de PCSK9 ». Et que promettent-ils aux médecins, qu’ils ont déjà commencé à appâter dans les congrès ? Que les PCSK9 n’auront pas d’effets secondaires !
« Les inhibiteurs de PCSK9 vont nous permettre d’abaisser le taux de cholestérol à des niveaux jamais vus », s’enthousiasme le Dr George Thanassoulis, qui n’est pas associé à la recherche sur ces médicaments. « Ils seront très utiles pour les patients à haut risque. » Et pour la prévention primaire ? « Ça, je n’en suis pas convaincu. »
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Dominique Scali : l’étoffe d’une légende

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À la recherche de New Babylon, par Dominique Scali, La Peuplade, 460 p.
Dominique Scali n’avait jamais envisagé d’écrire un roman western avant de mettre les pieds au Mali, où elle faisait un stage en coopération internationale. Au milieu de ces vastes étendues désertiques, où la survie dépend de la solidarité collective, elle a vivement ressenti la solitude qu’engendre notre individualisme à l’américaine — héritage direct de la conquête de l’Ouest. « J’ai vu dans le western une métaphore du vide qui vient avec la liberté », explique l’auteure de 30 ans.
À la recherche de New Babylon détourne les archétypes du prédicateur, du hors-la-loi, du chasseur de primes et de la belle aventurière. Il en fait des exilés coupés de leurs origines, qui tentent non seulement de se rebâtir une vie, mais de se faire un surnom en créant leur propre légende. Ces multiples impostures évoquent le mythe du self-made man, mais se rapprochent aussi de l’esbroufe du star-system et des réseaux sociaux.
Sans jamais s’essouffler, Dominique Scali entraîne ses personnages à la recherche de « la ville la plus dangereuse d’Amérique », dans une quête qui les ramène invariablement à eux-mêmes. Sa version du western est donc, avant tout, existentielle. « New Babylon, c’est le mythe du mythe, dit-elle. On a beau changer de ville, on reste embourbé dans la même impasse. La transformation de soi est une illusion. »
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D’autres suggestions livres : 
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Bravo, par Régis Jauffret, Seuil, 288 p.
Aux funérailles des gens de la scène, la tradition veut que l’on crie bravo au cercueil. Régis Jauffret mérite, lui aussi, une salve d’applaudissements pour son nouveau livre, dûment intitulé Bravo — un hommage à tous les vieillards indignes qui n’ont pas l’intention de tirer leur révérence sans un dernier pied de nez à ceux qui voudraient déjà les enterrer. En 16 récits, il expose les ravages de l’âge, les conflits de générations entre les retraités et leurs enfants, les vacheries des couples sur le déclin. Jauffret, dont le roman précédent avait pour cible le peu recommandable DSK, continue surtout à ridiculiser l’obsession satyrique du mâle français pour les jeunes filles nubiles. C’est féroce, impitoyable… et drôle à mourir.
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Tous les démons sont ici, par Craig Johnson, Gallmeister, 320 p.
Les lecteurs de Craig Johnson sauront à quoi s’attendre en ouvrant le septième tome de sa série policière : aux paysages majestueux du Wyoming, à des échanges culturels avec la nation Crow, à la bouille amicale du shérif Walt Longmire. Cette fois, le shérif est à la poursuite du « plus dangereux sociopathe des États-Unis », qui s’est enfui dans les monts Bighorn, en plein blizzard, avec les ossements d’un enfant qu’il a assassiné. De grands lodges en cabanes isolées, de pistes de motoneige en sentiers escarpés, l’intrigue se resserre à mesure que l’action prend de l’altitude. Le suspense, lui, atteint des sommets.

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Dissidences : un passionnant roman d’espionnage

Ils sont plus de 25 000 à avoir bravé la surveillance armée aux frontières pour échapper au régime de Pyongyang et goûter à la liberté. Leur histoire, cependant, ne s’arrête pas là et leur rêve, souvent, se brise sur les récifs de la réalité qui les attend en Corée du Sud. Hannah Michell, qui a grandi à Séoul et enseigne la culture coréenne à l’Université de Californie à Berkeley, s’est intéressée au cas de ces transfuges et elle dévoile la discrimination dont ils sont victimes dans son premier roman, Dissidences.
Dissidences, par Hannah Michell, Les Escales, 368 p.
Dissidences, par Hannah Michell, Les Escales, 368 p.
Pour Hyun-min, étudiant récemment arrivé dans la capitale sud-coréenne, ce n’est pas tant l’adaptation au « chaos de néons et de voitures » ni à la compétition féroce d’un capitalisme débridé qui rend l’intégration difficile. « Pour moi, Séoul, c’était un paradis, dit-il. Je croyais que parce que nous parlions la même langue, je me sentirais chez moi. » Or, la langue, justement, a changé en 60 ans de partition. Elle s’est tellement métissée de mots anglais, de termes technologiques et de références américaines que Hyun-min peine à la comprendre. L’étudiant doit aussi subir les regards méprisants ou méfiants qui accueillent son accent du Nord, ainsi que les préjugés voulant que les transfuges soient paresseux et incapables de gérer leur argent.
Dissidences devient un passionnant roman d’espionnage quand le destin de Hyun-min croise celui de Mia, une Sud-Coréenne elle-même rejetée par sa communauté parce qu’issue d’une mère anglaise et d’un père emprisonné pour ses sympathies communistes. « C’était la première chose que tout enfant coréen apprenait : il ne fallait pas être différent », commente l’auteure.
Mia travaille comme interprète à l’ambassade britannique, où elle entretient une liaison avec un diplomate alcoolique plutôt minable. Son amitié pour Hyun-min attirera sur elle l’attention des services secrets et de passeurs véreux, qui aimeraient bien connaître l’emplacement du tunnel secret que le transfuge a emprunté pour traverser la zone démilitarisée. Ses déboires sont une édifiante leçon de tolérance pour « ceux qui croient encore aux frontières, à ces lignes étranges dessinées sur des cartes par des hommes ».
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