mercredi 17 juin 2015

La différence entre les «immigrés» et les «expatriés

FouineurEn 2015, le Québec devrait ouvrir ses portes à un total de 51 500 personnes immigrantes, afin de «favoriser l’enrichissement du patrimoine socioculturel» de la province. De ce nombre, combien seront des «expats» (expatriés) ?
La question est rhétorique. «Expatrié» et «immigré», dans leur utilisation courante, renvoient généralement aux mêmes personnes : des travailleurs ayant quitté leur terre natale pour s’installer dans un autre pays. Pourtant, selon certains, les deux termes ne désignent pas nécessairement les mêmes populations.
«Les Africains sont des immigrés. Les Arabes sont des immigrés. Les Asiatiques sont des immigrés. Les Européens, eux, sont des expats, parce qu’il ne saurait être question de les placer au même niveau que les autres. Ils sont supérieurs. “Immigré” est un terme destiné aux races inférieures», affirme le blogueur togolais Mawuna Remarque Koutonin dans une chronique reprise par The Guardian et Courrier international.
Pour étayer ses propos, il cite l’exemple d’un travailleur africain anonyme. «Je travaille pour des organisations multinationales, aussi bien dans le secteur privé que dans le secteur public. Mais étant noir ou de couleur, je n’ai pas droit au terme d’“expat”. Je suis un immigré hautement qualifié, comme ils disent pour être politiquement correct».
L’exemple de la dynamique entre les communautés à Hong Kong est, à ce titre, éloquente. Dans cette ancienne colonie britannique où «tout le monde semble venir d’ailleurs», selon l’écrivain canadien Christopher DeWolf, «certains arrivants sont considérés comme des expats, alors que d’autres sont des immigrants et certains, de simples migrants», explique-t-il dans un blogue consacré aux expatriés dans le Wall Street Journal.
Là-bas, dit-il, «les domestiques philippins ne sont que des invités, même s’ils sont là depuis des décennies». À l’inverse, «quiconque a des racines occidentales est considéré comme un expat».
Ruchika Tulshyan rejette l’affirmation selon laquelle le mot «expatrié» dénote un préjugé racial. Cette journaliste, qui se considère comme une nomade planétaire («global nomad») – elle est née à Singapour de parents indiens, et a étudié à Londres et à New York, avant de s’installer à Seattle –, affirme qu’il s’agit d’un mot imparfait servant de «raccourci pour un concept beaucoup plus nuancé que “personne-riche-et-blanche-vivant-à-l’étranger-sans-désir-de-s’intégrer”».
Dans le Wall Street Journal, elle explique que le terme «expat» soulève plutôt une discrimination socioéconomique : certains utiliseraient ce mot et cette distinction comme une manière de s’élever au-dessus du statut d’immigrant. «Les expatriés n’hésiteraient pas à changer de pays si une meilleure opportunité économique se présentait, alors que la plupart des immigrants déménagent avec l’intention de prendre durablement racine dans leur nouveau chez-soi».
La distinction entre «expat» et «immigré» se fait en fonction de la classe sociale et du statut économique, acquiesce Christopher DeWolf, qui considère cela comme une façon rétrograde de voir les choses. «L’interprétation plus contemporaine du terme “expat” a davantage à voir avec les privilèges. Les expatriés sont libres d’errer entre les pays et les cultures, des privilèges qui ne sont pas octroyés à ceux qui sont considérés comme des immigrants où des travailleurs migrants.»
Malgré tout, à Hong Kong comme ailleurs, le pays d’origine reste déterminant pour distinguer les expatriés des immigrés, note-t-il.
 «Même si un domestique étranger passe le reste de sa vie à Hong Kong, il/elle a peu de chance de se voir accorder la résidence permanente. À l’inverse, Hong Kong m’offrira l’ensemble de ses droits et de ses protections une fois que j’y aurai vécu sept ans – mais j’ai souvent le sentiment qu’il n’y a pas beaucoup d’attente de réciprocité, au contraire des États-Unis, où l’on attend des immigrants qu’ils apprennent l’anglais et adoptent un certain ensemble de valeurs.»


Daniel Vézina : toujours plus haut

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Daniel Vézina en compagnie de sa fille, Laurie-Alex. – Photo : Catherine Genest
Daniel Vézina — le Gordon Ramsay du Québec, mais en plus gentil — n’a pas chômé depuis la fin du tournage de la cinquième saison de l’émission Les Chefs ! Exilé dans son refuge de Tewkesbury (à une trentaine de minutes de Québec), il a planché sur de nouveaux projets d’écriture tout en s’entraînant assidûment pour l’aventure d’une vie.
Art_de_vivre
Le Kilimandjaro
Au moment d’écrire ces lignes, Vézina réalise en effet l’un de ses plus grands défis personnels : l’ascension du mont Kilimandjaro, une aventure qu’il réalise avec sa fille Laurie-Alex (24 ans) et une vingtaine d’amis dans le but d’amasser des fonds pour la Fondation Vieux-Rêves et la Fondation Gilles Kègle.
«J’ai à cœur de soutenir les personnes âgées qui vieillissent seules. Ça me touche profondément. J’avais aussi envie de faire quelque chose de significatif en compagnie de ma fille», indique celui qui est président d’honneur de l’Expédition Kilimandjaro 2015 et qui sera de retour au Québec le 23 juin prochain.
Diffuser les connaissances
Outre ce projet personnel, la transmission du savoir reste une priorité pour le chef de 54 ans, qui enseigne ses techniques de cuisine dans un atelier-école adjacent à son restaurant de Québec, en plus de publier régulièrement des livres de recettes. Selon Daniel Vézina, la passion de la cuisine se partage comme on partage un bon repas avec les amis, une discussion autour du feu ou l’aventure d’une vie.
Pour cet homme-orchestre qui exploite deux succursales du restaurant Laurie Raphaël (le premier à Québec, le deuxième à Montréal), la transmission, c’est aussi une histoire de famille. Ainsi, sa femme Suzanne et leurs deux enfants s’impliquent tous les trois à leur manière dans le business familial.
Chef à l’établissement de Québec, Raphaël, le fils, suit par exemple les traces du père en mettant en valeur de façon originale le terroir québécois. Le jeune homme de 27 ans multiplie les collaborations avec les producteurs locaux, jouant de créativité avec le pigeonneau de Marieville ; les fromages artisanaux de l’île d’Orléans ; les fleurs comestibles de Madame Allison, en Beauce ; le foie gras de la Ferme Basque de Charlevoix ; les carottes de couleur et les minibetteraves de cette même région…
Après tout, «la pomme ne tombe jamais bien loin de l’arbre», dit le proverbe.

Le poison des OSBL municipaux

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Photo : Jeangagnon/Wikimedia Commons C.C. 3.0
Le dernier rapport du vérificateur général de Montréal, Jacques Bergeron, montre à quel point la création d’organismes sans but lucratif (OSBL) est pernicieuse pour les citoyens et payeurs de taxes, à partir du cas de Technoparc Montréal.
Politique
Technoparc, anciennement confiné au territoire de la ville de Saint-Laurent, a juridiction sur l’ensemble du territoire montréalais depuis 2009, afin d’appuyer l’implantation et la mise sur pied de sociétés de technologie et de centres de recherche.
La Ville de Montréal jette l’argent par les fenêtres pour soutenir cet OSBL, à raison de 2,6 millions de dollars par année pour la période 2013-2017, pour un total de 13 millions. Sans la contribution de la Ville, Technoparc ferait banqueroute. En 2012 et 2013, l’OSBL a tiré respectivement 99 % et 97 % de ses sources de revenus récurrentes de la Ville de Montréal.
Et les résultats ? Impossibles à évaluer. En cette ère post-commission Charbonneau, Technoparc évolue dans une inexplicable opacité.
Cherchez les résultats financiers détaillés de l’organisme dans son site Internet : vous ne les trouverez pas. Dans son rapport annuel, le vérificateur général consacre un chapitre entier au cas de Technoparc, dont il a scruté les activités de 2012 à 2014. Les conclusions sont dérangeantes.
Personne, à la Ville de Montréal, ne se soucie des façons de faire de Technoparc dans l’utilisation des fonds publics. Il n’y a «aucun suivi», «aucun mécanisme de reddition de comptes» pour des dépenses totalisant 13 millions, constate Jacques Bergeron.
«Étant donné que Technoparc Montréal est largement subventionné par la Ville et que sa survie en dépend, il pourrait être légitime de s’interroger sur les raisons pouvant justifier que les fonds publics municipaux ne sont pas assujettis à la même rigueur, à la même prudence et au même encadrement que ceux utilisés directement par les différents services municipaux», écrit le vérificateur général dans son rapport.
La Ville de Montréal a fourni des explications, qui sont la caricature même des dysfonctions d’une grande bureaucratie. Le Service du développement économique a imputé la responsabilité du suivi budgétaire au Service des finances. Et le Service des finances a renvoyé le fardeau au Service du développement économique (le véritable porteur du dossier, selon le vérificateur général).
Alors que les fonctionnaires municipaux doivent justifier le moindre café espresso sur leurs comptes de dépenses, la Ville perd de vue 13 millions de dollars. C’est une goutte d’eau coupée en quatre dans le budget de 4,88 milliards de la Ville de Montréal, mais là n’est pas la question.
À quoi servent les OSBL, si ce n’est pour perdre la trace des fonds publics et abandonner tout espoir d’une reddition de comptes digne de ce nom ?
Toujours selon le rapport du vérificateur général, Technoparc Montréal a fait un piètre usage de ces fonds. L’intégrité de ses administrateurs n’est nullement remise en question, mais ils ne sont certainement pas des modèles en matière de gouvernance. La composition du conseil n’est pas conforme aux lettres patentes de l’organisme, les règles d’éthique et de déontologie ne sont pas toujours suivies, il n’y a aucun mécanisme de concertation pour coordonner les interventions des différents partenaires en matière de développement, le laxisme prévaut dans le remboursement des comptes de dépenses, etc.
Le vérificateur général et son équipe ont beau chercher, ils ne sont pas en mesure d’évaluer les retombées positives de Technoparc sur l’économie montréalaise. «L’absence de critères d’évaluation et de reddition de comptes rend difficile l’appréciation des retombées économiques réelles attribuables à Technoparc», constate le vérificateur général.
L’organisme est impliqué dans plusieurs dossiers, dont celui du quartier de la santé, autour du site du nouveau CHUM. Il entre en concurrence avec d’autres organismes, dont le Service du développement économique. Il est anormal qu’il puisse continuer de vivre aux crochets des payeurs de taxes montréalais.
L’administration Coderre a annoncé que le Service du développement économique fera la suivi approprié pour renforcer à court terme la gouvernance et la gestion administrative de Technoparc.
À long terme, une réflexion s’impose sur la pertinence des OSBL en milieu municipal. Quand les élus perdent de vue la gestion et le contrôle de fonds publics, dans ces organismes réputés pour leur opacité, il n’en sort jamais rien de bon pour les citoyens.

Pourquoi les Québécois déménagent-ils le 1er juillet ?

Cette année encore, plus de 200 000 Québécois déménageront le 1er juillet, pendant que le reste du pays célébrera la fête du Canada.
Pourquoi sont-ils si nombreux à entrer dans la valse des boîtes ? D’où vient cette étrange habitude, qui fait sourciller le reste du monde ? Quelles en sont les répercussions sur l’industrie du déménagement ?
Retour sur une tradition dont les origines remontent… à plus d’un siècle !

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Waterloo, une «morne plaine» qui a 200 ans

Art_de_vivreIl y a cinq ans, j’ai eu la chance d’assister à l’une des plus grandes reconstitutions historiques de l’une des plus célèbres batailles d’Europe : celle de Waterloo, où l’armée de Napoléon s’est inclinée devant celle du duc de Wellington et de ses alliés.
À cette occasion, tous les spectateurs présents avaient eu droit aux impressionnants mouvements de troupes de 3 000 figurants, tous costumés et tous convaincus du sérieux de leur rôle, rendu avec un criant réalisme.
Pour souligner le bicentenaire de cette bataille décisive, la même reconstitution aura lieu en fin de semaine, mais avec encore plus de figurants : pas moins de 5 000 d’entre eux seront déployés, aux côtés de 300 chevaux et de 100 pièces d’artillerie. On pourra suivre le tout en temps réel sur Internet (http://ift.tt/1BntIEU), vendredi et samedi, de 20 h à 22 h — heure de Waterloo (de 14 h à 16 h au Québec).
Crédit: Waterloo 2015
Crédit : Waterloo 2015
Tout au long de la fin de semaine, plus de 200 000 visiteurs seront attendus, dont des dizaines de milliers venus de l’étranger, y compris de France — exception faite de François Hollande et de Manuel Valls, qui brilleront par leur absence, même si cette reconstitution sera la plus grande jamais orchestrée en Europe.
Dès le 18 juin (la date officielle de la bataille, en 1815), des bivouacs prendront place sur le site, pour «se plonger dans la vie quotidienne des régiments», alors qu’on présentera un spectacle son et lumières tard en soirée (à 22 h 45, heure locale).
En attendant les prochaines reprises historiques, qui reviendront à tous les quatre ans (alors que la prochaine commémoration aura lieu en 2025), il existe plusieurs moyens de revivre Waterloo au-delà des commémorations de cette année.
D’abord, le Mémorial 1815 du site — fraîchement rénové et rouvert depuis le 22 mai — présente désormais un film en 4D «avec des odeurs de poudre», sur un écran panoramique. Les spectateurs y ont carrément l’impression de prendre part aux affrontements, sur le terrain.
Sur place, on peut aussi visiter le Musée Wellington, qui loge dans l’ancien quartier général du vainqueur de la bataille et qui présente divers objets personnels, des gravures, des armes d’époque, etc. Une autre exposition y décrit la célèbre bataille, à grands renforts de diagrammes lumineux.
Enfin, à Bruxelles, le Musée royal de l’Armée et de l’histoire militaire présente pour sa part l’exposition Waterloo 1815-2015 — Le défi à l’Europe jusqu’au 31 octobre.

Pour plus d’infos, consultez le programme officiel de la commémoration.
Pour avoir droit à un résumé de la bataille en quelques minutes, visionnez la vidéo préparée par le Nouvel Observateur.



mardi 16 juin 2015

David Altmejd expose au Musée d’art contemporain de Montréal

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David Altmedj dans son atelier, à New York, où il travaille depuis une dizaine d’années. (Photo : Lance Brewer)
Sa plus récente expo, Flux, s’ouvre sur une œuvre qui ne laisse pas indifférent : le buste d’une femme dont le visage est absent, comme troué par un obus. Malgré la violence qui s’en dégage, la pièce, qu’on pourra voir au Musée d’art contemporain à compter du 20 juin, représente l’une des personnes qui comptent le plus pour le sculpteur : Sarah, sa propre sœur. Bienvenue dans l’univers singulier de David Altmejd (prononcez « Altmaid »), né à Montréal il y a 40 ans et devenu, malgré son aversion pour les plans de carrière et une personnalité effacée, l’une des stars internationales de l’art contemporain. 
Sarah Altmejd (portrait sculpté de la soeur de l'artiste), 2003.
Sarah Altmejd (portrait sculpté de la sœur de l’artiste), 2003.
Ce trou, celui qu’il a infligé au visage de sa sœur — au figuré, il va sans dire — comme à plusieurs des êtres mi-humains, souvent colossaux, qui jalonnent son œuvre, David Altmejd le voit d’abord comme quelque chose de positif. En détruisant la personne « qu’il aime le plus au monde », soutient-il, il crée une tension entre horreur et affection. Il provoque, surtout, la réflexion. « Ce néant ouvre sur l’infini, pour moi. J’aime ce contraste entre la violence apparente et l’aspect paisible de la sculpture, l’amour voué au sujet. Le trou évoque une explosion, mais aussi le passage entre deux espaces, il laisse entrer la lumière. »
On retrouve également ce motif dans L’œil, la sculpture de David Altmejd qui se dresse à l’angle des rues Sherbrooke et Crescent depuis 2011, devant le Musée des beaux-arts de Montréal, sorte d’Icare de bronze troué au ventre, lui. Quant à ce que ce trou veut dire exactement, l’artiste laisse le soin à celui qui regarde d’en décider. « C’est une ouverture, justement. Un espace que je laisse pour l’imagination. D’ailleurs, contrairement à d’autres artistes, je refuse que mon travail serve à dire une chose en particulier. Ce serait le limiter à un outil de communication. Je veux que chacun puisse y entrer ; que l’œuvre ne contienne pas un sens, mais génère un sens. »
Sculpture jazz
Cet espace d’ouverture, David Altmejd aimerait l’étendre à la notion même d’exposition, lui qui s’attriste de voir autant de gens se méfier de l’art contemporain. Son rêve ? Que devant les grandes structures de miroir et de plexiglas qui ont fait sa renommée, que devant ses géants de plâtre et de métal, le public se laisse fasciner, sans trop se poser de questions. « J’ai l’impression que les gens sont souvent sur la défensive, dans un musée d’art contemporain. Qu’ils crai­gnent quelque chose. J’aime­rais tant qu’ils aient dans un musée la même disponibilité qu’ils ont durant une marche en forêt : on peut être ému par une plante, un arbre, sans comprendre leur fonctionnement ! »
Lui-même ne cherche pas à tout déchiffrer. Étranger à la notion de croquis préparatoire comme à celle de plan de carrière, Altmejd improvise continuellement, se laisse guider par la matière, comme un jazzman. Dans son atelier de New York, où il vit depuis une dizaine d’années, il essaie, se trompe, recommence. « C’est dans le contact physique avec les matériaux que des motifs font leur apparition, des animaux, des têtes humaines… L’aspect structuré de mon travail, presque architectural, qu’on souligne sans arrêt, il découle de ces motifs. C’est d’abord un support, une sorte d’échafaudage. J’ai fini par lui donner un rôle artistique, mais ce n’était pas prévu ! »
Loin de l’artiste qui pontifie, Altmejd a la même attitude jusque dans la parole. Il ouvre des parenthèses, ne les referme pas toujours, suspend sa phrase — « Ah non, cette idée-là n’a pas de sens », dira-t-il deux ou trois fois durant l’entretien. « Je sais que j’ai parfois du mal à expliquer, admet-il. C’est qu’à mes yeux rien n’est figé, il n’y a qu’une chose qui compte : la sculpture que je suis en train de faire. Où je m’en vais exactement, je n’en ai aucune idée, et je crois que c’est très bien comme ça ! »
Après tout, si le vide n’est jamais qu’un lieu de passage vers autre chose, pourquoi s’en effrayer ? (Du 20 juin au 13 septembre)

La malbouffe au régime ?

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Photo : Yuri Long/Flickr/Wikimedia Commons CC. 2.0
Et si l’on arrêtait de malbouffer ? De faire régulièrement le plein de calories vides ? D’avaler à toute vitesse des solides et des liquides bourrés de gras et de sucre ? Bref, et si l’on arrêtait de bouffer plutôt que de manger ?
Art_de_vivre
Je ne dis pas qu’un hamburger-frites ou un hotdog steamé, savourés dans une cabane à patates quelque part sur la route des vacances, soient à proscrire. À juste titre, Émilie Villeneuve et Olivier Blouin ont célébré le charme rétro des casse-croûtes du Québec dans leur fort sympathique Moutarde chou, un livre all-dressed publié il y a trois ans aux éditions Cardinal.
Mais quand 76 % des jeunes Québécois consomment «régulièrement» des sucreries, 64 % des collations salées et 52 % des mets frits — comme l’a montré une enquête du Réseau du sport étudiant du Québec réalisée auprès de 10 000 jeunes —, il faut s’inquiéter. Il faut aussi s’inquiéter quand, selon la même enquête, à peine la moitié d’entre eux mangent chaque jour des fruits frais et des légumes.
D’autant plus que si les jeunes mangent mal, les adultes ne sont évidemment pas en reste. Le pèse-personne ne ment pas. Les Centers for Disease Control calculent qu’aux États-Unis, les femmes pèsent aujourd’hui en moyenne 166,2 livres, soit exactement ce que pesaient les hommes au début des années 1960. Quant aux hommes, ils ont gagné près de 30 livres au cours de la même période. Pas seulement à cause de la malbouffe — le manque d’activité physique y est aussi pour quelque chose. Mais beaucoup à cause d’elle.
Fait intéressant : le junk food commencerait à reculer au pays même où il est né, raconte l’hebdomadaire français L’Obs dans un dossier récent. Aux États-Unis, McDonald’s vient de connaître neuf trimestres consécutifs de baisse des ventes. Coca-Cola a annoncé 1 800 licenciements. L’an dernier, Kraft a vu ses profits fondre comme fromage sous le gril, avec une baisse de 62 %. Forcée de se mettre au goût du jour, elle a promis de ne plus ajouter de colorant artificiel dans son légendaire mac & cheese, colorant qui le rendait, dit l’hebdo, «d’un bel orange radioactif».
Les consommateurs américains seraient-ils en train de prendre un exemplaire virage santé ? Les salades et l’eau commenceraient-elles à gagner droit de cité sur leurs comptoirs de bouffe-minute, comme on commence à le voir ici ? Difficile d’affirmer que ces faits sont annonciateurs d’une véritable tendance. Mais l’expérience de McDo France est révélatrice : plus 2,6% de chiffre d’affaires en 2014 par rapport à l’année précédente. Comment ? En misant sur la qualité, le goût, le léger, le local, voire le gastronomique. Donc, en francisant la franchise. Autre signe des temps, note L’Obs, la restauration rapide à la française mise sur le haut de gamme et gagne. Comme dit une chaîne qui a fait ce pari, Big Fernand : «Arrêtez de bouffer des burgers, mangez des hamburgés !».
Ce n’est qu’un début, bien sûr. Mais la guerre contre la malbouffe se gagnera petit à petit — une bouchée (de moins) à la fois.

Grèce : la faute aux prêteurs ?

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Photo : Pixabay
Rien ne va plus depuis la rupture des négociations, dimanche, entre la Grèce et ses créanciers.
Blogue Economie
Le premier ministre grec ne mâche pas ses mots envers le Fonds monétaire international (FMI), la Banque centrale européenne (BCE) et ses partenaires de la zone euro — soit directement, soit par l’entremise du Fonds européen de stabilisation financière. Tous, ils humilieraient la Grèce, pilleraient le pays et l’étrangleraient financièrement. Alexis Tsipras prête même une «responsabilité criminelle» au FMI, rapporte le quotidien Les Échos.
On connaît l’enjeu. La Grèce est accablée par une dette de 321,7 milliards d’euros, ce qui correspond à 177 % de son PIB.
Chaque remboursement d’un prêt venant à échéance est réalisé grâce à l’obtention d’un nouveau prêt consenti par le même groupe de créanciers.
Par exemple, la Grèce doit rembourser 8,3 milliards d’euros au FMI et à la BCE entre le 30 juillet et le 20 août, une somme qui ne peut être acquittée sans le déblocage d’un crédit de 7,2 milliards de dollars déjà consentis, mais remis en question si le pays ne respecte pas certaines conditions.
Jusqu’à 80 % de la dette grecque est détenue par des partenaires publics voulant s’assurer que le gouvernement d’Athènes réalise les économies budgétaires qui lui permettront de rembourser ses prêts plus facilement et le mettront finalement à l’abri d’un défaut de paiement.
De son côté, le gouvernement grec soutient que les conditions exigées par ses prêteurs se traduisent forcément par des mesures d’austérité insoutenables pour la population et qui empêchent de surcroît la croissance économique, de meilleures rentrées fiscales et une meilleure gestion de sa dette publique.
Par exemple, le gouvernement grec craint que la hausse de taxe de vente exigée par les créanciers européens nuisent à la compétitivité du tourisme et prive conséquemment le pays de précieuses rentrées d’argent. La diminution des pensions, une autre demande européenne, aurait aussi des répercussions sur la consommation et l’économie.
Les créanciers ont perdu confiance dans la capacité de la Grèce à faire le ménage et à rétablir sa situation. Dans le Financial Times, on se demande : comment se fait-il que la Grèce a un budget militaire si élevé et qu’elle semble toujours avoir assez d’argent quand il s’agit d’acheter des sous-marins ou de remplacer des avions ?
La Grèce dépense l’équivalent de 2,5 % de son PIB pour ses dépenses militaires, comparativement à 1 % pour le Canada ou à 1,3 % pour l’Allemagne. L’armée grecque embauche 3 % de la main-d’œuvre totale du pays, soit proportionnellement 10 fois plus que le Canada, 7,5 fois plus que l’Allemagne et plus de trois fois plus que les États-Unis.
Le gouvernement grec défend sa souveraineté et sa légitimité, puisqu’il a été élu avec un programme antiaustérité.
Les gouvernements européens rétorquent qu’ils sont eux-mêmes redevables envers leurs électeurs et contribuables, et que c’est grâce à leur intervention et à leurs engagements financiers que la Grèce ne s’est pas encore retrouvée en défaut de paiement. Ce n’est quand même pas de leur faute si les gouvernements grecs successifs ont accumulé cette dette en trichant sur leurs comptes, en dépensant au-delà des moyens du pays et en ne récoltant pas les recettes fiscales nécessaires.
L’impasse est donc totale.
Alexis Tsipras monte le ton et nargue ses partenaires en assistant, cette semaine, à une conférence internationale qui a lieu à Saint-Pétersbourg, en présence de Vladimir Poutine.
Les Européens paraissent excédés, et on semble envisager plus sereinement — surtout en Allemagne — une sortie de la Grèce de la zone euro. La dette grecque est détenue par des institutions publiques et ne peut plus affecter les grandes banques européennes comme c’était le cas il y a quelques années. La dette grecque ne représente aussi que 3 % du PIB européen.
En attendant le dénouement du dernier acte de cette tragédie amorcée en 2008-2009, le prix des obligations grecques sur deux ans frôle les 30 % et les marchés financiers, surtout européens, sont nerveux.
La sortie de l’euro — la Grexit, comme on la surnomme — ne se fera pas sans heurts, et elle soulève plusieurs questions juridiques et financières. Elle créerait un précédent que les Européens ne souhaitent pas.
Pour la Grèce, le défaut de paiement est une aventure encore plus périlleuse. Les banques grecques seraient fragilisées ; de nombreux Grecs voudront sans doute transférer leur argent hors du pays ; une nouvelle monnaie serait dépréciée face à l’euro ; et un pays en situation de défaut aura du mal à se financer.
La suite du feuilleton jeudi, alors que les ministres européens des Finances se retrouvent au Luxembourg.

Trois mots technos de l’OQLF dans le Petit Larousse illustré

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Photo : Getty Images
Si vous mettez la main sur le Petit Larousse illustré 2016, jetez un coup d’œil aux lettres «E», «I» et «M» pour y découvrir les définitions d’«égoportrait», «infonuagique» et «mot-clic».
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Propres au Québec, ces mots technos ont été ajoutés dans l’ouvrage de référence à la suggestion de l’Office québécois de la langue française (OQLF). Ce sont les équivalents respectifs de selfie, cloud computing et hashtag.
Trois autres termes proposés par l’OQLF font également leur entrée dans le dictionnaire. Il y a «antépisode», qui désigne un prequel, ainsi que «breffer» et «breffage», les mots appropriés en français pour brief et briefing.
Reste à voir si «perche à égoportrait», «au-delà numérique», «webrepérage», «visionnage en rafale» et «déballage vidéo» — les mots suggérés par l’OQLF et les lecteurs de L’actualité pour désigner selfie stick, digital afterlife, webrooming, binge watching et unboxing — trouveront eux aussi leur place dans une édition future du Petit Larousse illustré.

Un amoureux fou de Montréal s’éteint avec Jean Doré.

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Jean Doré en 1986. – Photo : Bill Grimshaw/La Presse Canadienne
Jean Doré a pu constater de son vivant l’empreinte qu’il a laissée sur Montréal. Quelque 300 personnes — pour l’essentiel des militants de la première heure du Rassemblement des citoyens et des citoyennes de Montréal (RCM) — lui avaient rendu hommage, le 14 décembre dernier, pour marquer à la fois le 40e anniversaire de la formation et les 70 ans de l’ancien maire.
Politique«Nous étions et nous sommes encore une belle gang de fous amoureux de notre ville, Montréal», avait lancé M. Doré, déjà condamné par un impitoyable cancer du pancréas.
L’annonce de sa mort, lundi, a amputé la «gang de fous» de son plus bel ambassadeur. Maire de Montréal de 1986 à 1994, Jean Doré a présidé à la reconstruction de Montréal, passée d’une ville portuaire et industrielle en déclin à une ville à l’échelle de ses résidants sous sa gouverne.
Jean Doré et le RCM ont marqué l’histoire de Montréal plus que toutes les administrations municipales qui leur ont succédé. André Lavallée, qui avait pris la tête du RCM à la suite de la défaite de Jean Doré, en 1994, relate dans ce texte tout le chemin parcouru par la métropole grâce au maire à l’éternelle moustache.
Le RCM, un parti progressiste porté par la force de ses idées et de ses militants de tous les horizons politiques, a vu le jour en 1974, alors que Jean Drapeau régnait encore en autocrate sur une ville en perte de vitesse. Le RCM était aux années 1970 et 1980 ce que Projet Montréal est aujourd’hui : un véritable parti politique (et non une coalition spontanée fondée autour d’un chef) animé par des militants qui avaient à cœur de redonner la ville à ses citoyens.
Le RCM émerge alors que Montréal accuse une certaine fatigue. La ville perd son titre de capitale économique au profit de Toronto. En raison du déclin irrémédiable des activités portuaires et industrielles, le centre-ville est «truffé de terrains vacants, comme au lendemain d’un bombardement», écrit André Lavallée.
D’abord confiné au rang de parti d’opposition pendant trois cycles électoraux (1974, 1978 et 1982), le RCM fait une entrée fracassante à l’hôtel de ville en 1986. L’administration Doré innove en présentant une équipe de candidats hétéroclite (hommes, femmes, syndicalistes, hommes d’affaires, gens de gauche et de droite, anglophones, francophones, etc.). Le RCM jette les bases d’une nouvelle façon d’envisager la politique municipale. Elle deviendra l’affaire de tous les Montréalais.
L’élection de Jean Doré marque le début d’un long travail de modernisation et de démocratisation de la Ville de Montréal. Il nomme la première femme à la présidence du comité exécutif (Léa Cousineau), un geste symbolique qui annonce a fin de l’hégémonie masculine sur les affaires de la cité.
Les Montréalais doivent notamment à Jean Doré la naissance du quartier international, la revitalisation du Vieux-Montréal et de l’Île Sainte-Hélène, la création des bureaux Accès Montréal (une initiative de décentralisation), l’adoption d’un premier plan d’urbanisme, l’élaboration de politiques de mixité sociale dans les quartiers résidentiels, l’aménagement des premières pistes cyclables et des premières voies réservées aux autobus, la création d’un bureau de consultation publique (pour favoriser la participation citoyenne), la fermeture de l’ancienne carrière Miron, la création d’un service de la culture, etc.
En dépit des turbulences de la dernière décennie, alors que Montréal a traversé l’épreuve des fusions et des défusions, l’esprit des réformes mises de l’avant par l’administration Doré demeure vivant. Il a doté Montréal d’institutions démocratiques qui ont permis aux résidants d’avoir leur mot à dire dans le développement de la ville. Un héritage précieux, fragile, qu’il faudra préserver contre les tentations autocratiques qui sont indissociables de l’exercice du pouvoir.
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lundi 15 juin 2015

Comment Jean Doré imaginait Montréal en 1990


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DE NOS ARCHIVESSur cette photo datant du 15 février 1990, Jean Doré (à droite) recevait des mains du fondateur de L’actualité, Jean Paré (à gauche), le premier numéro bimensuel du magazine, à l’occasion d’un lancement organisé à la Place des Arts de Montréal. (Photo : ©Shaney Komulainen/La Presse Canadienne)

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L’ancien maire de Montréal Jean Doré est décédé à l’âge de 70 ans

MONTRÉAL – Jean Doré, qui a été maire de Montréal pendant deux mandats, de 1986 à 1994, est décédé lundi d’un cancer du pancréas à l’âge de 70 ans.
M. Doré avait appris l’an dernier qu’il était atteint de ce cancer très souvent incurable.
Né en 1944 à Montréal, Jean Doré avait amorcé son engagement politique à l’Université de Montréal, à la présidence de l’association étudiante en 1967. Il sera ensuite attaché de presse du chef du Parti québécois René Lévesque lors de la campagne électorale de 1970, puis dirigera la Fédération des associations coopératives d’économie familiale de 1972 à 1975.
En 1978, il anime à Radio-Québec et à la Télé-Université une série d’émissions qui démontent la mécanique de l’industrie publicitaire.
Membre fondateur en 1974 du Rassemblement des citoyens de Montréal, Jean Doré sera finalement élu maire en 1986, alors que Jean Drapeau quitte la vie politique après 26 ans à l’hôtel de ville.
L’administration Doré contribue alors, notamment, à l’inclusion des femmes dans les hautes sphères de l’hôtel de ville, à l’allégement des procédures à la période de questions orales des citoyens aux séances du conseil, et à la création des «arrondissements». C’est aussi cette administration qui créera les guichets uniques Accès Montréal et le Bureau de consultation de Montréal.
En 1990, Jean Doré et le RCM, reportés au pouvoir, marquent un autre jalon dans l’histoire municipale en nommant une première femme, Léa Cousineau, au poste stratégique de présidente du comité exécutif. C’est aussi pendant ce deuxième mandat que l’administration Doré crée sur l’île Notre-Dame un lac et sa plage de sable fin, que bien des Montréalais appellent encore aujourd’hui «la plage Doré».
Défait par Pierre Bourque aux élections de 1994 puis à nouveau en 1998, sous la bannière d’Équipe Montréal, Jean Doré quitte alors définitivement la vie politique active.
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Feu vert à l’iPad durant les examens

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Photo : Pixabay.com
Cette année, pour la première fois, les élèves de 5e secondaire du collège Jean-Eudes, à Montréal, ont pu apporter leur iPad en salle d’examen et consulter l’application Antidote Ardoise pendant l’épreuve d’écriture de fin d’année du ministère de l’Éducation. Le collège a obtenu une autorisation du Ministère pour que ses élèves puissent utiliser cet outil technologique, auquel la majorité des autres jeunes du Québec n’ont pas (encore) accès.
La toute première autorisation de ce type a été accordée il y a trois ans, m’a précisé une porte-parole du ministère de l’Éducation. Quatorze établissements scolaires l’ont obtenue cette année.
Contrairement au correcteur orthographique Antidote, installé sur bien des ordinateurs, l’application Antidote Ardoise ne donne pas les réponses toutes cuites dans le bec. Il s’agit plutôt d’un ensemble de dictionnaires et de grammaires numériques, dans lesquels il faut chercher les mots et les explications, comme dans n’importe quel autre ouvrage de référence. En réalité, ce n’est pas si différent de ce que font les autres élèves, qui ont eux aussi droit au dictionnaire et à la grammaire pendant l’examen du Ministère, qui consiste à rédiger un texte.
Taper un mot sur sa tablette pour en vérifier l’orthographe, c’est tout de même plus rapide que de fouiller dans les 2 000 pages du Petit Larousse. Michelle Sarrazin, directrice des Services pédagogiques de Jean-Eudes, ne le nie pas, mais elle est convaincue que c’est l’attitude, le savoir-faire et les connaissances du jeune qui comptent, bien plus que l’outil utilisé.
Cette ancienne enseignante de français l’a constaté dans ses classes. « Il y a des élèves qui sont motivés à chercher dans le dictionnaire, d’autres qui ne le sont pas. Il y a des élèves rapides et d’autres qui le sont moins. Il y a des élèves qui doutent de l’orthographe des mots et d’autres qui ne doutent pas. Ces derniers ne cherchent pas, peu importe l’outil à leur disposition ! »
Le ministère de l’Éducation s’est rendu aux arguments présentés par le collège. Il a estimé que l’utilisation de l’iPad n’engendrait pas un avantage indu et a accordé l’autorisation, à condition, bien sûr, que les élèves n’aient pas accès au Wi-Fi et qu’ils utilisent uniquement l’application Antidote Ardoise, et non l’ensemble du contenu de leur tablette (à Jean-Eudes, les appareils sont en mode verrouillé, pour que les élèves ne puissent sortir de l’appli). L’an dernier, un représentant du Ministère a observé le déroulement de l’épreuve dans quelques établissements pour s’assurer du respect des conditions.
Si ces écoles tenaient tant à obtenir ces autorisations, c’est pour accélérer la révolution numérique dans le milieu de l’éducation. Il y a trois ans, une quinzaine d’écoles privées et deux commissions scolaires introduisaient la tablette en classe auprès d’environ 5 000 élèves ; aujourd’hui, on estime qu’ils sont 70 000 à avoir une tablette dans les mains tout au long de l’année scolaire. Logiquement, l’étape suivante consistait à pouvoir utiliser cet outil lors des examens.
Le Ministère avait d’ailleurs prévu le coup. Dans son document officiel au sujet de l’épreuve finale de français de juin 2015, le dictionnaire électronique figure encore dans la colonne du matériel non autorisé. Mais une note en bas de page précise que « le Ministère examine actuellement la possibilité d’autoriser une utilisation balisée de certains dictionnaires électroniques ». La note indique toutefois que « seuls des cas particuliers pourraient faire l’objet d’une entente ». Les autorisations sont donc encore données au compte-gouttes.
Le ministère de l’Éducation comprend que l’école québécoise est à la croisée des chemins. « De plus en plus, le coffre à outils de l’élève est composé d’outils technologiques. C’est pourquoi, pour rendre justice à l’élève, lors de l’évaluation de ses apprentissages, on doit lui permettre l’utilisation de ses outils d’apprentissage », m’a répondu Esther Chouinard, porte-parole du ministère de l’Éducation, quand je lui ai demandé pourquoi le Ministère avait décidé d’autoriser Antidote.
Les examens de fin d’année sont sans doute mûrs pour une réforme. Cela fait des années que des enseignants ayant adopté la technologie en classe pestent contre ces examens menés à l’ancienne, avec crayon et papier. Ils les accusent même d’être un frein majeur au virage numérique de l’école. Beaucoup de leurs collègues estiment en effet qu’il est plus important de préparer les élèves aux examens que de les préparer à utiliser les outils numériques dont ils se serviront dans la vraie vie.
Le Ministère vient de lui-même d’ouvrir une brèche dans ce grand principe.

vendredi 12 juin 2015

Pourquoi les billets d’avion pourraient coûter moins cher à partir de 2016

Blogue EconomieD’un océan à l’autre : plus facile à dire qu’à faire en avion. Ainsi va la complainte du voyageur canadien, qui a tout lieu de se sentir lésé s’il se compare à son voisin américain.
Rejoindre Vancouver depuis Montréal, par exemple, a un coût sensiblement plus élevé que faire le trajet New York – Los Angeles, même si les deux voyages sont comparables au niveau de la distance – 3 680 km entre les deux villes canadiennes, 3 935 km entre les deux métropoles américaines.
Une recherche non exhaustive l’atteste : un vol sans escale à bord d’Air Canada entre l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau et l’aéroport international de Vancouver, avec un aller le 1er août et un retour le 8 août, vaut 805 $ ; aux mêmes dates, le prix du billet sans escale New York – Los Angeles est de 545 $.
La tendance va même en augmentant si l’on cherche à voyager durant la première semaine des mois de septembre, octobre, novembre et décembre. Le trajet Montréal-Vancouver est systématiquement plus élevé – de 1,68 à 1,84 fois plus cher que son équivalent américain.
«Les tarifs aériens au Canada ont généralement baissé au cours des dernières années», relativise Greg Keenan, expert de l’industrie aérienne au Globe and Mail. Mais deux données font la différence au sud de la frontière : la concurrence et la demande.
«Le marché américain fait environ 10 fois la taille de celui du Canada, avec une demande très élevée sur chaque trajet. Les consommateurs profitent de la concurrence féroce entre les quatre grandes compagnies aériennes nationales et plusieurs transporteurs bon marché («low cost»)», explique Keenan.
La donne pourrait changer dès l’année 2016, avec l’arrivée sur le marché canadien de Jetlines, une compagnie aérienne très bon marché («ultra low-cost»). Sur le même modèle que l’européenne Ryanair et l’américaine Spirit Airlines, elle devrait attirer les clients avec ses tarifs défiant toute concurrence, ces derniers étant compensés par des options payantes – 20$ pour enregistrer une valise et 25$ pour embarquer avec un bagage à main.
Qui plus est, dans une industrie où de nombreux transporteurs se sont cassé les dents, deux autres compagnies envisagent de se positionner sur le même créneau dans un futur proche, Jet Naked et NewLeaf.
Il convient de noter que la différence entre les prix des billets au Canada et aux États-Unis est moins notable sur des vols courte distance. Un aller simple entre Toronto et Ottawa le 1er juillet prochain revient à 122 $, à peine 2 $ de plus qu’un billet pour un voyage équivalent entre New York et Washington.
Un point positif pour les voyageurs canadiens, sachant que sur ce genre de trajet, Air Canada ne fait pas face à la même demande ni à la même concurrence que ses homologues américains. En effet, les transporteurs étatsuniens se partagent 19 vols quotidiens entre Washington et les aéroports new-yorkais, alors qu’à elle seule, Air Canada effectue 16 vols par jour entre Toronto et Ottawa. Une mainmise qui ne se répercute donc pas sur les prix.


Explorer le fond des mers avec… Google Street View

Art_de_vivreAprès les centres des ski, le Transsibérien, les sentiers de randonnée, l’Antarctique et, bien sûr, les rues d’une infinité d’agglomérations du globe, Google Street View propose désormais de découvrir une quarantaine de sites sous-marins de la planète, tout en demeurant bien au sec.
Lancé pour souligner la Journée mondiale de l’Océan (le 8 juin), cet ajout vise à sensibiliser davantage les populations à la précarité des mers — en dévoilant non seulement les atours de sites subaquatiques aussi attrayants que ceux des Maldives, de Bali ou des Bahamas, mais aussi les ravages que crée l’élévation du niveau des mers ou l’augmentation de leur température, comme dans les Samoa américaines.

Captées en partenariat avec des organismes et instituts scientifiques (dont le Catlin Seaview Survey et le US National Oceanic and Atmospheric Administration), les prises de vue montrent également des sites de naufrage (comme l’Indonur, en Indonésie), des animaux (les lions de mer des Galápagos ou les raies des Komodo), des œuvres d’art (le Christ des Abysses, dans les Keys floridiennes) et une «pouponnière à corail» (également dans les Keys).
Ce n’est pas d’hier que Google s’intéresse aux océans : voilà au moins quatre ans que ses plongeurs-caméramen documentent les fonds sous-marins, et en 2013 déjà, Google Maps permettait d’explorer les eaux des Philippines, d’Hawaï et d’Australie, entre autres endroits. Les images qui viennent d’être dévoilées sont d’ailleurs les premières d’une longue série à venir, puisque Google a signé des ententes de partenariat avec d’autres organismes voués à la protection des mers.
Enfin, d’après Quartz, comme Google vient tout juste de lancer une nouvelle version de Cardboard (une sorte de visiocasque en carton créant un effet de réalité augmentée), il y a fort à parier que d’ici peu, on pourra vivre de réelles expériences d’immersion sous-marines — dans tous les sens du terme — simplement en utilisant son téléphone cellulaire…
Pour explorer le fond des mers, plongez ici.


Quand la philanthropie «améliore» la qualité d’un produit

Photo : iStockphoto
Photo : iStockphoto
Un produit est-il de meilleure qualité lorsque l’entreprise qui le commercialise verse des dons à une œuvre de charité ? Aux yeux de bien des gens, la réponse est oui, ont observé des chercheurs de l’Université Northwestern, en Illinois. C’est ce qu’ils appellent le « halo de bienveillance ».
Les deux spécialistes en marketing ont mis des consommateurs à l’épreuve. Résultat : un même vin avait meilleur goût quand on leur disait que le vignoble donnait à une œuvre de charité. Un produit blanchissant pour les dents, des chaussures de course et un traitement contre la calvitie présentaient de meilleurs résultats.
Mais attention, l’effet du « halo de bienveillance » diminue lorsque l’entreprise publicise de façon trop appuyée sa générosité.


Des budgets antijeunes ?

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Photo : Sean Kilpatrick/La Presse Canadienne
Le gouvernement fédéral a présenté son dernier budget comme celui des « réductions d’impôt pour les familles ». Le gouvernement québécois s’est quant à lui décrit comme « l’allié de la jeunesse » en défendant son plus récent budget.
Or, les chiffres montrent une tout autre réalité, dit Paul Kershaw, professeur de sciences politiques à l’Université de la Colombie-Britannique.
Ottawa et Québec ont plutôt sabré les dépenses destinées aux plus jeunes pour financer des programmes qui profitent aux aînés, dit-il. Kershaw a décelé la même tendance dans les budgets de l’Ontario, de l’Alberta et de ceux de toutes les autres provinces, qu’il a scrutés à la loupe (à l’exception de celui de l’Île-du-Prince-Édouard). « C’est un dur coup pour l’équité entre les générations », dit ce chercheur de 40 ans, fondateur de Generation Squeeze, un groupe de réflexion sur cette question.
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Paul Kershaw
Vous estimez que les derniers budgets de Québec et d’Ottawa sont « injustes » envers les jeunes. N’est-il pas normal que les gouvernements dépensent davantage pour les aînés ?
Oui, bien sûr. On sait qu’en vieillissant tout le monde est plus à risque de tomber malade et donc de recourir davantage au système de santé. Selon nos études, les gouvernements fédéral et provinciaux dépensent en moyenne 33 000 dollars par an par personne âgée de 65 ans et plus, contre moins de 12 000 par personne de 45 ans et moins. On ne s’attend pas à ce que l’État réduise ses dépenses pour les aînés au niveau de celles des jeunes. On ne veut pas non plus que les gens travaillent jusqu’à leur dernier souffle ! Il y aura toujours un écart, et c’est normal. Ce qu’on remet en question, c’est l’ampleur de cet écart, qui va en grandissant.
Pourquoi le gouvernement peut-il dénicher des sommes substantielles pour les aînés tout en soutenant que les coffres sont vides quand il s’agit de financer des programmes touchant les jeunes ?
Le dernier budget du Québec est très évocateur. Le gouvernement a trouvé de grosses sommes pour financer le système de santé pour la population vieillissante. Et il l’a fait en partie en augmentant de façon importante les frais de garderie, ce qui représente une ponction de près de 200 millions de dollars dans les poches des jeunes parents. Québec a dit qu’il n’avait pas les moyens de maintenir le tarif à 7,30 $ par jour. Mais il avait pourtant les moyens d’offrir de nouveaux crédits d’impôt aux aînés, dont un pour aider les propriétaires à payer leurs taxes foncières. Il ne s’agit pas d’une mesure très coûteuse, mais elle est très symbolique.
Pourquoi ?
Cette mesure fiscale laisse entendre que la hausse du marché immobilier nuit aux propriétaires, parce que les taxes foncières augmentent. Mais en vérité, si votre maison prend de la valeur, ça reste une excellente nouvelle pour les gens qui ont acheté leur maison il y a des décennies. La hausse fulgurante du marché, ça pose d’abord et avant tout problème aux gens qui veulent accéder à la propriété ! Et ça touche de façon disproportionnée les jeunes.
Le prix des maisons au Québec a doublé, en dollars constants [en tenant compte de l’inflation], depuis 1976. Selon nos chiffres, les jeunes ont vu leur revenu moyen chuter pendant cette période. Résultat : beaucoup d’entre eux devront se saigner s’ils veulent acheter une maison. Ces mêmes jeunes, qui doivent étudier de plus en plus longtemps pour espérer trouver un emploi, devront aussi subir les conséquences des changements climatiques et de la détérioration de l’environnement. Mais nos gouvernements tardent à s’occuper de ces dossiers.
Le taux de participation des jeunes aux élections est anémique. Pourquoi les partis politiques se montreraient-ils sensibles à leur cause s’ils ne se déplacent pas pour voter ?
C’est le problème typique de « l’œuf ou la poule ». Comme professeur, j’entends souvent les jeunes se plaindre que les partis politiques ne s’intéressent pas à eux. Ça m’a poussé à analyser les programmes des partis. Ma conclusion, c’est que les jeunes ont en bonne partie raison. Mais comment faire changer les choses ? À mon avis, on ne peut plus attendre les élections pour agir. Voilà pourquoi on veut transformer notre groupe, Generation Squeeze, en lobby des jeunes. On aimerait faire contrepoids au CARP [Canadian Association of Retired Persons], un puissant lobby installé à Toronto qui regroupe près de 400 000 aînés au pays. Ses dirigeants n’attendent pas les élections avant d’influencer les programmes des partis politiques. Si on parvient à rassembler une masse critique de jeunes, nos idées pourraient aussi se refléter dans les programmes des partis. Et si c’était le cas, ça pousserait les jeunes à voter davantage.
Ne craignez-vous pas de nourrir une guerre des générations avec votre groupe ?
Pas du tout. Nos grands programmes de santé et de retraite universels ont été mis sur pied à une époque où le tiers des aînés vivaient sous le seuil de la pauvreté. Beaucoup risquaient de déclarer faillite s’ils tombaient malades et devaient être hospitalisés.
Depuis, le taux de pauvreté chez les aînés a chuté, pour atteindre 5 %, le taux le plus bas parmi tous les groupes d’âge. C’est un accomplissement remarquable, dont on devrait être fier.
C’est mon souhait le plus cher que ma mère de 71 ans et ma grand-mère de 99 ans puissent vivre en bonne santé et dans le confort le plus longtemps possible. Mais elles-mêmes tiennent à payer leur juste part. Elles ne voudraient pas que leurs enfants et leurs petits-enfants écopent de la facture plus tard.

Mode : dans un camion près de chez vous

boutique camion
Le camion-boutique Nømad
Après les camions de cuisine de rue, c’est au tour des camions-boutiques de faire leur apparition à Montréal. Plus besoin de courir les magasins pour dénicher la parfaite petite robe ou le bijou branché. Des véhicules avec présentoirs, salle d’essayage et caisse enregistreuse vont chercher les clientes là où elles se trouvent, notamment dans les rues, les parcs et sur les lieux des festivals.
Le concept a vu le jour il y a quelques années à Los Angeles. Il n’existerait aujourd’hui pas moins de 500 camions-boutiques aux États-Unis, selon l’American Mobile Retail Association.
Voici les trois camions-boutiques à découvrir à Montréal cet été. Suivez-les sur les réseaux sociaux pour connaître leur itinéraire.
La Montréalaise atelier
Dans son camion bleu marine, la créatrice montréalaise Sabrina Barilà promène sa collection de t-shirts et de chandails, bien connue des modeuses, dans les marchés d’artisans et les festivals de la métropole.
Nømad boutique mobile
Fondée par la styliste de mode Mademoiselle Nana, Nømad abrite les créations de plusieurs designers locaux de vêtements et d’accessoires. Le camion turquoise se déplace gratuitement dans un rayon de 40 km de Montréal pour un minimum de huit clientes.
Coven boutique mobile
C’est le projet de fin d’études de cinq finissantes de l’École de mode de l’UQAM. Leur camion trimballe les vêtements, accessoires et produits pour le corps d’une douzaine de marques québécoises dans les manifestations culturelles montréalaises.

Twitter et Spotify : les grandes manœuvres du Web

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Photo : Wikimedia Commons
Deux entreprises phares de la nouvelle économie font face au plus grand défi de leur jeune existence. Twitter — le réseau social des courts textes de 140 caractères et moins — se cherche un président et une stratégie, et Spotify, le leader mondial de l’écoute continue de musique en ligne (streaming), a appris cette semaine que Apple veut lui ravir sa place.
Blogue Economie
Le départ du président de Twitter, Dick Costolo, a été salué sur les marchés, mais il montre la fragilité de ce volatile du Web.
Personnellement, j’aime beaucoup Twitter, qui est devenu mon fil de presse personnel pour connaître ce qui se passe dans tous les domaines d’activité qui m’intéressent. Je m’en sers aussi pour faire la promotion de mes textes, car s’il avère très performant pour amener du trafic sur le site de L’actualité.
L’engouement des professionnels et des médias pour Twitter est peut-être aussi sa plus grande faiblesse. On n’annonce pas son mariage sur Twitter comme on pourrait être porté à la faire sur Facebook. Contrairement à Facebook, Twitter n’est pas l’endroit de choix pour partager les vidéos animaliers (pu capable de voir des lions jouer avec des humains ou des chats maternant des souris !), ou les couchers de soleil de votre destination vacances.
Contrairement à Linkedin, qui est davantage un réseau professionnel et d’affaires, Twitter n’est pas un outil où l’on se mettra en contact avec un client potentiel ou un fournisseur de services. Les gazouillis de Twitter sont efficaces et utiles, mais le potentiel de la plateforme n’est peut-être pas au niveau où on l’avait anticipé. L’appli est moins grand public que Facebook et moins ciblée que Linkedin.
Twitter compte aujourd’hui 302 millions d’utilisateurs. C’est beaucoup, mais ce n’est rien comparé à Facebook, qui en a 1,4 milliard. Plus inquiétant : la progression est plus lente, et les revenus publicitaires ne sont pas au niveau espéré. Alors que Facebook a engagé des revenus de 12,4 milliards de dollars américains en 2014, Twitter n’a réalisé que des ventes de 1,4 milliard. Facebook fait beaucoup d’argent (profits de 2,9 milliards), mais Twitter en perd encore.
Jack Dorsey, l’un des fondateurs, reprend les commandes de façon intérimaire. Il devra trouver le bon président ou la bonne présidente, qui saura comment faire reprendre son envol à Twitter et soutirer davantage de revenus publicitaires de la plateforme. Twitter doit trouver son nid. Vaste mandat.
Le défi est tout aussi gigantesque chez Spotify, qui, lui, doit garder sa place.
Tout allait merveilleusement bien pour l’entreprise suédoise jusqu’à lundi dernier. Le modèle d’affaires mis au point par l’entreprise fonctionne bien. Au lieu d’acheter en ligne une pièce musicale, on préfère maintenant la louer. Il y a eu moins de téléchargements de musique sur iTunes en 2014, et le streaming (écoute continue) est en forte hausse depuis 2010. Le site spécialisé MusicWatch croit même que le chiffre d’affaires du streaming va supplanter celui du téléchargement dès 2016.
Le roi du téléchargement, vous le connaissez, c’est Apple et son iTunes. Elle n’a manifestement pas l’intention de se faire dévorer tout rond et elle a annoncé, lundi dernier, le lancement prochain de Apple Music, une application payante de musique en ligne qui entrera directement en collision avec Spotify.
Spotify est en pleine progression. On dénombre 55 millions d’usagers sur sa plateforme gratuite avec publicité et 20 millions d’abonnés payants sur son offre supérieure. C’est la logique du Freemium. On appâte les gens avec une application gratuite limitée pour les convertir ultérieurement à un service de meilleure qualité, mais payant.
Face aux 75 millions d’usagers de Spotify, Apple compte sur un réservoir de 800 millions de clients, toutes plateformes et produits confondus — clients dont elle détient déjà le numéro de carte de crédit.
L’entreprise suédoise était peu fière d’annoncer cette semaine qu’elle a trouvé un financement supplémentaire de 526 millions de dollars pour protéger son marché.
Apple dispose d’un trésor de guerre de 200 milliards de dollars, et elle ne comptera pas la dépense pour implanter son service Apple Music.
Comment Spotify va-t-elle se défendre contre une telle puissance de feu ? La prochaine année sera pour elle tumultueuse et peut-être décisive.
Comme on le voit, l’économie du Web n’est pas de tout repos, et les évaluations boursières spectaculaires d’un jour peuvent disparaître comme un gazouillis au milieu de la tempête.

Ne ratez pas Duddy Kravitz !

Photo : Maxime Côté
Photo : Maxime Côté
CultureVoilà une comédie musicale comme on en voit à New York ou à Londres. Pourtant, on peut la voir pour 50 ou 60 dollars à quelques rues du métro Snowdon, à Montréal!
Courez avant qu’il ne reste plus de billets pour The Apprenticeship of Duddy Kravitz: The Musical, au Centre Segal jusqu’au 5 juillet.
Ce Duddy Kravitz-là vous fera rire et pleurer. Qu’importent les images que vous vous êtes déjà faites sur Duddy, le p’tit bum juif magouilleur et paquet de nerfs de la rue Saint-Urbain, antihéros du célèbre roman de Mordecai Richler. Après cette soirée-là, Duddy aura toujours pour vous l’énergie bondissante de Ken James Stewart, le jeune chanteur albertain qui offre une prestation époustouflante dans ce rôle. Des heures après la tombée du rideau, vous entendrez encore résonner en vous son «I’m Gonna Buy That Land !».
Bien des scénaristes ont tenté avec plus ou moins de succès dans le passé de faire de ce récit des années 1950 une comédie musicale. Le trio de choc formé par David Spencer, Alan Menken et Austin Pendleton, tous trois solidement expérimentés dans de grandes productions américaines (8 oscars et 11 Grammy pour Menken !), a peut-être enfin trouvé la recette.
La petite salle en estrade d’environ 300 places du Centre Segal offre une proximité avec les comédiens-chanteurs que personne ne verra plus jamais si cette production trouve son public dans les grandes salles du monde… Alors, profitez-en!
La Québécoise Marie-Pierre de Brienne (La mélodie du bonheur, mise en scène par Denise Filiatrault) tient avec aplomb le rôle de Juliette, la jolie Canadienne française catholique issue d’un petit village des Laurentides qui s’émancipe en séduisant Duddy, qui travaille cet été-là dans un hôtel pour riches vacanciers où elle est femme de chambre.
L’Ontarien David Coomber illumine la production, prêtant sa voix unique à la candeur de Virgil, qui vendra à Duddy des billards électroniques (pinballs) de contrebande. La scène de leur rencontre dans un train pour New York, alors que Duddy transporte sans le savoir de la drogue dans sa valise, vous enchantera.
Si vous voulez relire le roman avant de voir la comédie musicale, vous le trouverez facilement en français, en livre de poche, dans la collection «Bibliothèque québécoise», aux Éditions du Boréal. Mais on peut aussi très bien voir le spectacle et ne lire le roman qu’après, pour le plaisir de retrouver Duddy et de revivre ce Montréal d’une autre époque.