vendredi 19 juin 2015

Changements climatiques : une lueur d’espoir ?

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Photo © Len Radin / CC BY-NC-SA 2.0
Après la conférence de Copenhague de 2009 sur le climat — qui a presque unanimement été vue comme un échec —, le moral des personnes qui se soucient du réchauffement climatique est tombé bien bas.
Blogue Economie
En effet, cet échec semblait démontrer qu’il y avait peu de chances qu’un nombre suffisant de pays se mettent d’accord sur un mécanisme de contrôle des émissions de gaz à effet de serre mis sur pied juste à temps pour empêcher un réchauffement catastrophique de la planète.
Depuis, il semble que la tendance soit à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale. Tout cela alors qu’un consensus scientifique se solidifie : il faut réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40 % à 70% d’ici 2050 pour éviter de dépasser la barre du réchauffement de deux degrés Celsius, sans quoi les conséquences risquent d’être très graves.
Embellie ?
Mais à quelques mois de la conférence de Paris, qui tentera de réussir là où Copenhague a échoué, certaines déclarations percent légèrement ces nuages à forte concentration de CO2.
Premièrement, le 1er juin dernier, les PDG de six des plus grandes compagnies pétrolières et gazières d’Europe (BG Group, BP, Eni, Royal Dutch Shell, Statoil et Total) se sont déclarés pour une taxe sur le carbone. Le 22 mai, les plus grandes sociétés pétrolières et gazières du Canada s’étaient elles aussi prononcées pour une taxe semblable en Alberta.
Deuxièmement, le 8 juin, les pays du G7 se sont prononcés pour une réduction significative des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050.
Finalement, le 17 juin, le pape François a publié une encyclique encourageant tous à lutter contre le réchauffement climatique.
Prises individuellement, chacune de ces nouvelles ne seraient pas suffisantes pour me donner de l’espoir.
Il est vrai que de grandes compagnies pétrolières d’Europe qui se prononcent pour une taxe sur le carbone s’avère un changement énorme comparé aux positions de ces mêmes sociétés il y a à peine 5 ou 10 ans. Ces dernières constatent enfin la réalité du réchauffement climatique et admettent qu’elles ne régleront pas le problème elles-mêmes sur une base purement volontaire.
Mais le fait que les compagnies américaines n’aient pas accepté de se joindre à leurs homologues européens montre qu’il y a encore beaucoup de chemin à parcourir.
Que des pays du G7 (incluant le Canada et les États-Unis) signent un communiqué admettant qu’il faut réduire de manière significative les émissions de CO2 est aussi encourageant. Mais comme le disent si bien l’économiste Jean Tirole (lauréat d’un prix Nobel) et son collègue Christian Gollier, les engagements non contraignants ne sont pas suffisants.
Le pape, de son côté, n’a évidemment aucune réelle autorité sur le problème de la pollution atmosphérique, mais sa popularité et son autorité morale pourraient avoir des répercussions.
Mis ensemble, ces trois actes pourraient néanmoins marquer un point de bascule.
Un point de bascule qui n’arriverait pas trop tôt, bien au contraire. Certains environnementalistes estiment que nous en arriverons un point de non-retour très bientôt.
Greenpeace, entre autres, affirme que si nous ne réduisons pas de 5 % les émissions annuelles de CO2 dans le monde d’ici 2020, un niveau dévastateur de réchauffement sera ensuite potentiellement impossible à arrêter.
Objectif carbone
Que la réduction nécessaire soit de 5 % par année ou de 1 à 2 % (comme l’avancent les pays du G7), il faudra que le monde utilise tous les outils mis à sa disposition. Le premier de ces outils doit certainement être une entente qui forcera la fixation d’un prix du carbone à l’échelle mondiale, que ce soit par l’entremise d’une bourse du carbone (qui existe déjà au Québec) ou d’une taxe.
Selon les plus récents chiffres, 40 pays et plus de 20 villes, provinces et régions établissent un prix sur le carbone, ce qui couvre seulement 12 % des émissions mondiales annuelles.
C’est pourquoi il est surprenant de voir Michel Kelly-Gagnon, le PDG de l’Institut économique de Montréal (IEDM), écrire cette semaine qu’une taxe sur le carbone serait essentiellement inutile. Il centre son argument sur le fait qu’une telle taxe, selon deux études différentes, ne réduirait la consommation de pétrole que de 7 % ou de 30 % à long terme.
La grande différence entre les résultats des deux études citées par Kelly-Gagnon est un bon indice de la difficulté qui se présente lorsque vient le temps d’estimer avec précision la consommation de pétrole à long terme… et, conséquemment, l’effet d’une taxe sur le carbone.
Si une telle taxe réduisait réellement les émissions de 30 % à long terme, alors qu’il faut réduire ces émissions de 40 % à 70 % pour éviter les pires conséquences du réchauffement, elle résoudrait à elle seule une grande partie du problème, non ?
Le reste pourrait potentiellement être atteint en investissant une partie des revenus de la taxe sur le carbone dans des technologies vertes.
Je suis un économiste qui ne pratique pas la religion catholique, mais j’espère qu’à la conférence de Paris, les dirigeants des différents pays du monde, mais surtout des États-Unis et de la Chine, penseront aux générations futures et écouteront davantage le pape que les Michel Kelly-Gagnon de ce monde.

Quand le titre veut se faire aussi gros que le livre

livre
À l’heure où les éditeurs s’arrachent les parts d’un marché stagnant et tentent d’attirer des lecteurs à l’attention de plus en plus déficitaire, le titre d’un roman ne peut plus se permettre d’être seulement évocateur ou poétique : il se doit d’être un outil de marketing stratégique, orienté en fonction d’une clientèle cible précisément segmentée.
Culture
L’évidence saute aux yeux quand on se penche sur ces «livres qui font du bien» (feel good books) — pochades au ton burlesque, comédies romantiques et fantaisistes où l’excentricité des personnages n’a d’égal que le rocambolesque de leurs aventures…
Leurs titres, calqués sur ceux des fables, des contes ou des guides pratiques, sont un savant mélange d’adjectifs superlatifs, d’associations incongrues, de marques de commerce et d’images à la limite du surréalisme.
Ces titres ont une autre caractéristique : leur longueur excessive, qui gruge presque tout l’espace de la couverture. Si bien que le résumé du roman, en quatrième de couverture, en devient redondant. Un minislogan publicitaire, en somme, qui ressemble à une tentative désespérée d’attirer l’attention des bouquineurs.
Remontant à La vie et les opinions de Tristram Shandy, gentleman, de Lawrence Sterne, et au Merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède, de Selma Lagerlöf, la mode des titres allongés a été relancée en 2013 par Romain Puertolas, dont L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea a connu un succès mondial (250 000 exemplaires vendus).
Parmi les titres-marathons les plus récents, voici ceux qui sont aussi les plus essoufflants :
Comment Thomas Leclerc 10 ans 3 mois et 4 jours est devenu Tom l’Éclair et a sauvé le monde
(par Paul Vacca)
Le fabuleux voyage d’un jeune homme en combinaison spatiale dans un combi Volkswagen
(par Scarlett Thomas)
L’étrange histoire de l’ours brun abattu dans les quartiers espagnols de Naples
(par Antonio Menna)
Histoire d’Alice, qui ne pensait jamais à rien (et de tous ses maris, plus un)
(par Francis Dannemark)
Le fabuleux destin d’une vache qui ne voulait pas finir en steak haché
(par David Safier)
La petite fille qui avait avalé un nuage grand comme la tour Eiffel
(par Romain Puértolas)
La véritable histoire d’un Indien qui fit 7 000 km à vélo par amour
(par Per J. Andersson)
De l’influence du lancer de minibar sur l’engagement communautaire
(par Marc Salbert)
Quiconque exerce ce métier stupide mérite tout ce qui lui arrive
(par Christophe Donner)
Du danger de perdre patience en faisant son plein d’essence
(par Pascal Martin)
Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates
(par Marie-Ann Shaffer et Annie Barrow)
Étrange suicide dans une Fiat rouge à faible kilométrage
(par L.C. Tyler)
Le secret de la manufacture de chaussettes inusables
(par Annie Barrow)
Comment braquer une banque sans perdre son dentier
(par Catharina Ingelman-Sundberg)

Tef : le grain de la discorde en Afrique

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Photo : Horizons WWP/Alamy
La mode du « sans gluten » qui déferle sur l’Amérique du Nord a des répercussions jusqu’en Afrique. En cause ? Le tef, un grain éthiopien très nutritif et surtout sans gluten, qui séduit de plus en plus d’Occidentaux.
En Éthiopie, le tef sert à préparer la grande crêpe traditionnelle — l’injera —, consommée à peu près à tous les repas.
Les autorités craignent que la demande mondiale ne pousse les prix du tef à la hausse et empêche la population locale de se le procurer. Cela s’est produit en Bolivie avec le quinoa, désormais hors de prix pour les Boliviens.
Il n’est donc pas question pour l’Éthiopie de se lancer dans l’exportation du précieux grain, du moins tant que le pays peinera à fournir l’ensemble de sa population. En ce moment, seule l’exportation de produits transformés à base de tef est permise. Mama Fresh, premier exportateur de crêpes du pays, envoie chaque semaine six chargements de 3 000 injeras aux États-Unis. Des cargaisons sont aussi acheminées dans divers pays d’Europe.



À quoi vous êtes-vous accroché dans le creux de la vague ? À la vie.

Sante_et_scienceQuand Michel Pitre monte avec émotion, le 17 novembre 2011, les marches du studio de l’émission Les docteurs pour rejoindre son fauteuil, le plateau est silencieux. C’est que l’ex-médecin va bientôt nous raconter une partie de sa bouleversante histoire. Je le présente ainsi :
«Permettez-moi de vous expliquer pourquoi c’est un peu troublant, pour moi, de recevoir aujourd’hui notre prochain invité. On a fait notre cours de médecine ensemble, et je ne l’avais pas revu depuis… depuis très longtemps, en fait. Mais j’ai appris, par lui, il y a quelques mois, qu’il avait souffert d’un grave AVC en 2004. Il m’a alors raconté son histoire, toute son histoire — toute une histoire.
Une histoire de force et de courage, et d’entraide. C’est ce que ça lui a pris pour passer à travers et surtout, s’en sortir… et vivre le mieux possible. Je tiens à le remercier d’avoir accepté de venir en témoigner à l’émission. On accueille le docteur Michel Pitre.»
Bien préparé par notre recherchiste Connie Byrne, Michel est tout de même nerveux. Mais il s’en tirera fort bien, ce qui d’autant plus remarquable qu’il ne pouvait pas du tout parler, quelques années plus tôt. À l’aise devant les caméras, il raconte bien. Et tant de courage inspire tout le monde autour.
Mais il nous charme aussi par cet humour et ce rire sonore — le même qu’on reconnaissait de loin, dans les couloirs de la faculté de médecine, il y a 30 ans. Après l’entrevue, ému, je le reconduis dans sa loge.
C’est trois mois plus tôt, le 3 aout 2011, qu’il m’avait fait parvenir son histoire par courriel. De retour de vacances, je commençais alors à préparer la deuxième saison de l’émission avec l’équipe. Je lui avais répondu rapidement :
«Quel parcours… Un AVC aussi jeune… Comment est-ce arrivé ? Mais quel courage pour t’en relever… C’est incroyable. Je t’encourage fortement dans tous ces projets. Cela pourrait aider beaucoup de gens… et même toi ! (…)
Plus concrètement, que dirais-tu si on t’invitait à notre émission ? Ce témoignage, de quelqu’un connaissant comme médecin le “sujet” de l’intérieur et qui a la force de s’en relever, cela peut être inspirant. Veux-tu que je transmette ton histoire à notre équipe de recherche ?»
*
Dans mes deux récents textes, je vous ai raconté de mon mieux cette histoire étonnante, une idée qui m’était venue quand j’ai retrouvé la carte de souhaits qu’il m’avait envoyée quelques mois plus tôt.
Je dois admettre, avec un brin de jalousie, que son écriture élégante étant nettement plus lisible que la mienne. Quand on pense qu’il a dû réapprendre à écrire avec la main gauche, j’en conclus qu’il y en a qui sont bien plus doués que d’autres.
carte
Souhaitant avoir de ses nouvelles, je lui ai téléphoné. C’est là que j’ai constaté avec plaisir qu’il parlait sans hésitation et que sa voix était nettement plus affirmée qu’en 2011. Ce n’est pas étonnant, puisqu’il avait poursuivi sa rééducation, pour parvenir à ce niveau de langage remarquable.
Au fait, j’ignore si, avoir été placé dans la même situation, j’aurais eu la moitié de son courage. Avancer aussi loin, envers et contre tous, jusqu’à faire mentir l’opinion des médecins, cela démontre une détermination sans faille et nous en apprend beaucoup sur sa résilience.
Sa récupération physique continue aussi de progresser, 10 ans après le drame : il marche aujourd’hui sans canne, n’utilise plus son orthèse de support et vit de manière autonome. C’est aussi réjouissant d’un point de vue humain que fascinant du côté médical de constater que son cerveau avance encore après tout ce temps.
Michel Pitre avec Pierre-Yves, son kinésiologue
Michel Pitre avec Pierre-Yves, son kinésiologue.
Et ce n’est pas terminé, parce qu’il lui reste certains territoires à reconquérir. Autrefois grand lecteur, Michel éprouve aujourd’hui de la difficulté à lire pendant de longues périodes. Pour pallier ce problème, il a équipé son ordinateur d’un transcripteur, qui récite à voix haute les textes — ce qui lui permet de «lire» en écoutant, une fonction du langage apparemment mieux conservée chez lui.
L’histoire de Michel est riche de plusieurs leçons, mais la première est toute simple : il faut apprécier la santé, ce qui me rappelle au passage que son drame «peut nous arriver à tous». Je pourrais en effet être à sa place et lui, à la mienne.
Cette expérience nous enseigne aussi que malgré une volonté hors du commun, il faut l’appui des proches — dans le cas de Michel, c’était celui de son ex-conjoint, Normand, qu’il décrit maintenant comme un «frère spirituel» — pour conserver l’espoir. Il a vraiment été au coeur de sa réhabilitation. Michel a aussi puisé sa force dans ses enfants, qui ont mûri avec lui en traversant les épreuves et qui ont accepté à terme les transformations successives de leur original de père.
Michel a également eu la chance d’être appuyé par des enseignantes à la retraite, ses «anges», qui ont tout donné pour que cet inhabituel «élève» puisse reconquérir son langage. Même lui, ancien médecin aujourd’hui sans trop de revenus, n’aurait pu s’offrir autrement de tels services. Cela souligne certes la nécessité de l’entraide, mais aussi l’importance que les services de réhabilitation soient plus accessibles hors de l’hôpital.
Michel a toutefois renoncé à pratiquer la médecine, une «retraite» lourde à porter d’un métier qui le fascinait : «C’est difficile pour moi d’accepter cela. J’étais respecté par mes confrères. J’adore la médecine, c’est une passion pour moi, mais c’est terminé ; c’est du passé. Tu mets une croix là-dessus.»
Il ressent une certaine amertume envers le Collège des médecins, qui aurait mis du temps pour traiter sa demande et qui ne semble pas lui avoir offert assez de support : «C’était trop compliqué pour le Collège des médecins. Pas de considération.» Avec un pincement au cœur, je dois ajouter qu’il en veut aussi à ses anciens amis médecins, qui l’ont un peu abandonné depuis son AVC.
Je lui ai demandé où, confronté à tant de souffrance, il puisait l’énergie nécessaire pour continuer jour après jour. Il m’a offert quelques pistes, dont celle de la spiritualité, mentionnant sa croyance en Dieu. Il aborde d’ailleurs la vie de manière aussi réfléchie que philosophique et il pratique régulièrement la méditation : «Je suis bien dans l’univers. Mon corps est là — mon corps à moi, là. Ce n’est pas un rêve, c’est la réalité.» Il va même jusqu’à dire que toutes ces épreuves ont fait de lui une meilleure personne.
Michel est d’ailleurs plein de projets. Il a commencé à donner des conférences à des groupes de patients. «Je suis bon communicateur. Je raconte mon histoire.» Je suis convaincu qu’il est intéressant et, surtout, que son histoire pourra en inspirer plus d’un. Alors invitez-le : il vous convaincra au moins qu’il ne faut jamais lâcher !

Michel Pitre en conférence
Michel Pitre en conférence.
Voilà comment il résume aujourd’hui sa situation :
«Tout est possible. Tu pousses ou tu ne pousses pas. Mais pas tout seul. Il faut que des personnes y croient. Aujourd’hui, je suis fier de ce que j’ai accompli. Je parle très bien ! Je suis fort et j’avance constamment. Je suis autonome, je vis seul dans mon appartement depuis sept ans. J’ai dû réapprendre à parler, à lire et à écrire, et avec beaucoup de ténacité, de persévérance et de détermination, j’y suis parvenu.
Depuis huit ans, je m’entraîne régulièrement deux ou trois fois par semaine dans un centre, et c’est très important pour moi. Maintenant, je monte et descends les escaliers comme avant. Je circule sans canne dans l’appartement ; c’est seulement pour mes déplacements extérieurs. Je ne porte plus de prothèse depuis cinq ans.
J’ai pris cette décision moi-même. Je travaille très fort pour améliorer le rendement de mon bras droit et de ma jambe droite, et ça va très bien. Malgré l’AVC, tout fonctionne bien dans le cerveau. Je me considère chanceux. Je discute, je ris, je communique ! Je gère très bien mes choses.
J’aime aller manger plusieurs fois par semaine au restaurant (seul ou avec des amis). Je vais voir régulièrement des spectacles (Bobby Bazini, Alfa Rococo, Florence K, Ariane Moffatt, Marie-Josée Lord, André Gagnon, André Sauvé…). Je suis allé aussi visiter des musées à Montréal et à Québec. Je me suis rendu seul en autocar plusieurs fois à Québec. J’ai séjourné à l’hôtel à Québec et à Montréal. Je vais aussi au cinéma assez souvent…
Maintenant, mes priorités ont changé. La vie m’a amené à devenir meilleur. Un de mes objectifs pour l’avenir est de faire des conférences parlant de mon expérience de vie. Je suis aussi convaincu que j’écrirai (pas seul ; un écrivain ?) un livre et qu’il sera traduit en plusieurs langues.»
J’en suis à la fin de cette histoire, et je me rends compte qu’elle n’aura pas de punch final. Parce qu’elle n’est pas terminée, tout simplement. Alors que Michel a souvent songé que sa vie s’était arrêtée en décembre 2004, tout le monde s’est trompé, incluant les médecins. Alors qui sait jusqu’où il se rendra ?
Je la conclurai donc avec les réponses données par Michel Pitre en 2011 à notre recherchiste Connie Byrne, quand nous préparions l’entrevue pour l’émission. Des mots qui nous avaient convaincus de l’inviter sur le plateau :
«Si vous aviez un conseil à donner à une personne qui vit une expérience semblable à la vôtre, qu’est-ce que vous lui diriez ?
– C’est toi qui décides. Pas les médecins. Les médecins et ma famille voulaient me placer.
– S’ils vous avaient placé, vous seriez devenu quoi, aujourd’hui ?
– Mort.
– Mort dans l’âme ou vraiment mort ?
– Je serais vraiment mort.
– Vous êtes fort… Mais à quoi vous êtes-vous accroché dans le creux de la vague ?
– À la vie.»

Des livres pour mieux voyager cet été

Art_de_vivre110 pays, 6 000 idées, des heures de plaisir
Sorte de croisement entre le guide de voyage et le beau livre, le GEOBOOK 110 pays — 6 000 idées (nouvelle édition) regroupe autant d’invitations au voyage en un seul ouvrage. D’abord par l’entremise des 300 photos qu’on y trouve ; ensuite par la déclinaison d’une foule d’activités à faire et d’endroits à voir ; mais aussi avec des trucs pratiques, des conseils d’experts et des tableaux pour aider à choisir un pays selon ses centres d’intérêt. Une section sur les nouvelles envies de voyage (comme les séjours au cœur des tribus) complète le tout, sans compter le «pour» et le «contre» de chaque pays recensé — voire les précautions à prendre dans certains cas.
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L’art du voyage expliqué aux dégonflées
Elle trouvait qu’il lui restait encore quelques heures par jour (ou plutôt par nuit) de temps libre, alors Marie-Julie Gagnon s’est dit : «Tiens, pourquoi ne pas écrire un nouveau livre ?» Infatigable blogueuse-chroniqueuse-reporter-auteure voyages, cette technomade-bourlingueuse s’est donc assise avec Ariane Arpin-Delorme, une consultante, formatrice et conférencière voyages, pour pondre à quatre mains Le voyage pour les filles qui ont peur de TOUT.
Rédigé en mode léger et humoristique, l’ouvrage dévoile mille et un bons plans, tuyaux et astuces pour secouer les puces des poltronnes patentées et les convaincre que rien ne vaut la route avec un baluchon sur l’épaule. La preuve : toutes deux sont, de leur propre aveu, d’éternelles trouillardes — mais des trouillardes qui s’assument et qui vainquent leurs peurs chaque fois qu’elle mettent les bouts. Entre autres choses, les deux femmes citent les conseils de plusieurs collègues habituées aux déplacements, et elles brossent le portrait de 18 voyageuses types (de la phobique à gogo à la fauchée, en passant par la Miss cocktails des îles et la «serial shoppeuse»).
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Le voyage, c’est dans la poche
Qui a dit que les guides imprimés sur papier étaient en déclin ? Certainement pas Lonely Planet ou les éditions Ulysse, qui continuent d’alimenter les imprimeurs du globe — preuve que la demande est là, du moins dans certains créneaux. Celui des petits guides urbains pratiques, qui se glissent aisément dans une poche, en fait sans nul doute partie.
Chez Ulysse, on vient ainsi d’ajouter de nouveaux titres dans la série «Escale», avec Paris (écrit par le fils de Christian Rioux, correspondant du Devoir dans la Ville lumière), Prague, la Nouvelle-Orléans et Philadelphie. Ces ouvrages sont également offerts en format numérique.
Chez Lonely Planet, la collection «En quelques jours» permet aussi de découvrir en un clin d’œil (et en français) des villes connues, comme Istanbul, Barcelone, Berlin, Prague, Washington et Las Vegas, ou moins courues, comme Lilles et Nantes. Aussi en format numérique.
Cela dit, les deux éditeurs maintiennent la publication d’autres guides plus complets et de plus grand format, comme ceux de la collection «L’Essentiel» (chez Lonely Planet), laquelle intègre de 150 à 200 photos par guide. Elle vient de prendre encore de l’expansion, avec des guides sur la Corse, Bordeaux/Gironde/Landes, la Bretagne, le Languedoc-Roussillon et la Thaïlande. Par ailleurs, le même éditeur a récemment lancé ou réédité (en français) les guides Ouest canadien et Ontario, Argentine, Budapest, Moscou, Saint-Pétersbourg et Chypre, pour ne nommer qu’eux.
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No comprendo, no problemo
Dans un proche registre des recueils g’palémo (publiés il y a quelques années par Le Guide du Routard), les éditions TANA proposent cette année No comprendo, no problemoun petit guide qui se déplie comme une carte et qui comprend 400 pictogrammes correspondant à autant de situations associées à des besoins de base, en voyage. Ne reste plus qu’à pointer du doigt ce qu’on désire à un interlocuteur qui ne parle que le farsi ou le serbo-croate, que ce soit pour se nourrir, se loger, visiter, sortir en boîte, se délier les muscles ou magasiner. Rigolo et sûrement pratique en Chine rurale ou en Transnistrie — même si on dit no problema, et non no problemo, en espagnol.
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36 heures aux États-Unis et au Canada
Voici le genre de grosse brique qu’on se plaît à déposer sur ses genoux, le postérieur bien enfoncé dans un gros canapé, par un dimanche pluvieux. Immense recension de textes publiés dans le New York Times (sous la rubrique «36 Hours») et traduits en français par Taschen, l’ouvrage nous fait parcourir une foule de destinations à explorer le temps d’une fin de semaine. Forcément, le style est vif, concis et pratico-pratique, et il va droit au but : pas de temps à perdre, il faut aller à l’essentiel. C’est ce qu’on fait ici avec Montréal, Chicago, Denver, Winnipeg ou Santa Fe, mais aussi avec Duluth (Minnesota), l’île de Saint-Simon (Géorgie), Homer (Alsaka) ou Boise (la capitale de l’Idaho — avouez que vous ne le saviez pas).
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Bitcoins: le Sénat recommande à Ottawa une approche non interventionniste

TORONTO – Un rapport du Sénat, déposé vendredi, estime qu’Ottawa devrait se limiter à une réglementation «légère» si elle décide d’encadrer les bitcoins et les autres formes de devises numériques, pour ne pas étouffer leur croissance.
Le rapport recommande que le gouvernement fédéral préconise une approche non interventionniste, se limitant à surveiller le développement des devises numériques et à imposer une régulation seulement si cela s’avérait nécessaire.
Il est également recommandé que le gouvernement étudie en profondeur la réglementation en vigueur dans le domaine au cours des trois prochaines années.
Le Comité sénatorial permanent des banques et du commerce a publié ce rapport après avoir étudié le dossier pendant un an, notamment en réalisant des entrevues avec 55 experts et en effectuant un voyage de recherche à New York.
Le comité a ajouté que les technologies utilisées dans les transactions impliquant des devises numériques pourraient être utilisées pour protéger les Canadiens relativement au vol d’identité en ligne.
La Bitcoin Alliance of Canada, un organisme qui fait la promotion du bitcoin, a indiqué dans un communiqué qu’elle accueillait favorablement les conclusions du rapport et qu’elle demandait au gouvernement et au secteur privé de les étudier.

Justin Trudeau parie sur les réformes démocratiques

PolitiqueLe chef libéral Justin Trudeau est sorti de sa réserve en rendant public, cette semaine, un premier volet de son programme électoral. Pour son coup d’envoi, il a misé sur les thèmes de la démocratie et de la transparence.
Sous le titre «Un gouvernement juste et ouvert» (qui rappelle étrangement celui, plus ancien, qui chapeaute les politiques néo-démocrates sur le même sujet : «Gouverner au sein d’un Canada ouvert et juste»), Trudeau fait écho à des idées qui circulent depuis longtemps, reprend des promesses anciennes et s’offre plusieurs élans audacieux.
Les libéraux espèrent clairement séduire des électeurs progressistes qui cherchent avant tout un style de leadership différent de celui de Stephen Harper. Des électeurs qui, depuis quelques semaines, semblent dériver vers le NPD aux dépens du Parti libéral du Canada (PLC).
Selon les derniers sondages, la tendance se confirme. Thomas Mulcair gagne non seulement du terrain, il est au coude à coude avec les conservateurs, sinon premier. À quatre mois du scrutin, c’est lui qui a le vent dans les voiles, alors que ses adversaires piétinent ou reculent.
Mais voilà : quatre mois de campagne officieuse et officielle, c’est long, et comme l’ont démontré presque toutes les campagnes provinciales des dernières années, tout peut changer. Or, les libéraux fédéraux ont toujours dit qu’ils miseraient sur cette période d’attention renouvelée des électeurs pour dévoiler leur plateforme, ce qu’ils font. Il reste à voir si cela aura l’effet espéré.
Chose certaine, ce premier chapitre présenté mardi dernier est costaud et a déjà attiré l’attention. Pour de bonnes raisons. La démocratie est un véritable enjeu de la prochaine élection, après plus de neuf ans de règne conservateur passé sous le signe du mépris des institutions.
Un menu varié
Pour réaliser ce gouvernement plus ouvert et transparent dont il parle, Trudeau promet une série de mesures qui touchent au droit à l’accès à l’information. Il veut rendre les données accessibles par défaut et, dans cette veine, permettre aux scientifiques de parler de leurs travaux, qui seraient disponibles en ligne.
Il veut soumettre les bureaux du premier ministre et des ministres à la Loi d’accès à l’information, mais ne souffle pas mot de la Chambre ni du Sénat. Il s’engage à répondre positivement à une demande de longue date des commissaires à l’information, soit celle de se voir accorder le pouvoir d’ordonner — et non seulement de recommander — la divulgation de documents.
Pour améliorer le fonctionnement et la transparence du Parlement, il veut que le Bureau de régie interne des Communes se réunisse en public, à quelques exceptions près — ce que demande le NPD depuis longtemps —, et que le vérificateur général puisse y faire des vérifications. Il s’engage à ne pas avoir recours à la prorogation pour éviter une situation difficile, mais évite de promettre des règles pour en encadrer le recours. En revanche, il se mouille davantage au sujet des projets de loi omnibus, dont il veut réglementer l’usage.
Comme bien des chefs avant lui (dont Paul Martin), le chef libéral parle de permettre plus de votes libres en Chambre et de comités plus autonomes et moins partisans, ainsi que de fonctionnaires du Parlement plus robustes — et dont l’indépendance est respectée.
Il confirme vouloir mettre fin à la partisanerie au Sénat en promettant de nommer des sénateurs recommandés par un mécanisme indépendant. Il veut créer un processus de consultation pour le choix des juges à la Cour suprême, lesquels, précise-t-il, devraient être bilingues. Il instaurerait une période de questions où seul le premier ministre répondrait à toutes les questions, comme cela se fait une fois par semaine à Londres.
Son plan touche à la parité au sein du cabinet, au rétablissement du recensement long dès 2016, au maintien de la livraison du courrier à domicile, à l’amélioration des services publics et au renforcement des règles électorales pour encadrer la publicité gouvernementale et limiter celle des partis entre les campagnes.
Il y a aussi cette promesse d’une réforme du mode de scrutin, que les libéraux se sont bien gardés de faire quand le système actuel les avantageait. C’est, en revanche, un vieux cheval de bataille du NPD et des Verts.
Cela demeure la promesse la plus audacieuse de Justin Trudeau, car il s’engage à ce que le mode de scrutin soit modifié à temps pour les élections de 2019. Un comité multipartite serait mis sur pied en vue de consulter consulter experts et citoyens. Différentes avenues seraient explorées, dont la représentation proportionnelle, le vote obligatoire, le vote préférentiel… tout cela pour aboutir à un projet de loi qui serait présenté dans les 18 premiers mois du mandat.
Trudeau ne prévoit pas, par contre, laisser les Canadiens se prononcer par voie de référendum, contrairement à ce que plusieurs provinces ont fait. Cela veut dire que les électeurs qui veulent une réforme ne sauront pas ce qu’ils approuvent s’ils élisent les libéraux. Ils leur donneront finalement un chèque en blanc, puisque ce sera le parti au pouvoir qui aura le dernier mot.
Coup de dé ?
Depuis mardi, nombreux sont ceux qui se demandent si Justin Trudeau ne fait pas un pari risqué. Après tout, son prédécesseur, Michael Ignatieff, avait fait campagne sur le thème de la démocratie en 2011, ce qui a mené le Parti libéral au pire résultat de son histoire.
Le contexte est différent. Le fait que le Parti libéral — comme le NPD, les verts et les autres — propose des changements à nos institutions démocratiques pour les rendre plus solides est symptomatique du climat qui prévaut au Parlement depuis l’arrivée au pouvoir des conservateurs.
En 2011, bien des gens attribuaient l’attitude des conservateurs à leur position minoritaire. Sauf qu’ils sont devenus encore plus intransigeants une fois majoritaires. En quatre ans, ils ont imposé 100 bâillons. Ce fut le règne du rouleau compresseur avec, comme cerise sur le sundae, cette mesure rétroactive insérée dans le dernier projet de loi budgétaire omnibus, qui a pour effet d’effacer des infractions à la Loi d’accès à l’information qu’auraient commis des agents de la GRC en détruisant sans attendre des données du registre des armes d’épaule.
Le premier ministre Stephen Harper ne s’en est pas excusé, au contraire. Il a défendu la manœuvre, se vantant même du fait que le gouvernement a encouragé la Gendarmerie royale du Canada (GRC) à expédier la destruction des données malgré la garantie contraire donnée à la commissaire à l’information.
Ces méthodes ont érodé la confiance et alimenté le cynisme, et elles ne passent plus aussi bien. Elles peuvent faire mal aux conservateurs. Mais encore une fois, les électeurs s’en souviendront-ils après quatre mois de campagne ?

jeudi 18 juin 2015

Le vin de la semaine : un blanc pour papa

La vie est trop courte pour fréquenter l’ennui. Surtout dans son verre. Chaque semaine, Nadia Fournier vous fait découvrir les vins qui l’emballent, qui la font vibrer.
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Alphonse Mellot
La Moussière 2014, Sancerre
33480   28,90 $
Cette année, pour la fête des Pères, laissons donc de côté les clichés qui confinent papa au barbecue. Si le soleil est au rendez-vous dimanche et que votre père affectionne le vin blanc, pourquoi ne pas lui servir des asperges du Québec, accompagnées d’un verre de cet excellent vin blanc de Sancerre ?
Art_de_vivre
Bien plus qu’un simple sauvignon, La Moussière 2014 offre une expression pure, racée et on ne peut plus digeste du terroir de Sancerre. Est-ce l’effet de l’agriculture en biodynamie ? Peut-être bien, selon Alphonse Mellot, qui était de passage à Montréal il y a quelques semaines pour présenter une verticale de la cuvée emblématique du domaine. «Ces 15 dernières années en biodynamie nous ont permis de gagner en pureté et en profondeur, et d’acquérir ce côté salin qui fait saliver.»
Qu’il s’agisse du millésime 2014 ou du millésime 2000, tous les vins dégustés avaient en commun cette intensité contenue qui se veut la marque des meilleurs sancerres. Pourtant âgé de près de 15 ans, le 2000 n’accusait pas la moindre fatigue. Une autre preuve, s’il en fallait une, que les vins blancs peuvent eux aussi se bonifier avec le temps. Surtout s’ils sont soutenus par une franche acidité et s’ils sont élaborés dans les règles de l’art.
Encore tout jeune, le 2014 affiche déjà une fraîcheur et un raffinement peu communs. L’élevage sous bois n’aromatise pas, mais nourrit le vin et apporte une tenue digne de mention, sans verser dans la lourdeur. Un équilibre exemplaire et une longue finale aux accents d’agrumes et de fines herbes, sur un fond minéral qui donne envie d’un second verre.
Un vin qui n’est pas donné, certes, mais à 26 dollars*, ce blanc d’envergure a peu d’égal à Sancerre. Mon conseil : achetez-en quelques bouteilles pour la cave. Votre patience — et celle de papa — sera récompensée.


Autres temps, autres champagnes

Photo : CC 2.0
Photo : CC 2.0
Les amateurs de champagne du XIXe siècle buvaient un nectar plus sucré et moins alcoolisé qu’aujourd’hui, révèle un biochimiste qui a analysé de grands crus âgés d’environ 170 ans, retrouvés dans une épave au fond de la mer Baltique.
Philippe Jeandet, de l’Université de Reims Champagne-Ardenne, a découvert que le taux d’alcool de ce champagne s’élevait à 9,5 %, au lieu des 12 % actuels, et que ce vin était trois fois plus sucré que le demi-sec d’aujourd’hui. Il a aussi noté des concentrations plus élevées de métaux, sans doute dues aux instruments utilisés pendant la fabrication.
Un œnologue de la maison Veuve Clicquot, d’où provenaient quelques-unes des 168 bouteilles retrouvées, a été invité à goûter le précieux liquide. Il a d’abord perçu des arômes évoquant « des notes animales, le fromage et les cheveux mouillés »… Des notes plus suaves de fruits mûrs, de fleurs, d’épices et de fumée sont ensuite apparues.
L’obscurité du fond des mers, la température constante et l’absence de vibrations semblent avoir été des conditions optimales de conservation.
La maison Veuve Clicquot tente maintenant une expérience : elle a déposé 350 nouvelles bouteilles au fond de la mer Baltique et comparera tous les trois ans leur maturation à celle de bouteilles conservées en cellier.

Le chiffre : 3 500

Photo : iStock
Photo : iStock
C’est le nombre d’employés de l’Agence du revenu du Canada qui ont été piégés par un courriel de hameçonnage lors d’un test mené par la direction auprès de 16 000 de ses employés. Ce test fait partie d’une campagne visant à améliorer la protection des dossiers fiscaux des contribuables. L’an dernier, une faille informatique avait donné un accès public à ses serveurs protégés.




Russie : une réforme Barrette à la puissance 1000

Patients et personnel médical manifestent dans les rues de Moscou contre les réformes du système de santé. (Photo : Dmitry Serebryakov/AFP)
Patients et personnel médical manifestent dans les rues de Moscou contre les réformes du système de santé. (Photo : Dmitry Serebryakov/AFP)
La chute des prix du pétrole frappe la Russie de plein fouet et force le pays à mettre la hache dans les dépenses de l’État. Les compressions touchent durement le système public de santé.
28
L’an dernier, 28 cliniques et hôpitaux ont fermé leurs portes à Moscou, ce qui a envoyé au chômage près de 10 000 travailleurs de la santé. D’ici 2018, 11 % de l’ensemble des hôpitaux publics du pays seront fermés.
3,7 %
Augmentation du nombre de patients qui sont morts dans les hôpitaux des régions rurales russes de 2013 à 2014. Il manque en ce moment 55 000 médecins en Russie.
17 500
Nombre de municipalités qui ne possèdent aucune infrastructure médicale sur leur territoire.
(Source : Bloomberg Businessweek)

Construire un chalet en utilisant Google


Crédit photo : Jean-Daniel Petit
Regardez bien le chalet ci-dessus. Il n’a pas été bâti par un entrepreneur, mais par Google. Ou, du moins, par Jean-Daniel et Chanelle, deux Québécois dans la vingtaine qui ont tout appris de la construction en utilisant Google.
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Il y a cinq ans, le couple qui vit et travaille à Montréal rêvait d’avoir un chalet pour fuir la ville les fins de semaine. Leurs critères étaient stricts : l’oasis de paix devait être située à une heure et demie de route au maximum, en bordure d’un lac, et assez grande pour ne pas voir les voisins.
Avec un budget limité, le duo montréalais ne pouvait se permettre d’acheter une propriété existante. La solution : prendre un marteau et retrousser ses manches. Jean-Daniel avait déjà construit des cabanes lorsqu’il était gamin ; pourquoi pas un chalet, maintenant qu’il était grand ?
«On était juste assez fous pour se lancer dans l’aventure, et juste assez stupides pour ne pas voir les risques», raconte Jean-Daniel en riant.
Pendant des mois, ils ont visité des terrains annoncés ici et là, en vain. Trouver un emplacement à la fois accessible, peu aménagé et abordable semblait relever du miracle.
L’impossible est survenu grâce à Google Maps. Jean-Daniel y a repéré un petit lac prometteur, près de Mandeville, dans Lanaudière. Un tour sur place a confirmé ce que les pixels bleus et verts laissaient présager — le couple a acquis un terrain de plus d’un acre.
Ils ont conçu leurs plans avec Google SketchUp, lesquels ont été validés par un architecte, puis dessinés selon les normes par un technicien. Jean-Daniel et Chanelle sont peut-être un peu cinglés, mais pas au point de courir le risque que le toit leur tombe sur la tête.
Google Drive leur a permis d’établir le budget, ainsi que le calendrier de construction. Gmail a servi à l’envoi et au suivi des soumissions pour les matériaux.
Lorsque tout était fin prêt, un entrepreneur est venu creuser et couler la fondation, une des rares choses qu’ils n’ont pas faites eux-mêmes. «Si ton trait-carré est croche, ça commence mal…», explique Jean-Daniel.
Puis, la routine s’est installée. Pour chaque étape, le couple regardait des dizaines de tutoriels sur YouTube. «Après quatre ou cinq, tu finis par voir un pattern et tu te bases sur ça», dit Jean-Daniel.
À ses yeux, c’était plus fiable que d’embaucher le Joe Pickup du coin. «Un entrepreneur veut faire la job le plus vite possible, au plus petit coût possible. En ligne, j’avais accès aux meilleurs spécialistes, et je mettais tout le temps nécessaire pour que ce soit parfait.»
Avec l’aide de leurs proches — tout aussi inexpérimentés — qu’eux, ils ont installé l’isolation…
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Photo et montage : Jean-Daniel Petit
… le bardeau de cèdre…

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Photo et montage : Jean-Daniel Petit
… les murs de bois…

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Photo et montage : Jean-Daniel Petit
… vous comprenez le principe.
Le plaisir était au rendez-vous, mais «ce n’était pas toujours un conte de fées». Certaines choses se sont remarquablement bien déroulées, dont la fabrication du comptoir de cuisine en béton.
D’autres ont tourné au cauchemar, dont la finalisation de la plomberie, qui a nécessité de défaire un mur déjà fermé. «Les planches de bois formaient un motif. On a dû les numéroter une à une en les enlevant, pour être certains de pouvoir les remettre dans le bon ordre. Cette journée-là, on avait prévu terminer la salle de bains. Deux jours plus tard, on était de retour à la case départ.»
N’empêche, la matière rentrait rapidement et la courbe d’apprentissage était exponentielle. L’installation de la première porte a nécessité huit heures. La deuxième, une heure.
Au total, 3 000 heures de travail, réparties sur deux ans, ont été nécessaires avant d’enfoncer le dernier clou. «Ça, c’est sans compter le temps qu’ont mis nos amis et nos familles.»
Le résultat en aura valu la chandelle. Vous pouvez le constater vous-même sur Airbnb, où le couple loue la résidence. «Les gens qui voient le chalet pensent que ça nous a coûté une fortune. Mais c’était moins cher que d’acheter un condo trois et demi à Montréal !»
Et Jean-Daniel est catégorique : sans Google, rien de tout cela n’aurait été possible.

Ils apportent la drogue. Ils apportent la criminalité. Ils sont des violeurs

Photo : Christopher Gregory/Getty Images
Photo : Christopher Gregory/Getty Images
FouineurAux États-Unis, où vivent 11 millions de sans-papiers (pour la plupart latino-américains), l’immigration est devenue l’un des enjeux clés de la prochaine élection présidentielle américaine, prévue en 2016.
Les différents candidats ont jusqu’ici agi stratégiquement afin de gagner la sympathie de la population «latino», qui représente environ 12 % des électeurs – et 17 % de la population américaine, soit 54 millions de personnes. La candidate démocrate Hillary Rodham Clinton, notamment, a montré une ouverture certaine, parlant de régularisations massives de sans-papiers et d’un plan de naturalisation.
Donald Trump, lui, a marché sans sourciller sur ce dossier épineux lors de l’annonce de sa candidature aux primaires républicaines. Non content d’avoir proposé d’ériger un mur de 3 000 km le long de la frontière mexicaine (aux frais de Mexico), le magnat de l’immobilier a pimenté son discours de quelques propos outranciers.
«Les États-Unis sont devenus un dépotoir pour les problèmes des autres. Quand le Mexique nous envoie ses gens, il n’envoie pas ses meilleurs éléments. Il envoie ceux qui ont des tas de problèmes. Ils apportent la drogue. Ils apportent la criminalité. Ils sont des violeurs. Mais certains, je suppose, sont de bonnes personnes», a-t-il lâché.
Une tirade qui pourrait tout simplement barrer le chemin de la Maison-Blanche aux républicains.
En effet, dans le document qui lui a servi de post-mortem aux élections de 2012, le Grand Old Party (GOP) avait donné une ligne directrice afin de tendre la main à la communauté latino-américaine, qui leur avait fait défaut lors du scrutin (27 % des voix pour Mitt Romney, contre 71 % à Barack Obama).
«Si les Latino-Américains ont l’impression qu’un candidat du GOP ne veut pas d’eux aux États-Unis, ils ne nous écouteront plus parler, peut-on y lire. Peu importe ce que nous dirons sur l’éducation, l’emploi ou l’économie ; si les Latino-Américains pensent que nous ne voulons pas d’eux ici, ils feront la sourde oreille à nos politiques.»
Les déclarations de Donald Trump sont un pas de géant dans la mauvaise direction, à en croire ce document. Mais, dans une chronique publiée l’automne passé dans le New York Times, Nate Cohn a rappelé que le «vote hispanique ne peut à lui seul déterminer l’issue de la course présidentielle».
Les républicains peuvent même envisager de remporter l’élection présidentielle sans le vote latino-américain, dit-il. Mais il faudrait pour cela compenser par des percées ailleurs. Dans sa ligne de mire : les États blancs de l’Iowa, du Minnesota, de l’Oregon, du Wisconsin et du New Hampshire, qui ont souri à Barack Obama, en 2012.
«Faire des gains chez les Blancs du nord du pays est le cœur de la stratégie qui mènerait le GOP à la victoire, quels que soient les progrès effectués auprès des Latino-Américains», résume le journaliste.
Si Donald Trump a probablement marqué des points auprès d’électeurs placés à l’extrême droite de l’échiquier politique, ses déclarations font en tout cas prendre de gros risques aux républicains. Bien que les Latino-Américains soient concentrés de manière disproportionnée dans des États d’ores et déjà acquis aux démocrates (la Californie) ou aux républicains (le Texas), ils représentent tout de même plus de 5 % des électeurs dans trois États pouvant basculer d’un côté comme de l’autre : la Floride, le Nevada et le Colorado. Assez pour faire la différence.
L’intéressé, lui, n’a probablement pas amélioré son sort au sein du parti dont il brigue l’investiture.
En effet, selon un sondage du Washington Post, Donald Trump souffre d’un sérieux déficit d’image à l’intérieur du parti : 23 % des républicains ont une opinion favorable de lui, et 65 % en ont une défavorable, pour un résultat cumulé de -42. Face à ses concurrents, il ne fait tout simplement pas le poids.
Qu’elle paraît loin cette année 2011 où Donald Trump, alors candidat non-déclaré, était en tête des sondages des primaires républicaines, loin devant Mike Huckabee et Mitt Romney…



Changer de changement» selon les partis politiques

PolitiqueMardi, Justin Trudeau a annoncé une partie de son programme en vue de la prochaine élection. Et pour rentabiliser la location de la scène et des micros (c’est l’austérité pour tout le monde), il n’y est pas allé de main morte.
Parmi les choses qu’il a promises : une réforme électorale, un cabinet ministériel paritaire et le maintien de la livraison du courrier à domicile… et peut-être, aussi, de venir embrasser personnellement tous les bébés du Canada pendant la campagne. On ne sait pas, le document était trop long, et on n’a pas tout lu.
Tout ça contraste joyeusement avec les engagements des conservateurs, qui sont plutôt du type «chicaner les pas gentils» ou «les taxes, c’est pas bon». On apprécie.
Pour présenter ce programme qu’ils veulent inspirant, les stratèges du Parti libéral du Canada (PLC) n’avaient pas le choix de trouver une formule tout aussi inspirante — une formule qui fait une coupure avec le passé, un slogan qui frapperait l’imaginaire avec sa nouveauté.
Comme ils ne l’ont pas trouvé, ils y sont plutôt allés avec le slogan «Du vrai changement».
Ce n’est qu’un slogan, je sais, mais il m’a enlevé toute envie de m’intéresser au contenu derrière. Le changement vient d’arriver, dans son emballage de déjà-vu et de cliché. Youpidlidou.
«Les temps, ils sont a-changeants», chantait Bob Dylan, avant que Richard Séguin ne lui propose une meilleure traduction. Sauf qu’en politique, plus ça change, plus c’est pareil : plus ça change, plus on nous promet du changement.
De Jean Lesage («C’est le temps que ça change») à François Legault («C’est assez, faut que ça change») en passant par Mario Dumont («Pour un vrai changement»), Barack Obama («Change We Can Believe In») et la madame à la caisse de l’épicerie («Pourrais-tu me faire du change pour un cinq ?»), tout le monde parle de changement.
Mélanie Joly aussi promettait du «vrai changement pour Montréal», avant d’opter pour du «vrai changement pour Mélanie» en devenant plutôt aspirante candidate-vedette au PLC. Il serait facile de prétendre que c’est elle qui a inspiré le nouveau slogan du parti, mais il n’y a rien de moins inspiré que ce slogan.
Du vrai changement. Pas que du changement générique et factice : du VRAI changement. C’est important, le vrai changement, parce que c’est avec ça qu’on va pouvoir s’occuper des vraies affaires, qui touchent le vrai monde.
Le changement du NPD ? Ce n’est pas le vrai. C’est une marque générique de changement. C’est le Compliments du changement, le Choix du Président, alors qu’il n’y a même pas de président au Canada.
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Photo extraite de la page Facebook de Thomas Mulcair
Le Bloc québécois n’a pas encore annoncé son slogan, alors il n’est pas trop tard pour qu’il promette à lui aussi du changement. Afin de souligner le retour de Gilles Duceppe, pourquoi ne pas y aller avec : «Le changement est de retour» ? Ou alors, avec un jeu de mot mécanico-politique : «Faites un changement d’Gilles».
Mais moi, je rêve d’un vrai changement.
Je rêve d’un parti politique qui sait que le changement réel n’a pas besoin d’une campagne de marketing pour annoncer qui il est. Le changement arrive, il est différent, il a de nouvelles idées, il fait… changement. Et ça, c’est bien plus puissant qu’un slogan.

Les pièges de la gestion de l’offre

Photo: Tony C French/Getty Images
Photo: Tony C French/Getty Images
Blogue EconomieEn avril, le Canada est devenu le seul pays au monde qui maintient une politique de gestion de l’offre pour protéger ses producteurs laitiers lorsque l’Europe a aboli les quotas limitant la production de ses exploitants. Les quotas européens étaient en vigueur depuis 1984 et leur abolition suit la voie tracée par la Suisse en 2009 et l’Australie en 2000.
L’Institut économique de Montréal vient de produire une courte note sur les effets de cette politique fédérale qui fixe le prix du lait (un tel régime s’applique aussi aux poulets et aux oeufs) pour garantir des revenus adéquats aux producteurs agricoles. Le texte est cosigné par les économistes Youri Chassin et Mario Dumais, ce dernier ayant été directeur des publications à l’Union des producteurs agricoles (UPA) et à la Coop fédérée. Je précise parce que l’UPA et sa Fédération des producteurs agricoles sont les grands défenseurs et lobbyistes de ce programme. Cela s’explique du fait que le Québec accapare à lui seul 44 % des quotas canadiens.
La politique de gestion de l’offre est un mécanisme astucieux qui garantit les revenus des producteurs sans avoir recours aux programmes de subventions qui caractérisent l’agriculture mondiale. Elle impose plutôt des limites à la production de lait, ce qui prémunit les agriculteurs contre des fluctuations de prix causées par une situation de surproduction ou de pénurie. Ce faisant, elle maintient en vie de petites exploitations qui auraient du mal à s’imposer devant des joueurs mondiaux plus grands et plus efficaces et qui bénéficient de surcroît de conditions climatiques plus favorables.
Une telle politique n’est cependant pas sans conséquence et elle a de sérieux inconvénients. J’en énumère certains.
1. Les consommateurs paient plus cher, car c’est à eux qu’on refile l’addition. De plus, ces prix plus élevés affectent plus lourdement les plus démunis. Une étude de l’Université du Manitoba indique que cette politique coûte 554 dollars par année aux ménages les plus riches, soit 0,4 % de leurs revenus. Elle coûte 339 dollars par année aux ménages les plus pauvres, soit 2,29 % de leurs revenus.
Notons que les ménages canadiens ne peuvent y échapper en achetant du lait produit ailleurs. Des frais douaniers atteignant 200 % de la valeur des produits limitent les importations de produits laitiers et le Québec a de plus une politique de prix minimum du lait vendu en épicerie pour maintenir des prix plus élevés.
2. Les agriculteurs doivent posséder un permis — un quota — pour chaque litre de lait qu’ils vendent aux transformateurs. Ceux qui ont pu en acheter plusieurs à bon prix sont très avantagés parce que la valeur des permis s’est grandement appréciée au fil des ans. C’est néanmoins un problème pour les éventuels acquérants de leur exploitation parce qu’ils doivent payer ces droits très chers, en plus de devoir payer la ferme, l’équipement et les animaux. Les quotas sont pour eux un grand facteur d’endettement.
3. La production de lait est contingentée. Les grands transformateurs québécois comme Saputo et Agropur doivent s’établir ailleurs pour assurer leur croissance, car c’est dans d’autres pays qu’ils trouvent le lait dont ils ont besoin pour fournir les pays émergents qui importent de plus en plus de produits laitiers.
Prisonnier de sa politique, le Canada se coupe des marchés étrangers comme la Chine, où la demande est en forte hausse. C’est pour conquérir les nouveaux marchés que les pays européens ont libéralisés la production de lait.
4. La gestion de l’offre est un irritant pour nos partenaires commerciaux qui y voient une forme de protectionnisme. C’est l’un des grands enjeux des négociations pour l’Accord de partenariat transpacifique. Le Canada est obligé de faire des concessions aux tables de négociation pour protéger sa politique agricole, ce qui peut avoir des effets sur d’autres secteurs de l’économie.
La note de l’Institut économique de Montréal raconte comment l’Australie a pu mettre fin à la gestion de l’offre en 15 ans. Le gouvernement australien a racheté les quotas laitiers des agriculteurs, une mesure financée par une taxe temporaire de 11 cents sur le prix de détail de chaque litre de lait vendu entre 2000 et 2009. Le nombre d’exploitations a diminué de moitié, mais la production par ferme a augmenté de 71 %.
On mesure bien l’enjeu et la vision de deux conceptions de l’agriculture. D’un côté, il y a le maintien d’un marché protégé par des prix élevés pour préserver la petite exploitation. De l’autre, on trouve un modèle axé sur la productivité et le développement des marchés.
Les autres pays semblent avoir choisi leur camp.

mercredi 17 juin 2015

La différence entre les «immigrés» et les «expatriés

FouineurEn 2015, le Québec devrait ouvrir ses portes à un total de 51 500 personnes immigrantes, afin de «favoriser l’enrichissement du patrimoine socioculturel» de la province. De ce nombre, combien seront des «expats» (expatriés) ?
La question est rhétorique. «Expatrié» et «immigré», dans leur utilisation courante, renvoient généralement aux mêmes personnes : des travailleurs ayant quitté leur terre natale pour s’installer dans un autre pays. Pourtant, selon certains, les deux termes ne désignent pas nécessairement les mêmes populations.
«Les Africains sont des immigrés. Les Arabes sont des immigrés. Les Asiatiques sont des immigrés. Les Européens, eux, sont des expats, parce qu’il ne saurait être question de les placer au même niveau que les autres. Ils sont supérieurs. “Immigré” est un terme destiné aux races inférieures», affirme le blogueur togolais Mawuna Remarque Koutonin dans une chronique reprise par The Guardian et Courrier international.
Pour étayer ses propos, il cite l’exemple d’un travailleur africain anonyme. «Je travaille pour des organisations multinationales, aussi bien dans le secteur privé que dans le secteur public. Mais étant noir ou de couleur, je n’ai pas droit au terme d’“expat”. Je suis un immigré hautement qualifié, comme ils disent pour être politiquement correct».
L’exemple de la dynamique entre les communautés à Hong Kong est, à ce titre, éloquente. Dans cette ancienne colonie britannique où «tout le monde semble venir d’ailleurs», selon l’écrivain canadien Christopher DeWolf, «certains arrivants sont considérés comme des expats, alors que d’autres sont des immigrants et certains, de simples migrants», explique-t-il dans un blogue consacré aux expatriés dans le Wall Street Journal.
Là-bas, dit-il, «les domestiques philippins ne sont que des invités, même s’ils sont là depuis des décennies». À l’inverse, «quiconque a des racines occidentales est considéré comme un expat».
Ruchika Tulshyan rejette l’affirmation selon laquelle le mot «expatrié» dénote un préjugé racial. Cette journaliste, qui se considère comme une nomade planétaire («global nomad») – elle est née à Singapour de parents indiens, et a étudié à Londres et à New York, avant de s’installer à Seattle –, affirme qu’il s’agit d’un mot imparfait servant de «raccourci pour un concept beaucoup plus nuancé que “personne-riche-et-blanche-vivant-à-l’étranger-sans-désir-de-s’intégrer”».
Dans le Wall Street Journal, elle explique que le terme «expat» soulève plutôt une discrimination socioéconomique : certains utiliseraient ce mot et cette distinction comme une manière de s’élever au-dessus du statut d’immigrant. «Les expatriés n’hésiteraient pas à changer de pays si une meilleure opportunité économique se présentait, alors que la plupart des immigrants déménagent avec l’intention de prendre durablement racine dans leur nouveau chez-soi».
La distinction entre «expat» et «immigré» se fait en fonction de la classe sociale et du statut économique, acquiesce Christopher DeWolf, qui considère cela comme une façon rétrograde de voir les choses. «L’interprétation plus contemporaine du terme “expat” a davantage à voir avec les privilèges. Les expatriés sont libres d’errer entre les pays et les cultures, des privilèges qui ne sont pas octroyés à ceux qui sont considérés comme des immigrants où des travailleurs migrants.»
Malgré tout, à Hong Kong comme ailleurs, le pays d’origine reste déterminant pour distinguer les expatriés des immigrés, note-t-il.
 «Même si un domestique étranger passe le reste de sa vie à Hong Kong, il/elle a peu de chance de se voir accorder la résidence permanente. À l’inverse, Hong Kong m’offrira l’ensemble de ses droits et de ses protections une fois que j’y aurai vécu sept ans – mais j’ai souvent le sentiment qu’il n’y a pas beaucoup d’attente de réciprocité, au contraire des États-Unis, où l’on attend des immigrants qu’ils apprennent l’anglais et adoptent un certain ensemble de valeurs.»


Daniel Vézina : toujours plus haut

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Daniel Vézina en compagnie de sa fille, Laurie-Alex. – Photo : Catherine Genest
Daniel Vézina — le Gordon Ramsay du Québec, mais en plus gentil — n’a pas chômé depuis la fin du tournage de la cinquième saison de l’émission Les Chefs ! Exilé dans son refuge de Tewkesbury (à une trentaine de minutes de Québec), il a planché sur de nouveaux projets d’écriture tout en s’entraînant assidûment pour l’aventure d’une vie.
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Le Kilimandjaro
Au moment d’écrire ces lignes, Vézina réalise en effet l’un de ses plus grands défis personnels : l’ascension du mont Kilimandjaro, une aventure qu’il réalise avec sa fille Laurie-Alex (24 ans) et une vingtaine d’amis dans le but d’amasser des fonds pour la Fondation Vieux-Rêves et la Fondation Gilles Kègle.
«J’ai à cœur de soutenir les personnes âgées qui vieillissent seules. Ça me touche profondément. J’avais aussi envie de faire quelque chose de significatif en compagnie de ma fille», indique celui qui est président d’honneur de l’Expédition Kilimandjaro 2015 et qui sera de retour au Québec le 23 juin prochain.
Diffuser les connaissances
Outre ce projet personnel, la transmission du savoir reste une priorité pour le chef de 54 ans, qui enseigne ses techniques de cuisine dans un atelier-école adjacent à son restaurant de Québec, en plus de publier régulièrement des livres de recettes. Selon Daniel Vézina, la passion de la cuisine se partage comme on partage un bon repas avec les amis, une discussion autour du feu ou l’aventure d’une vie.
Pour cet homme-orchestre qui exploite deux succursales du restaurant Laurie Raphaël (le premier à Québec, le deuxième à Montréal), la transmission, c’est aussi une histoire de famille. Ainsi, sa femme Suzanne et leurs deux enfants s’impliquent tous les trois à leur manière dans le business familial.
Chef à l’établissement de Québec, Raphaël, le fils, suit par exemple les traces du père en mettant en valeur de façon originale le terroir québécois. Le jeune homme de 27 ans multiplie les collaborations avec les producteurs locaux, jouant de créativité avec le pigeonneau de Marieville ; les fromages artisanaux de l’île d’Orléans ; les fleurs comestibles de Madame Allison, en Beauce ; le foie gras de la Ferme Basque de Charlevoix ; les carottes de couleur et les minibetteraves de cette même région…
Après tout, «la pomme ne tombe jamais bien loin de l’arbre», dit le proverbe.

Le poison des OSBL municipaux

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Photo : Jeangagnon/Wikimedia Commons C.C. 3.0
Le dernier rapport du vérificateur général de Montréal, Jacques Bergeron, montre à quel point la création d’organismes sans but lucratif (OSBL) est pernicieuse pour les citoyens et payeurs de taxes, à partir du cas de Technoparc Montréal.
Politique
Technoparc, anciennement confiné au territoire de la ville de Saint-Laurent, a juridiction sur l’ensemble du territoire montréalais depuis 2009, afin d’appuyer l’implantation et la mise sur pied de sociétés de technologie et de centres de recherche.
La Ville de Montréal jette l’argent par les fenêtres pour soutenir cet OSBL, à raison de 2,6 millions de dollars par année pour la période 2013-2017, pour un total de 13 millions. Sans la contribution de la Ville, Technoparc ferait banqueroute. En 2012 et 2013, l’OSBL a tiré respectivement 99 % et 97 % de ses sources de revenus récurrentes de la Ville de Montréal.
Et les résultats ? Impossibles à évaluer. En cette ère post-commission Charbonneau, Technoparc évolue dans une inexplicable opacité.
Cherchez les résultats financiers détaillés de l’organisme dans son site Internet : vous ne les trouverez pas. Dans son rapport annuel, le vérificateur général consacre un chapitre entier au cas de Technoparc, dont il a scruté les activités de 2012 à 2014. Les conclusions sont dérangeantes.
Personne, à la Ville de Montréal, ne se soucie des façons de faire de Technoparc dans l’utilisation des fonds publics. Il n’y a «aucun suivi», «aucun mécanisme de reddition de comptes» pour des dépenses totalisant 13 millions, constate Jacques Bergeron.
«Étant donné que Technoparc Montréal est largement subventionné par la Ville et que sa survie en dépend, il pourrait être légitime de s’interroger sur les raisons pouvant justifier que les fonds publics municipaux ne sont pas assujettis à la même rigueur, à la même prudence et au même encadrement que ceux utilisés directement par les différents services municipaux», écrit le vérificateur général dans son rapport.
La Ville de Montréal a fourni des explications, qui sont la caricature même des dysfonctions d’une grande bureaucratie. Le Service du développement économique a imputé la responsabilité du suivi budgétaire au Service des finances. Et le Service des finances a renvoyé le fardeau au Service du développement économique (le véritable porteur du dossier, selon le vérificateur général).
Alors que les fonctionnaires municipaux doivent justifier le moindre café espresso sur leurs comptes de dépenses, la Ville perd de vue 13 millions de dollars. C’est une goutte d’eau coupée en quatre dans le budget de 4,88 milliards de la Ville de Montréal, mais là n’est pas la question.
À quoi servent les OSBL, si ce n’est pour perdre la trace des fonds publics et abandonner tout espoir d’une reddition de comptes digne de ce nom ?
Toujours selon le rapport du vérificateur général, Technoparc Montréal a fait un piètre usage de ces fonds. L’intégrité de ses administrateurs n’est nullement remise en question, mais ils ne sont certainement pas des modèles en matière de gouvernance. La composition du conseil n’est pas conforme aux lettres patentes de l’organisme, les règles d’éthique et de déontologie ne sont pas toujours suivies, il n’y a aucun mécanisme de concertation pour coordonner les interventions des différents partenaires en matière de développement, le laxisme prévaut dans le remboursement des comptes de dépenses, etc.
Le vérificateur général et son équipe ont beau chercher, ils ne sont pas en mesure d’évaluer les retombées positives de Technoparc sur l’économie montréalaise. «L’absence de critères d’évaluation et de reddition de comptes rend difficile l’appréciation des retombées économiques réelles attribuables à Technoparc», constate le vérificateur général.
L’organisme est impliqué dans plusieurs dossiers, dont celui du quartier de la santé, autour du site du nouveau CHUM. Il entre en concurrence avec d’autres organismes, dont le Service du développement économique. Il est anormal qu’il puisse continuer de vivre aux crochets des payeurs de taxes montréalais.
L’administration Coderre a annoncé que le Service du développement économique fera la suivi approprié pour renforcer à court terme la gouvernance et la gestion administrative de Technoparc.
À long terme, une réflexion s’impose sur la pertinence des OSBL en milieu municipal. Quand les élus perdent de vue la gestion et le contrôle de fonds publics, dans ces organismes réputés pour leur opacité, il n’en sort jamais rien de bon pour les citoyens.

Pourquoi les Québécois déménagent-ils le 1er juillet ?

Cette année encore, plus de 200 000 Québécois déménageront le 1er juillet, pendant que le reste du pays célébrera la fête du Canada.
Pourquoi sont-ils si nombreux à entrer dans la valse des boîtes ? D’où vient cette étrange habitude, qui fait sourciller le reste du monde ? Quelles en sont les répercussions sur l’industrie du déménagement ?
Retour sur une tradition dont les origines remontent… à plus d’un siècle !

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Waterloo, une «morne plaine» qui a 200 ans

Art_de_vivreIl y a cinq ans, j’ai eu la chance d’assister à l’une des plus grandes reconstitutions historiques de l’une des plus célèbres batailles d’Europe : celle de Waterloo, où l’armée de Napoléon s’est inclinée devant celle du duc de Wellington et de ses alliés.
À cette occasion, tous les spectateurs présents avaient eu droit aux impressionnants mouvements de troupes de 3 000 figurants, tous costumés et tous convaincus du sérieux de leur rôle, rendu avec un criant réalisme.
Pour souligner le bicentenaire de cette bataille décisive, la même reconstitution aura lieu en fin de semaine, mais avec encore plus de figurants : pas moins de 5 000 d’entre eux seront déployés, aux côtés de 300 chevaux et de 100 pièces d’artillerie. On pourra suivre le tout en temps réel sur Internet (http://ift.tt/1BntIEU), vendredi et samedi, de 20 h à 22 h — heure de Waterloo (de 14 h à 16 h au Québec).
Crédit: Waterloo 2015
Crédit : Waterloo 2015
Tout au long de la fin de semaine, plus de 200 000 visiteurs seront attendus, dont des dizaines de milliers venus de l’étranger, y compris de France — exception faite de François Hollande et de Manuel Valls, qui brilleront par leur absence, même si cette reconstitution sera la plus grande jamais orchestrée en Europe.
Dès le 18 juin (la date officielle de la bataille, en 1815), des bivouacs prendront place sur le site, pour «se plonger dans la vie quotidienne des régiments», alors qu’on présentera un spectacle son et lumières tard en soirée (à 22 h 45, heure locale).
En attendant les prochaines reprises historiques, qui reviendront à tous les quatre ans (alors que la prochaine commémoration aura lieu en 2025), il existe plusieurs moyens de revivre Waterloo au-delà des commémorations de cette année.
D’abord, le Mémorial 1815 du site — fraîchement rénové et rouvert depuis le 22 mai — présente désormais un film en 4D «avec des odeurs de poudre», sur un écran panoramique. Les spectateurs y ont carrément l’impression de prendre part aux affrontements, sur le terrain.
Sur place, on peut aussi visiter le Musée Wellington, qui loge dans l’ancien quartier général du vainqueur de la bataille et qui présente divers objets personnels, des gravures, des armes d’époque, etc. Une autre exposition y décrit la célèbre bataille, à grands renforts de diagrammes lumineux.
Enfin, à Bruxelles, le Musée royal de l’Armée et de l’histoire militaire présente pour sa part l’exposition Waterloo 1815-2015 — Le défi à l’Europe jusqu’au 31 octobre.

Pour plus d’infos, consultez le programme officiel de la commémoration.
Pour avoir droit à un résumé de la bataille en quelques minutes, visionnez la vidéo préparée par le Nouvel Observateur.



mardi 16 juin 2015

David Altmejd expose au Musée d’art contemporain de Montréal

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David Altmedj dans son atelier, à New York, où il travaille depuis une dizaine d’années. (Photo : Lance Brewer)
Sa plus récente expo, Flux, s’ouvre sur une œuvre qui ne laisse pas indifférent : le buste d’une femme dont le visage est absent, comme troué par un obus. Malgré la violence qui s’en dégage, la pièce, qu’on pourra voir au Musée d’art contemporain à compter du 20 juin, représente l’une des personnes qui comptent le plus pour le sculpteur : Sarah, sa propre sœur. Bienvenue dans l’univers singulier de David Altmejd (prononcez « Altmaid »), né à Montréal il y a 40 ans et devenu, malgré son aversion pour les plans de carrière et une personnalité effacée, l’une des stars internationales de l’art contemporain. 
Sarah Altmejd (portrait sculpté de la soeur de l'artiste), 2003.
Sarah Altmejd (portrait sculpté de la sœur de l’artiste), 2003.
Ce trou, celui qu’il a infligé au visage de sa sœur — au figuré, il va sans dire — comme à plusieurs des êtres mi-humains, souvent colossaux, qui jalonnent son œuvre, David Altmejd le voit d’abord comme quelque chose de positif. En détruisant la personne « qu’il aime le plus au monde », soutient-il, il crée une tension entre horreur et affection. Il provoque, surtout, la réflexion. « Ce néant ouvre sur l’infini, pour moi. J’aime ce contraste entre la violence apparente et l’aspect paisible de la sculpture, l’amour voué au sujet. Le trou évoque une explosion, mais aussi le passage entre deux espaces, il laisse entrer la lumière. »
On retrouve également ce motif dans L’œil, la sculpture de David Altmejd qui se dresse à l’angle des rues Sherbrooke et Crescent depuis 2011, devant le Musée des beaux-arts de Montréal, sorte d’Icare de bronze troué au ventre, lui. Quant à ce que ce trou veut dire exactement, l’artiste laisse le soin à celui qui regarde d’en décider. « C’est une ouverture, justement. Un espace que je laisse pour l’imagination. D’ailleurs, contrairement à d’autres artistes, je refuse que mon travail serve à dire une chose en particulier. Ce serait le limiter à un outil de communication. Je veux que chacun puisse y entrer ; que l’œuvre ne contienne pas un sens, mais génère un sens. »
Sculpture jazz
Cet espace d’ouverture, David Altmejd aimerait l’étendre à la notion même d’exposition, lui qui s’attriste de voir autant de gens se méfier de l’art contemporain. Son rêve ? Que devant les grandes structures de miroir et de plexiglas qui ont fait sa renommée, que devant ses géants de plâtre et de métal, le public se laisse fasciner, sans trop se poser de questions. « J’ai l’impression que les gens sont souvent sur la défensive, dans un musée d’art contemporain. Qu’ils crai­gnent quelque chose. J’aime­rais tant qu’ils aient dans un musée la même disponibilité qu’ils ont durant une marche en forêt : on peut être ému par une plante, un arbre, sans comprendre leur fonctionnement ! »
Lui-même ne cherche pas à tout déchiffrer. Étranger à la notion de croquis préparatoire comme à celle de plan de carrière, Altmejd improvise continuellement, se laisse guider par la matière, comme un jazzman. Dans son atelier de New York, où il vit depuis une dizaine d’années, il essaie, se trompe, recommence. « C’est dans le contact physique avec les matériaux que des motifs font leur apparition, des animaux, des têtes humaines… L’aspect structuré de mon travail, presque architectural, qu’on souligne sans arrêt, il découle de ces motifs. C’est d’abord un support, une sorte d’échafaudage. J’ai fini par lui donner un rôle artistique, mais ce n’était pas prévu ! »
Loin de l’artiste qui pontifie, Altmejd a la même attitude jusque dans la parole. Il ouvre des parenthèses, ne les referme pas toujours, suspend sa phrase — « Ah non, cette idée-là n’a pas de sens », dira-t-il deux ou trois fois durant l’entretien. « Je sais que j’ai parfois du mal à expliquer, admet-il. C’est qu’à mes yeux rien n’est figé, il n’y a qu’une chose qui compte : la sculpture que je suis en train de faire. Où je m’en vais exactement, je n’en ai aucune idée, et je crois que c’est très bien comme ça ! »
Après tout, si le vide n’est jamais qu’un lieu de passage vers autre chose, pourquoi s’en effrayer ? (Du 20 juin au 13 septembre)

La malbouffe au régime ?

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Photo : Yuri Long/Flickr/Wikimedia Commons CC. 2.0
Et si l’on arrêtait de malbouffer ? De faire régulièrement le plein de calories vides ? D’avaler à toute vitesse des solides et des liquides bourrés de gras et de sucre ? Bref, et si l’on arrêtait de bouffer plutôt que de manger ?
Art_de_vivre
Je ne dis pas qu’un hamburger-frites ou un hotdog steamé, savourés dans une cabane à patates quelque part sur la route des vacances, soient à proscrire. À juste titre, Émilie Villeneuve et Olivier Blouin ont célébré le charme rétro des casse-croûtes du Québec dans leur fort sympathique Moutarde chou, un livre all-dressed publié il y a trois ans aux éditions Cardinal.
Mais quand 76 % des jeunes Québécois consomment «régulièrement» des sucreries, 64 % des collations salées et 52 % des mets frits — comme l’a montré une enquête du Réseau du sport étudiant du Québec réalisée auprès de 10 000 jeunes —, il faut s’inquiéter. Il faut aussi s’inquiéter quand, selon la même enquête, à peine la moitié d’entre eux mangent chaque jour des fruits frais et des légumes.
D’autant plus que si les jeunes mangent mal, les adultes ne sont évidemment pas en reste. Le pèse-personne ne ment pas. Les Centers for Disease Control calculent qu’aux États-Unis, les femmes pèsent aujourd’hui en moyenne 166,2 livres, soit exactement ce que pesaient les hommes au début des années 1960. Quant aux hommes, ils ont gagné près de 30 livres au cours de la même période. Pas seulement à cause de la malbouffe — le manque d’activité physique y est aussi pour quelque chose. Mais beaucoup à cause d’elle.
Fait intéressant : le junk food commencerait à reculer au pays même où il est né, raconte l’hebdomadaire français L’Obs dans un dossier récent. Aux États-Unis, McDonald’s vient de connaître neuf trimestres consécutifs de baisse des ventes. Coca-Cola a annoncé 1 800 licenciements. L’an dernier, Kraft a vu ses profits fondre comme fromage sous le gril, avec une baisse de 62 %. Forcée de se mettre au goût du jour, elle a promis de ne plus ajouter de colorant artificiel dans son légendaire mac & cheese, colorant qui le rendait, dit l’hebdo, «d’un bel orange radioactif».
Les consommateurs américains seraient-ils en train de prendre un exemplaire virage santé ? Les salades et l’eau commenceraient-elles à gagner droit de cité sur leurs comptoirs de bouffe-minute, comme on commence à le voir ici ? Difficile d’affirmer que ces faits sont annonciateurs d’une véritable tendance. Mais l’expérience de McDo France est révélatrice : plus 2,6% de chiffre d’affaires en 2014 par rapport à l’année précédente. Comment ? En misant sur la qualité, le goût, le léger, le local, voire le gastronomique. Donc, en francisant la franchise. Autre signe des temps, note L’Obs, la restauration rapide à la française mise sur le haut de gamme et gagne. Comme dit une chaîne qui a fait ce pari, Big Fernand : «Arrêtez de bouffer des burgers, mangez des hamburgés !».
Ce n’est qu’un début, bien sûr. Mais la guerre contre la malbouffe se gagnera petit à petit — une bouchée (de moins) à la fois.

Grèce : la faute aux prêteurs ?

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Photo : Pixabay
Rien ne va plus depuis la rupture des négociations, dimanche, entre la Grèce et ses créanciers.
Blogue Economie
Le premier ministre grec ne mâche pas ses mots envers le Fonds monétaire international (FMI), la Banque centrale européenne (BCE) et ses partenaires de la zone euro — soit directement, soit par l’entremise du Fonds européen de stabilisation financière. Tous, ils humilieraient la Grèce, pilleraient le pays et l’étrangleraient financièrement. Alexis Tsipras prête même une «responsabilité criminelle» au FMI, rapporte le quotidien Les Échos.
On connaît l’enjeu. La Grèce est accablée par une dette de 321,7 milliards d’euros, ce qui correspond à 177 % de son PIB.
Chaque remboursement d’un prêt venant à échéance est réalisé grâce à l’obtention d’un nouveau prêt consenti par le même groupe de créanciers.
Par exemple, la Grèce doit rembourser 8,3 milliards d’euros au FMI et à la BCE entre le 30 juillet et le 20 août, une somme qui ne peut être acquittée sans le déblocage d’un crédit de 7,2 milliards de dollars déjà consentis, mais remis en question si le pays ne respecte pas certaines conditions.
Jusqu’à 80 % de la dette grecque est détenue par des partenaires publics voulant s’assurer que le gouvernement d’Athènes réalise les économies budgétaires qui lui permettront de rembourser ses prêts plus facilement et le mettront finalement à l’abri d’un défaut de paiement.
De son côté, le gouvernement grec soutient que les conditions exigées par ses prêteurs se traduisent forcément par des mesures d’austérité insoutenables pour la population et qui empêchent de surcroît la croissance économique, de meilleures rentrées fiscales et une meilleure gestion de sa dette publique.
Par exemple, le gouvernement grec craint que la hausse de taxe de vente exigée par les créanciers européens nuisent à la compétitivité du tourisme et prive conséquemment le pays de précieuses rentrées d’argent. La diminution des pensions, une autre demande européenne, aurait aussi des répercussions sur la consommation et l’économie.
Les créanciers ont perdu confiance dans la capacité de la Grèce à faire le ménage et à rétablir sa situation. Dans le Financial Times, on se demande : comment se fait-il que la Grèce a un budget militaire si élevé et qu’elle semble toujours avoir assez d’argent quand il s’agit d’acheter des sous-marins ou de remplacer des avions ?
La Grèce dépense l’équivalent de 2,5 % de son PIB pour ses dépenses militaires, comparativement à 1 % pour le Canada ou à 1,3 % pour l’Allemagne. L’armée grecque embauche 3 % de la main-d’œuvre totale du pays, soit proportionnellement 10 fois plus que le Canada, 7,5 fois plus que l’Allemagne et plus de trois fois plus que les États-Unis.
Le gouvernement grec défend sa souveraineté et sa légitimité, puisqu’il a été élu avec un programme antiaustérité.
Les gouvernements européens rétorquent qu’ils sont eux-mêmes redevables envers leurs électeurs et contribuables, et que c’est grâce à leur intervention et à leurs engagements financiers que la Grèce ne s’est pas encore retrouvée en défaut de paiement. Ce n’est quand même pas de leur faute si les gouvernements grecs successifs ont accumulé cette dette en trichant sur leurs comptes, en dépensant au-delà des moyens du pays et en ne récoltant pas les recettes fiscales nécessaires.
L’impasse est donc totale.
Alexis Tsipras monte le ton et nargue ses partenaires en assistant, cette semaine, à une conférence internationale qui a lieu à Saint-Pétersbourg, en présence de Vladimir Poutine.
Les Européens paraissent excédés, et on semble envisager plus sereinement — surtout en Allemagne — une sortie de la Grèce de la zone euro. La dette grecque est détenue par des institutions publiques et ne peut plus affecter les grandes banques européennes comme c’était le cas il y a quelques années. La dette grecque ne représente aussi que 3 % du PIB européen.
En attendant le dénouement du dernier acte de cette tragédie amorcée en 2008-2009, le prix des obligations grecques sur deux ans frôle les 30 % et les marchés financiers, surtout européens, sont nerveux.
La sortie de l’euro — la Grexit, comme on la surnomme — ne se fera pas sans heurts, et elle soulève plusieurs questions juridiques et financières. Elle créerait un précédent que les Européens ne souhaitent pas.
Pour la Grèce, le défaut de paiement est une aventure encore plus périlleuse. Les banques grecques seraient fragilisées ; de nombreux Grecs voudront sans doute transférer leur argent hors du pays ; une nouvelle monnaie serait dépréciée face à l’euro ; et un pays en situation de défaut aura du mal à se financer.
La suite du feuilleton jeudi, alors que les ministres européens des Finances se retrouvent au Luxembourg.