Photo: Tony C French/Getty Images
L’Institut économique de Montréal vient de produire une courte note sur les effets de cette politique fédérale qui fixe le prix du lait (un tel régime s’applique aussi aux poulets et aux oeufs) pour garantir des revenus adéquats aux producteurs agricoles. Le texte est cosigné par les économistes Youri Chassin et Mario Dumais, ce dernier ayant été directeur des publications à l’Union des producteurs agricoles (UPA) et à la Coop fédérée. Je précise parce que l’UPA et sa Fédération des producteurs agricoles sont les grands défenseurs et lobbyistes de ce programme. Cela s’explique du fait que le Québec accapare à lui seul 44 % des quotas canadiens.
La politique de gestion de l’offre est un mécanisme astucieux qui garantit les revenus des producteurs sans avoir recours aux programmes de subventions qui caractérisent l’agriculture mondiale. Elle impose plutôt des limites à la production de lait, ce qui prémunit les agriculteurs contre des fluctuations de prix causées par une situation de surproduction ou de pénurie. Ce faisant, elle maintient en vie de petites exploitations qui auraient du mal à s’imposer devant des joueurs mondiaux plus grands et plus efficaces et qui bénéficient de surcroît de conditions climatiques plus favorables.
Une telle politique n’est cependant pas sans conséquence et elle a de sérieux inconvénients. J’en énumère certains.
1. Les consommateurs paient plus cher, car c’est à eux qu’on refile l’addition. De plus, ces prix plus élevés affectent plus lourdement les plus démunis. Une étude de l’Université du Manitoba indique que cette politique coûte 554 dollars par année aux ménages les plus riches, soit 0,4 % de leurs revenus. Elle coûte 339 dollars par année aux ménages les plus pauvres, soit 2,29 % de leurs revenus.
Notons que les ménages canadiens ne peuvent y échapper en achetant du lait produit ailleurs. Des frais douaniers atteignant 200 % de la valeur des produits limitent les importations de produits laitiers et le Québec a de plus une politique de prix minimum du lait vendu en épicerie pour maintenir des prix plus élevés.
2. Les agriculteurs doivent posséder un permis — un quota — pour chaque litre de lait qu’ils vendent aux transformateurs. Ceux qui ont pu en acheter plusieurs à bon prix sont très avantagés parce que la valeur des permis s’est grandement appréciée au fil des ans. C’est néanmoins un problème pour les éventuels acquérants de leur exploitation parce qu’ils doivent payer ces droits très chers, en plus de devoir payer la ferme, l’équipement et les animaux. Les quotas sont pour eux un grand facteur d’endettement.
3. La production de lait est contingentée. Les grands transformateurs québécois comme Saputo et Agropur doivent s’établir ailleurs pour assurer leur croissance, car c’est dans d’autres pays qu’ils trouvent le lait dont ils ont besoin pour fournir les pays émergents qui importent de plus en plus de produits laitiers.
Prisonnier de sa politique, le Canada se coupe des marchés étrangers comme la Chine, où la demande est en forte hausse. C’est pour conquérir les nouveaux marchés que les pays européens ont libéralisés la production de lait.
4. La gestion de l’offre est un irritant pour nos partenaires commerciaux qui y voient une forme de protectionnisme. C’est l’un des grands enjeux des négociations pour l’Accord de partenariat transpacifique. Le Canada est obligé de faire des concessions aux tables de négociation pour protéger sa politique agricole, ce qui peut avoir des effets sur d’autres secteurs de l’économie.
La note de l’Institut économique de Montréal raconte comment l’Australie a pu mettre fin à la gestion de l’offre en 15 ans. Le gouvernement australien a racheté les quotas laitiers des agriculteurs, une mesure financée par une taxe temporaire de 11 cents sur le prix de détail de chaque litre de lait vendu entre 2000 et 2009. Le nombre d’exploitations a diminué de moitié, mais la production par ferme a augmenté de 71 %.
On mesure bien l’enjeu et la vision de deux conceptions de l’agriculture. D’un côté, il y a le maintien d’un marché protégé par des prix élevés pour préserver la petite exploitation. De l’autre, on trouve un modèle axé sur la productivité et le développement des marchés.
Les autres pays semblent avoir choisi leur camp.
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