jeudi 18 juin 2015

Ils apportent la drogue. Ils apportent la criminalité. Ils sont des violeurs

Photo : Christopher Gregory/Getty Images
Photo : Christopher Gregory/Getty Images
FouineurAux États-Unis, où vivent 11 millions de sans-papiers (pour la plupart latino-américains), l’immigration est devenue l’un des enjeux clés de la prochaine élection présidentielle américaine, prévue en 2016.
Les différents candidats ont jusqu’ici agi stratégiquement afin de gagner la sympathie de la population «latino», qui représente environ 12 % des électeurs – et 17 % de la population américaine, soit 54 millions de personnes. La candidate démocrate Hillary Rodham Clinton, notamment, a montré une ouverture certaine, parlant de régularisations massives de sans-papiers et d’un plan de naturalisation.
Donald Trump, lui, a marché sans sourciller sur ce dossier épineux lors de l’annonce de sa candidature aux primaires républicaines. Non content d’avoir proposé d’ériger un mur de 3 000 km le long de la frontière mexicaine (aux frais de Mexico), le magnat de l’immobilier a pimenté son discours de quelques propos outranciers.
«Les États-Unis sont devenus un dépotoir pour les problèmes des autres. Quand le Mexique nous envoie ses gens, il n’envoie pas ses meilleurs éléments. Il envoie ceux qui ont des tas de problèmes. Ils apportent la drogue. Ils apportent la criminalité. Ils sont des violeurs. Mais certains, je suppose, sont de bonnes personnes», a-t-il lâché.
Une tirade qui pourrait tout simplement barrer le chemin de la Maison-Blanche aux républicains.
En effet, dans le document qui lui a servi de post-mortem aux élections de 2012, le Grand Old Party (GOP) avait donné une ligne directrice afin de tendre la main à la communauté latino-américaine, qui leur avait fait défaut lors du scrutin (27 % des voix pour Mitt Romney, contre 71 % à Barack Obama).
«Si les Latino-Américains ont l’impression qu’un candidat du GOP ne veut pas d’eux aux États-Unis, ils ne nous écouteront plus parler, peut-on y lire. Peu importe ce que nous dirons sur l’éducation, l’emploi ou l’économie ; si les Latino-Américains pensent que nous ne voulons pas d’eux ici, ils feront la sourde oreille à nos politiques.»
Les déclarations de Donald Trump sont un pas de géant dans la mauvaise direction, à en croire ce document. Mais, dans une chronique publiée l’automne passé dans le New York Times, Nate Cohn a rappelé que le «vote hispanique ne peut à lui seul déterminer l’issue de la course présidentielle».
Les républicains peuvent même envisager de remporter l’élection présidentielle sans le vote latino-américain, dit-il. Mais il faudrait pour cela compenser par des percées ailleurs. Dans sa ligne de mire : les États blancs de l’Iowa, du Minnesota, de l’Oregon, du Wisconsin et du New Hampshire, qui ont souri à Barack Obama, en 2012.
«Faire des gains chez les Blancs du nord du pays est le cœur de la stratégie qui mènerait le GOP à la victoire, quels que soient les progrès effectués auprès des Latino-Américains», résume le journaliste.
Si Donald Trump a probablement marqué des points auprès d’électeurs placés à l’extrême droite de l’échiquier politique, ses déclarations font en tout cas prendre de gros risques aux républicains. Bien que les Latino-Américains soient concentrés de manière disproportionnée dans des États d’ores et déjà acquis aux démocrates (la Californie) ou aux républicains (le Texas), ils représentent tout de même plus de 5 % des électeurs dans trois États pouvant basculer d’un côté comme de l’autre : la Floride, le Nevada et le Colorado. Assez pour faire la différence.
L’intéressé, lui, n’a probablement pas amélioré son sort au sein du parti dont il brigue l’investiture.
En effet, selon un sondage du Washington Post, Donald Trump souffre d’un sérieux déficit d’image à l’intérieur du parti : 23 % des républicains ont une opinion favorable de lui, et 65 % en ont une défavorable, pour un résultat cumulé de -42. Face à ses concurrents, il ne fait tout simplement pas le poids.
Qu’elle paraît loin cette année 2011 où Donald Trump, alors candidat non-déclaré, était en tête des sondages des primaires républicaines, loin devant Mike Huckabee et Mitt Romney…



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